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Trump-Hofer, la double leçon politique : l’extrême-droite au pouvoir, non, le populisme, peut-être

Tandis que le FN est toujours vaincu à l'issue du premier tour en 2017, la remise en question du système politique traditionnel et des élites porte dans l'opinion.

Nuance

Publié le - Mis à jour le 27 Mai 2016
Trump-Hofer, la double leçon politique : l’extrême-droite au pouvoir, non, le populisme, peut-être

Atlantico : Le candidat de l'extrême-droite a été battu in extremis par un écologiste sans étiquette au second tour de l'élection présidentielle autrichienne dimanche dernier. En France, la cote de popularité de Marine Le Pen s'érode dans les dernières enquêtes d'opinion et toutes les projections indiquent qu'elle ne serait pas en capacité d'emporter la présidentielle. A l'inverse, des personnalités politiques "anti-système" comme Donald Trump, qui se rapproche de la Maison Blanche sondages après sondages, ou Boris Johnson en Grande-Bretagne bénéficient d'une popularité grandissante.

Comment expliquer que l'extrême-droite plafonne alors même qu'aucun plafond de verre ne semble entraver la progression des populismes en général ?

Vincent Tournier : Ces personnalités ne sont pas exactement comparables, et il faut aussi tenir compte des particularités de chaque pays. Certes, Donald Trump et Boris Johnson sont atypiques et doivent leur popularité à des positionnements originaux, mais ils font quand même partie du jeu politique traditionnel. Ils ne sont donc pas vus comme des outsiders dangereux. A la limite, il en va de même pour Hofer en Autriche : son parti, le FPÖ, n’a pas la même connotation sulfureuse que le FN puisqu’il a déjà participé à des coalitions gouvernementales et qu’il gère même des régions ou des mairies, y compris avec la gauche ; son discours et son programme ont aussi considérablement évolué.

En France, la situation est très différente. Le FN a beau avoir changé son discours, il est toujours exclu de toute alliance et il est toujours considéré comme l’incarnation du mal. Le double traumatisme de la Collaboration et de la décolonisation joue toujours aussi fortement, alors que ce facteur n’est pas significatif ailleurs, surtout aux Etats-Unis ou en Grande-Bretagne, mais aussi en Autriche. Le rapport au passé n’est donc pas le même partout : en France, il est hors de question de voir un parti s’inscrire dans une généalogie qui rappelle de près ou de loin la rupture avec les valeurs républicaines, alors que ce risque ne peut pas exister aux Etats-Unis ou en Grande-Bretagne. En outre, dans ces deux pays, la liberté de parole est plus grande qu’en France, ce qui empêche d’apparaître comme le "vilain petit canard".

Un autre facteur handicape le FN : c’est le poids du clivage gauche-droite. On l’a vu en Autriche : Hofer, le candidat de la droite radicale, doit son succès au fait qu’il a réussi à faire évoluer le clivage traditionnel vers le clivage qui oppose les gagnants et les perdants de la mondialisation. Les résultats électoraux le montrent clairement : le candidat écologiste l’emporte dans les centres urbains et dans les catégories aisées ou diplômées, bref dans les milieux qui ne craignent pas pour leur avenir et qui se projettent favorablement dans la nouvelle compétition internationale. Il faut dire que le contexte autrichien a joué puisque, dans ce pays, la gauche et la droite gouvernent ensemble. Rien de tel en France : il n’y a pas de coalition entre le PS et LR et, pour l’opinion, les différences entre la gauche et la droite prévalent encore sur les autres clivages.

Stéphane François : Vastes questions. Déjà, on peut dire que nous sommes face à des phénomènes différents. Premièrement, concernant l’érosion de Marine Le Pen dans les sondages, je vous renvoie aux études d’Alexandre Dézé qui a bien montré la tendance des sondeurs à surévaluer la popularité de ce parti…

Deuxièmement, il existe aux Etats-Unis une culture « anti-intellectuels » : les candidats les plus lettrés, les plus cultivés partent avec un handicap, celui d’être trop cérébral. Richard Hofstadter l’a montré en 1963 (avec l’ouvrage Anti-Intellectualism in American Life). Cela n’a pas changé depuis. Donald Trump bénéficie de cette culture.

