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Turquie : quelle est désormais la meilleure attitude à adopter pour l'Europe face a un Erdogan toujours plus autoritaire ?

Ce mardi 25 juillet une réunion doit se tenir à Bruxelles avec les ministres turcs des Affaires étrangères et européennes Mevlut Cavusoglu et Omer Celik sur fond de tension entre Ankara et Berlin. Malgré les crises et la dérive autoritaire d'Ankara rompre le dialogue avec Erdogan serait une erreur pour les européens.

Rencontre UE

Publié le
Turquie : quelle est désormais la meilleure attitude à adopter pour l'Europe face a un Erdogan toujours plus autoritaire ?

Atlantico : Sur fond de tensions entre Ankara et Berlin et dans un contexte de détérioration des relations entre la Turquie et l'Union européenne, une réunion de "dialogue politique à haut niveau" doit se tenir à Bruxelles avec la présence des ministres des Affaires étrangères et européennes turques. Mais quelle est la meilleure stratégie à adopter pour l'Union européenne et quels sont les rapports de force en présence ?

Michael Lambert : Déjà la surprise c'est que la Turquie vienne. On aurait pu penser qu'elle ne viendrait pas. Il faut se rappeler qu'Erdogan avait quitté le forum économique de Davos pour ne jamais y revenir à cause d'une question qui lui avait été mal posée.

Pour ce qui va être de la relation entre la Turquie et l'Union Européenne, on a d'un côté des Européens qui ont beaucoup d'intérêts économiques en Turquie.

Il faut rappeler que le premier pays exportateur en Turquie c'est l'Allemagne. Ca peut donc être un argument de pression. A la fois de la part de Berlin -qui s'il le veut peut sévir-, et également de la part de la Turquie -qui peut choisir de faire des embargos ou bloquer certains de produits-.

Il est difficile de dire qui va tirer avantage de cela. Il est vrai qu'il est possible de remplacer les voitures allemandes par des voitures japonaises. Et pour ce qui est de la population turc en Allemagne, elle ne sera jamais renvoyée. Donc ça peut être en argument de poids, un moyen de pression à l'intérieur de l'Allemagne avec la communauté turque, et un moyen de pression de la Turquie sur les importations.

On peut s'imaginer qu'il s'agit là d'un bon début pour des négociations même si cela s'apparente à un dialogue de sourd. Espérons que ça ne dérape pas trop. Mais de toute façon, les européens vont rester sur une ligne assez calme. Ils parleront éventuellement de plus de difficultés pour les Turcs de venir étudier, voyager… Mais Erdogan n'a pas spécialement envie que sa population aille en Europe.

Il y a aussi de partenariat qui est en train de se nouer avec la Russie : On avait déjà des Allemands qui se rendaient en Turquie mais ils ont diminué, notamment après l'annonce du ministre des affaires étrangères allemand qui demande à sa population d'éviter le pays. Ces touristes pourraient être compensés par des touristes russes. On voit également des rapprochements militaires avec l'achat de système antimissile S 400. La Turquie a bien dit qu'elle en achèterait alors qu'en tant que membre de l'OTAN  évite généralement d'acheter matériel russe même si ce n'est pas une règle explicite.

Faut-il parler avec Erdogan pour essayer de le contrôler ou de le contenir ou faut-il assumer qu'il est impossible de s'entendre avec lui et se lancer dans un véritable rapport de force ? Peut-on imaginer une Europe unie contre la Turquie ?

Dialoguer avec lui sera difficile. Il est très colérique et il a sa vision des choses. Il faut un dialogue très très "soft". Je ne pense pas qu'il faille risquer une confrontation pour plusieurs raisons. L'une des raisons évidentes ce sont les réfugiés. La Turquie a beaucoup de réfugiés et n'aurait qu'à dire "allez-y" pour qu'un fort afflux de réfugiés se rendent en Europe. Deuxième problème, la Turquie est un pays limitrophe et beaucoup de turcs vivent en Europe.

 
Commentaires

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  • Par Olivier62 - 25/07/2017 - 11:01 - Signaler un abus La meilleure attitude : foutez-les dehors !

    Décidément les "élites" sont incorrigibles. Cela fait des décennies que l'on fait des avances à la Turquie et qu'on lui passe à peu prés tout (voir l'affaire de Chypre ou le chantage permanent aux réfugiés). Le retour à un islamisme dur est dans la logique des pays musulmans, aggravée dans le cas de la Turquie par des ambitions de reconstituer l'influence ottomane. Mais il est vrai que tout ce qui menace les pays européens et leur identité est pain béni pour les élites mondialistes. Quant au "rayonnement" que pourrait avoir la France, c'est d'un comique absolu. Quand on a une armée d'opérette (40 chars en état de fonctionner en tout et pour tout) et qu'on s'est fait depuis longtemps déjà le serviteur empressé du pentagone, je ne vois pas quelle influence on peut avoir !

