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Facebook, Twitter, Google+,
Tumblr : la guerre du message
court a déjà commencé

Tumblr, une (énième) discrète plateforme de microblogging new-yorkaise, vient de réaliser une levée de fonds de 85 millions de dollars. Un signe fort de bonne santé pour ce réseau social qui envisage de passer a l'international. Et le symbole de l'évolution des usages du web...

SMS génération

Publié le

Alors que l'arrivée de Google+ et des nouvelles fonctionnalités de Facebook font naître des questions sur l'avenir d'un Twitter pourtant déjà bien installé, on aurait pu croire l'horizon bouché. Tumblr est pourtant le petit frère de Twitter. Nés à un an d'intervalle (2007 et 2006), ils ont vite été cités comme les deux exemples type du microblogging, cette nouvelle forme de publication express, adaptation du blogging bavard et exigeant à un besoin d'instantanéité hyperconnectée.

L'ascension du petit frère de Twitter

Si Tumblr encourageait la publication de textes même très courts, de photos et de vidéos, Twitter s'est distingué par une contrainte radicale : la publication exclusive de textes, limités à 140 caractères.

Parce que le service est alors accessible par SMS, et ce avant que l'Internet sur mobile ne devienne monnaie courante, tout en permettant de partager son quotidien en temps réel avec son réseau. Les messages ou tweets d'un utilisateur sont alors envoyés (par SMS ou depuis le web) à tous ceux qui ont déclaré vouloir suivre son actualité, qui eux-même les reçoivent sur leur page d'accueil Twitter, et par SMS s'ils le souhaitent. C'est donc, en 2007, un nouveau mode de communication, qui permet d'écrire à la cantonade sans désigner de destinataire précis, comme accroche à une conversation.

C'est avec Facebook que ce mode de communication se généralise (le SMS en moins).  Photos, vidéos, liens, ou simple petite phrase (le status update, qui fut la réponse de Facebook à l'arrivée de Twitter), sont autant de prétextes à une conversation dont les interlocuteurs ne sont pas désignés au préalable.  Au cœur de ce système, le newsfeed, ou fil d'actualité, qui présente à chaque utilisateur une liste d'éléments publiés par ses contacts, filtrés et triés selon une recette sophistiquée supposée mettre en avant les plus pertinents pour l'utilisateur. Entre-temps, Twitter s'est repositionné pour éviter une lutte de front contre Facebook.

Plus qu'un réseau social, un média d'information

Le caractère public des messages encourage la diffusion d'information. Très tôt, les tweets ont servi à véhiculer des url, grâce à des services permettant de les raccourcir (tinyurl.com, bit.ly, etc.). Twitter entérine cet usage en changeant subtilement son interface, et en se déclarant media d'information et non réseau social.

La stratégie est payante, l'utilisation massive de Twitter lors de l'agitation politique en Iran en juin 2009, puis en Egypte en janvier dernier en sont des exemples frappants. Désormais, les journalistes scrutent les utilisateurs les plus en vue dans l'attente de scoops, les grands événements sportifs sont largement couverts par la plateforme, et les personnalités politiques tentent avec des succès variables de l'intégrer dans leurs dispositifs de communication.

Et maintenant, Google+...

Entre sociabilité ordinaire incarnée principalement par Facebook, et diffusion d'informations par Twitter, Google tente de miser sur les deux tableaux en lançant Google+ au début de l'été, avec pour fonctionnalité phare les cercles, dont les intitulés par défaut donnent le ton : Friends si vous voulez faire du Facebook, Following si vous préférez Twitter. Car contrairement à " l'amitié " Facebook, ajouter quelqu'un dans un cercle sur Google+ ne nécessite pas son approbation. Ce qui encourage, comme sur Twitter, l'utilisation du lien comme un canal d'information. En réponse, Facebook vient de franchir le pas en ajoutant la possibilité de s'abonner à l'actualité publique d'un utilisateur.

Dans cette bataille de fonctionnalités, la force de Twitter pourrait bien être ce qu'il n'a pas, et à quoi tiennent tant les deux autres : le vrai nom des utilisateurs.

Et Tumblr alors ?

Comment, dans cette bataille, expliquer le soudain décollage de Tumblr, dont le nombre de pages vues a d'ores et déjà dépassé Wikipédia, pour un nombre de visiteurs pourtant bien inférieur ?

Dans leur course à l'information temps-réel, Twitter et Facebook ont laissé de côté le souci de créativité qui a animé les premières plateformes de réseaux sociaux, Flickr pour les photos ou YouTube pour les vidéos. C'est précisément sur ce créneau que se positionne Tumblr, encourageant, sur fond d'humour "lol", la production de contenu qui ne soit pas uniquement autocentrée.

 
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Christophe Prieur

Christophe Prieur est maître de conférences en informatique à l'université Paris-Diderot.

Il étudie les usages des outils de communication et les formes de sociabilité.

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