Enfin, Boris Johnson est plus un excentrique qu’un anti-système : il vient tout de même de la haute bourgeoisie intellectuelle (il a suivi une scolarité à Eton et Oxford). Surtout, il a été un journaliste important de la presse conservatrice britannique, avant d’être élu député « tory » (en 2000 et 2005). Son action politique reste dans cette optique : une politique conservatrice assumée.

Pour répondre à votre dernière question, il y a un rejet tout de même du populisme, qui est, il ne faut pas l’oublier, une forme de démagogie. Et celle-ci rejette la démocratie libérale et représentative : la montée des populismes est le signe d’une crise de cette démocratie. En ce sens, il y a bien un plafond de verre : les partis de gouvernement ne vont pas favoriser des mouvements qui veulent leur disparition…

 
Commentaires

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  • Par Fran6 - 25/05/2016 - 06:58 - Signaler un abus désolé

    j'ai rien lu sauf le titre, en clair pour la compréhension de mon acte, quand je lis: populiste, donc je suis un type diminué de l'esprit alors qu'en faite, je suis un type qui se débat un monde de fous qui eux sont sains d'esprit, je suis un sain d'esprit qui par mes votes donnaient seulement des coups d'alertes, je suis devenu un populiste car je vois mon pays plongé, je suis un populiste car les médias m'en donnent la preuve tout les jours, les médias deviennent populiste car il nous guident à devenir populiste mais ça va mieux,..

  • Par simplicissimus - 25/05/2016 - 07:21 - Signaler un abus La France : une république, pas une démocratie

    Il est curieux de constater que parmi les obstacles à l'ascension du FN, aucun analyste politique ne songe jamais à citer le mode de scrutin uninominal à deux tours qui prive systématiquement ce parti d'une représentation parlementaire proportionnelle à son poids électoral. C.est pourtant là un cas unique et peu glorieux en Europe. Même la Russie accorde plus de place aux partis minoritaires. Ce phénomène empêche désormais toute véritable respiration démocratique puisque près de 40% des Français (FN et Parti de gauche) sont quasiment exclus du Parlement. En Autriche, si le FPÖ a pu conclure des alliances de gouvernement dans le passé, c'est avant tout parce qu'il bénéficie d'une représentation parlementaire conforme à son influence électorale. Nombre de Français constatent aujourd'hui que les dés sont truqués et c.est ce qui les pousse vers ce que vous appelez le "populisme". La vérité est que la République française n'est que très partiellement un régime démocratique. On peut penser que c'est ce qui la perdra.

  • Par cloette - 25/05/2016 - 07:35 - Signaler un abus Curieux

    Que le FN soit toujours stigmatisé , certes, mais il est curieux qu'on le taxe d'extrême droite puisque ce qui lui est reproché c'est d'être "de gauche " ( trop de protections , pas assez libéral ) , en fait on lui reproche son anti- système , à croire que ce " système " est satisfaisant ! Esprit de collaboration ? C'est une référence au passé vichyste , mais Laval par exemple et bien d'autres n'étaient ils pas "socialistes" ? On lui reproche d'être " nationaliste" , c'est surtout cela , ils remettent en cause la mondialisation et son nouvel ordre , le contraire d'un esprit collabo !

  • Par patamoto - 25/05/2016 - 07:50 - Signaler un abus Comme le dit fort justement V

    Comme le dit fort justement V. Tournier une noria d'éditorialistes et intellectuels aux commandes des médias présentent le FN comme étant le parti du diable. Je connais nombre de gens autour de moi qui ne connaissent de ce parti que la représentation qu'en font les télévisions et journaux subventionnés. Et M. Le Pen bien qu'ayant "tué le père" reste identifié à celui-ci.

  • Par Semper Fi - 25/05/2016 - 08:02 - Signaler un abus Curieux ce qualificatif d'extrême droite

    Parce que le programme du FPÖ autrichien ressemble à s'y méprendre à celui du RPR des années 80... bref un programme de droite, pas un programme de fausse droite façon Juppé des années 2000.