  • Par SOMUA - 25/07/2017 - 13:02 - Signaler un abus General de salon

    des chars lourds pour se battre contre qui ? la puissance militaire ne se mesure plus dieu merci au nombre de divisions de Chars fin 2016 il y avait 241 chars leclerc en service avec un taux de disponibilté de 61% ce dont vous parlez ce sont les TRM700 porte-char, les camions qui transportent les chars

  • Par Stargate53 - 25/07/2017 - 15:46 - Signaler un abus Une bonne attitude : chacun chez soi !

    La dérive actuelle de la Turquie confirme son attachement avec le moyen orient. C'est noté ! Son ambition est d'avoir une grande influence dans la région ! Laissons donc les choses se décanter dans la région d'autant qu'une certaine opposition semble émerger dans ce pays donc l'avenir reste incertain malgré le raidissement d'Erdogan ! Se prendre pour le calife des califes n'est qu'un souhait et il y a concurrence !

  • Par ajm - 25/07/2017 - 19:29 - Signaler un abus Dependance turque vis à vis de l'Europe.

    Il ne faut pas oublier que l'essentiel des exportations turques est destiné au marché européen et que le gros des investissements étrangers en Turquie est assuré par des firmes européennes. Par ailleurs, les marchés financiers turques sont très fragiles et largement à la merci de capitaux étrangers opportunistes et à court terme. La Turquie ne peut pas remplacer économiquement l'Europe et se couper des sources de financement externes qui cesseraient instantanément en cas de crise très grave avec l'Europe. C'est pourquoi, les menaces d'Erdogan ne peuvent pas aller trop loin.

  • Par vangog - 25/07/2017 - 23:57 - Signaler un abus Soumission au chantage turc!

    Il est étonnant de voir un docteur en histoire faire démarrer sa réflexion du chantage que les turcs pourraient exercer en ouvrant la vanne des réfugiés, ou en fermant les vannes des oléoducs vers la faible UE?...si on part du principe qu'on est plus pauvres en arguments qu'un pays qui vire au fascisme, alors on accepte la soumission, comme le socialiste Daladier acceptait la soumission vis à vis des socialistes allemands pour, soi-disant, "éviter la guerre"....on a vu le résultat! Avec l'islamo-fasciste Erdogan, la solution n'est pas de se prosterner en rampant, comme le font les gauchistes, mais de lui prouver que nous avons de meilleurs arguments que lui! Premier argument oublié par ce "docteur" en plein syndrome Munichois: Chypre! Si Erdogan ne se soumet pas, on reprend Chypre envahi illégalement par les Turcs....deuxième argument: les visas turcs! Arrêt de délivrance de tous les visas aux turcs et Défense appropriée contre l'invasion que ne manquera pas de déclencher l'islamo-fasciste, en rétorsion! Et si tout cela ne suffit pas à mater le petit Hitler en puissance, on lui envoie la troupe...car faut arrêter la soumission avant qu'elle ne vous tue, Lambert!...

  • Par Fredja - 26/07/2017 - 14:30 - Signaler un abus Pour une fois je rejoins Vangog

    je pense que c'est un petit Hitler, ce Erdogan, et que nous avons un très puissant levier en UE : le levier économique. Si on lui coupe les vivres, il crèvera très rapidement, car il dépend énormément de l'Europe. C'est ce qui m'a énervé avec le chantage aux réfugiés, car il suffit qu'on lui fasse un peu de rétorsion économique pour que son régime s'écroule, et ses ambitions démesurées avec...

  • Par kilian - 27/07/2017 - 18:44 - Signaler un abus Docteur en Histoire !

    Ses élucubrations du style madame soleil pour encensererdogan et s

  • Par kilian - 27/07/2017 - 18:47 - Signaler un abus Erdogan a plus à perdre que l'europe.

    que cet historien raconte le passé, pas l'avenir.

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Michael Lambert

Michael Eric Lambert est docteur en Histoire des relations internationales à la Sorbonne - INSEAD (BFC'15Dec) et directeur du Black Sea Institute. 

Ses travaux portent sur les relations entre l'Union européenne, la Russie, et la Chine en Europe centrale et orientale.

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