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Ukraine : quand François Hollande suggère que la France devienne le bras armé de l'Europe

François Hollande a annoncé lors de sa conférence de presse son départ pour Kiev et Moscou avec l'objectif de dénouer une crise qui risque chaque jour un peu plus l'escalade vers le conflit ouvert. Il sera accompagné d'Angela Merkel, à laquelle il a subtilement proposé une nouvelle répartition des tâches en Europe.

Diplomatie d'urgence

Publié le - Mis à jour le 6 Février 2015
Ukraine : quand François Hollande suggère que la France devienne le bras armé de l'Europe

Le président ukrainien Petro Porochenko Crédit REUTERS/Anastasia Sirotkina/Pool

Atlantico :  François Hollande a annoncé lors de sa conférence de presse qu'il se rendait à Kiev ce jeudi 5 février aux côtés de la Chancellière allemande et s'est voulu particulièrement rassurant avec Moscou. Faut-il y voir un changement de cap dans la politique étrangère de la France ?

Yves Boyer : Cette position indique en effet que la France et l'Allemagne vont prendre des initiatives pour trouver une solution diplomatique. On ne fera pas plier les Russes par la force, car ils considèrent qu'ils ont des intérêts vitaux à défendre. Le moment pour l'annonce de François Hollande et pour le voyage Hollande/Merkel est aussi choisi : actuellement le viceprésident américian Joe Biden est à Kiev avec l'idée, lui, d'amorcer une escalade et un armement de l'Ukraine. Je pense aussi que le président Hollande est bien informé militairement sur la nature des derniers affrontements, particulièrement meurtriers et durs, faisant craindre un embrasement rapide de la situation.

Ce positionnement et cette initiative sont donc plus que bienvenus. Et la réaffirmation claire que l'Ukraine n'a pas vocation à rentrer dans l'Otan est d'abord un signal d'apaisement envoyé vers la Russie.  

François Hollande a posé son initiative d'un rapprochement avec l'Allemagne sur la question de la diplomatie internationale, en proposant un nouvel équilibre où la France assurerait la sécurité de l'Europe grâce à son potentiel de défense, pendant que l'Allemagne se retrouverait cantonnée au rôle de moteur de la croissance européenne. Y a-t-il un vrai intérêt stratégique pour la France ?

Le président Hollande retrouve les fondamentaux de la politique "gaullo-mitterandienne" de la France. Elle a une vocation à assurer la sécurité en Europe. Nous avons des moyens tout à fait conséquents à l'échelle européenne pour assurer cette mission. Et ce positionnement montre aussi que la France reconnaît ne pas pouvoir rivaliser en termes de prouesses économiques avec l'Allemagne, c'est le moins que l'on puisse dire... Dans le même temps, l'Allemagne reste assez limitée au niveau de la défense, avec son armée "parlementaire" – qui nécessite donc une décision politique complexe pour pouvoir l'employer – qui lui empêche d'être vraiment impactante. L'Allemagne assume presque une approche où le pays "paie" pour s'assurer une sécurité, là où la France accorde encore une grande importance à la question du rapport de puissance. La France peut donc profiter de ce contexte pour faire reconnaître sa prééminence sur la question de la sécurité et les technolgies qui y sont rattachées comme le nucléaire et le spatial. Quant à la capacité d'intervention de l'armée française, l'opération Serval a été reconnue par tous nos alliés comme un modèle. 

L'objectif du voyage ukrainien des deux dirigeants européens est de trouver une solution à la crise et empêcher la propagation du conflit. Quel serait le scénario idéal et comment pourrait-il être obtenu ?

Le scénario idéal est basé sur les rapports de force. L'Ukraine est dans une situation économique catasrophique. Elle a besoin d'un important soutien financier. La France et l'Allemagne vont donc annoncer être prêtes à donner le coup de pouce qu'il faudra. Mais on mettra le sujet de la Crimée de côté, et on réaffiremera l'idée que l'Ukraine ne rentrera pas dans l'Otan. Ce ne serait d'ailleurs pas une situation forcément négative : la Finlande n'est pas membre de l'Otan non plus, ce qui ne l'empêche pas d'être un pays occidental, membre de l'UE. On pourra obtenir ainsi, de la part de la Russie, une sanctuarisation du territoire de l'Ukraine, et un désarmement des milices armées. 

Qu'est-ce qui pourrait faire capoter ce scénario idéal ?

Une partie des milieux diplomatiques américains veut la peau des Russes. Ils veulent faire tomber Poutine, pour ramener le pays dans leur escarcelle dans l'optique d'une opposition future avec la Chine. IL y a un "jusqu-au-boutisme" chez les néoconservateurs. Il existe aussi des tensions internes assez fortes entre le président Porochenko et plusieurs autres oligarques. Une partie des élites russes peut se sentir humiliée d'avoir à négocier avec l'Union européenne, et qui n'accepte pas de devoir envisager le compromis. Et si les choses échouent, le risque est réellement la dérive vers des combats de haute intensité. Ce qui n'arrangerait personne.