  • Par Lafayette 68 - 25/05/2016 - 08:29 - Signaler un abus Quelques remarques

    @V Tournier : article intéressant (comme toujours de sa part),mais parler de démocratie libérale et de démocratie populaire ( voir hélas les livres de terminale sur la guerre froide) m'est toujours insupportable . La démocratie dite populaire n'a jamais existé ,c'est une imposture de gauche car c'est la dictature communiste ( on remarquera que les communistes en bons menteurs qu'ils furent et sont ,font de la redondance : démos = peuple , ils rajoutent encore populaire alors qu'ils confisquent le pouvoir ....du peuple). @Semper Fi : vous avez raison (l'AfD allemand est aussi sur cette ligne comme MMLP soi dit en passant) @patamoto: vous avez raison , le FN est "marqué" par son appellation historique et le nom jugé sulfureux "Le Pen" . @Cloette : 100% d'accord. c'est le patriotisme, les frontières et le conservatisme sociétal qu'on lui reproche (l'anti "no frontier no limit") @simplicissimus: eh oui , très bien vu ! Sortir de la crise politique passe par un changement de mode de scrutin.. Le FPÖ et l'AfD ne veulent pas sortir de l'UE et de l'euro : ça rassure les gens ... .@Fran6 :lisez "populisme les demeurés de l'Histoire" de C. Delsol (définition positive de populisme)

  • Par vangog - 25/05/2016 - 09:00 - Signaler un abus Le terrorisme intellectuel gauchiste est en train de vivre

    ses dernières heures. Voila pourquoi les ultra-gauchistes minoritaires montrent les dents et leur pouvoir, que les partis archaiques leur ont laissé, par ignorance et complaisance...Lorsque ce terrorisme intellectuel sera éteint, les Français comprendront que le Front National est devenu l’extrême centre de gravité de la vie politique française, ni droite ni gauche, exactement comme le FPÖ autrichien, et que les vieux clivages binaires, fondés sur des antagonismes du XIX ème siècle n'ont plus cours...Michel Brutti, candidat FN, a obtenu 30,75% des voix au premier tour des partielles de Nice, et il fera un bon score dimanche. Marine Le Pen est en retrait des médias, car elle est partie à la rencontre des Français. Tout ceci ne signe pas une reculade du FN, malgré les envies d'une classe politico-médiatique complètement dépassée...

  • Par Lafayette 68 - 25/05/2016 - 09:21 - Signaler un abus @vangog

    Votre titre donne de l'espoir , je l'espère aussi mais je n'en suis pas aussi sûr que vous , du moins dans la rapidité de sa disparition. Il est encore très bien ancré dans les esprits ( médias , écoles, syndicats ). Le FPÖ autrichien est plus modéré que le FN sur l'UE et l'euro (voir valeurs actuelles avec interview de Norbert Hofer , proche de Frauke Petry)

  • Par zouk - 25/05/2016 - 09:22 - Signaler un abus Elections en Autriche

    La situation en France est très différente: les écologistes ne sont qu'une section de l'ultra-gauche et le FN n'a jamais approché le pouvoir

  • Par Paul Emiste - 25/05/2016 - 09:43 - Signaler un abus @zouk

    Ici aussi les "verts" sont plus rouges vifs qu´autre chose, leur but est la destruction de l´individu (théorie du genre), de la famille (mariage homo et autres) et de l´économie libre. Quand au FPÖ, il est nationaliste sans être extrémiste, et il est pour une économie plutôt libérale, je le mettrais plus proche de "debout la république" que du FN. je suis persuadé que si le XXIeme siecle devait voir un totalitarisme, il sera "vert" en dehors et rouge vif en dedans...