 
Commentaires

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  • Par jmpbea - 05/02/2015 - 20:13 - Signaler un abus Il a dit:"la France ne peut pas devenir le gendarme

    du monde". Pauvre gars! S'il y croit , c'est très grave...la schizophrénie le guette et la guerre nous pend au nez....d'ailleurs, elle est déjà là....ça fait qu'on ne parlera plus du chomage...

  • Par Gré - 05/02/2015 - 20:31 - Signaler un abus Maintenant ça suffit

    Les Etats-Unis sont venus à notre secours il y a 3/4 de siècle et nous devons leur en être reconnaissants. Il faut reconnaître toutefois que leur investissement leur a bien rapporté en termes d'influence et d'activité commerciale. --------------- Maintenant, leur intérêt serait de voir nos pays européens marquer (encore plus) le pas et de "casser" la Russie. Il ne faut pas que notre reconnaissance nous égare. Soyons réalistes : l'UE n'a pas intérêt à se fâcher avec la Russie. A u contraire.----------- De plus, on peut comprendre que la Russie tienne à récupérer des terres qui étaient les siennes avant les années cinquante et n'ont été rattachées à l'Ukraine que pour des raisons administratives auxquelles les populations n'avaient pas pu s'opposer. ------------- Dans ce dossier il ne faut pas suivre les Etats-Unis, c'est sûr. D'autant que nous aurons besoin de l'aide de la Russie dans la lutte contre l'islamisme. ------- Entre parenthèses, heureusement que les Russes se sont opposés à la destitution de Bachar-el-Assad. Vous imaginez la Syrie comme la Libye ?

  • Par bjorn borg - 05/02/2015 - 20:38 - Signaler un abus Toujours les US

    qui mettent le chaos partout dans le monde. Citez moi ou ça va bien. Barack Hussein Obama est un ami qui pousse l'Ukraine à la guerre contre son ennemi le sieur Poutine. Et d'ailleurs, Obama ne prendrait-il pas les Européens pour des imbéciles en même temps que son "ami" hollande?

  • Par vangog - 05/02/2015 - 22:12 - Signaler un abus Le "bras armé de l'Europe"...il devrait commencer par défendre

    la France, avant de vouloir s'attaquer à plus fort que lui. Déjà qu'il a bien du mal avec ses deuxièmes et troisièmes générations d'immigrés, tombant dans l'islamisme comme on succombe à une drogue!...comment cette France qui a les yeux plus grand que le ventre pourrait défendre l'UE, alors qu'elle ne sait même pas se défendre elle-même? Budgets militaires en constante diminution, personnel poussé dans ses dernières limites de tolérance, une machine sur deux en état de marche, un pouvoir noyauté par les écolo-trotskystes collabos des russes...il est plutôt manchot, le bras armé de l'UE!

  • Par jurgio - 05/02/2015 - 22:17 - Signaler un abus Rendre Poutine inoffensif ?

    ce serait se priver du dernier rempart européen contre l'expansion islamique. La Russie en connaît déjà tous les dangers. Mais Hollande veut-il l'arrêter ? Il n'en donne pas actuellement le sentiment.

  • Par assougoudrel - 05/02/2015 - 22:35 - Signaler un abus Quel bras armé?

    Il parle (FH) de rassurer les français contre le terrorisme. Il a mis en place Vigie-Pirate en gonflant l'effectif. Seulement, les militaires n'ont pas d'endroit pour dormir. Beaucoup dorment en ce moment dans des bus dans les cours des quartiers militaires (casernes), car il n'y a pas assez de chambres et de lits pour un si grand nombre. Nous sommes en hivers. Vous croyez qu'en dormant dans des bus, ils seront frais et dispos pour assumer leur mission? Par petits groupes, ils essaient, tant bien que mal, d'aller se laver dans des salles d'eaux qui ne sont pas prévues pour autant de monde. Monsieur fait le beau devant la presse et voilà la réalité. Une Armée de Bourbaki. Un milliard d'euros qu'il a promis à l'ONU pour sauver la planète et une Armée à poli. Un beau chef des Armées. Tu parles d'un bras armé. Ce mec est malade.

  • Par jurgio - 05/02/2015 - 23:51 - Signaler un abus L'ironie du bras armé

    pour un gars qui a toujours les bras ballants.

  • Par Leucate - 06/02/2015 - 15:17 - Signaler un abus Mais aux âmes bien nées

    la valeur n'attend pas le nombre des années." Néanmoins, s'attaquer aux russes ukrainiens, même armés à la soviétique, c'est autre chose que d'aller chasser le malien ou le centre-africain ou encore bombarder la Libye voir l'Irak. J'ai l'impression qu'on tomberait sur un os et si jamais les russes-russes s'en mêlent, eux qui sont super-équipés dernière génération, on ne fait pas le poids et on se prend une branlée comme les polono-ukrainiens.

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Yves Boyer

Yves Boyer est directeur adjoint de la Fondation pour la recherche stratégique (FRS).

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