  • Par kronfi - 25/05/2016 - 10:00 - Signaler un abus la vraie question est

    Tous les partis politiques au pouvoir ne représentent au mieux que 25% de l’électorat... alors qu'ils sont majoritaires aux chambres... et a l’exécutif.. la part de proportionnelle, dans le système français, OBLIGERAIT a créer des alliances non pas en terme d'alliances locales ou on se partage les tetes de liste, mais d'alliances a la chambre de deputes... et par de la trouver des compromis sur des sujets importants...Au lieu de cela, tout parti au pouvoir frustre les 75% des français non representes dans les instances dirigeantes... Surtout lorsque les élus ne respectent pas leurs programmes.. programmes que de nom car tout se fait a Bruxelles... ils ne peuvent que déplacer des curseurs de plus en plus resserres. La stigmatisation du FN depuis 30 ans abouti a ce blocage français... Il fallait un repoussoir , pour oublier les vrais problèmes, chomage, immigration perte de souveraineté etc etc...

  • Par ikaris - 25/05/2016 - 10:35 - Signaler un abus L'embrouille commence est dans le titre

    Le moins qu'on puisse dire est qu'il n'y a pas consensus sur l'attribution des qualificatifs "populistes" et "extrême droite" (selon les commentateurs le FPO est l'un ou ou l'autre voire les deux) ... curieusement on refuse à ces mouvements ou à ses personnalités le droit de choisir leur qualificatif ou leur bord d'appartenance (alors que je ne vois pas bien ce que la gouvernement actuel a de socialiste et ce que EELV a d'écologiste). Tout cela n'est que guerre du vocabulaire pour permettre à l'establishment mediatico-économique de nous imposer ses poulains à travers un choix factice de candidats équivalents : le style mis à part avoir choisi Sarko ou Hollande aurait mené aux même choix sociétaux, économiques ou de politique étrangère ... autant choisir ente Julie Gayet et Carla Bruni au moins ça aurait fait de plus belles affiches de campagne !

  • Par vangog - 25/05/2016 - 11:00 - Signaler un abus @kronfi Votre post est très juste...

    la modernisation de la vie politique française est imminente, avec la dissolution de l'A.N. et l'avènement d'un tiers de patriotes (au moins!), ou populistes. Les qualificatifs importent peu, excepté pour les trotskystes qui squattent les médias, et perpétuent la fumeuse mise en case gauchiste archaïque, qui n'a plus aucune connexion avec la réalité. Avec la proportionnelle, les Français verront enfin les lois réformistes être votées par des majorités de circonstance, et ils seront médusés de voir que ces alliances provisoires n'auront plus rien de comparable avec les vieux clivages traditionnels, synonymes d'impuissance et de dictature de la minorité la plus bruyante et la plus fasciste...

  • Par GP13 - 25/05/2016 - 11:50 - Signaler un abus Populisme, le mot à banir

    L'oligarchie bien pensante affuble du nom de populiste toute personne qui n'est pas de son avis. C'est un moyen de dénigrement à priori qui n'empêchera pas cependant pas le succès de l'expression du peuple qui finit toujours par avoir le dernier mot.....

  • Par Ganesha - 25/05/2016 - 16:36 - Signaler un abus Qu'est ce que l’Extrême-Droite ?

    Qu'est-ce que le Nazisme ? Qu'est ce que l’Extrême-Droite ? Pour le savoir, il suffit de lire régulièrement les commentaires d'Atlantico ! Il y a ici de charmants vieux messieurs que l'approche de la mort rend très amers. Pour se consoler, ils se choisissent un ''Bouc Émissaire'' : ce peuvent être les fonctionnaires, les syndicalistes, les pauvres et les faibles… et ils appellent à les exterminer par tous les moyens. Étant entendu qu'eux, ils sont les ''Ubermenschen'', les ''Bons Aryens'', ''Les Rois du Monde''. C'est exactement le résumé du Nazisme. Existe-t-il des partis politiques qui représentent cette tendance : non, ce qui est toléré pour des particuliers sur internet, est, en France et d'autres pays, illégal. Personnellement, je cherche à promouvoir un monde plus ''humain''. Mais, si j'espère convaincre les lecteurs silencieux, je sais qu'il y a ici quelques crapules qui mourront sans avoir changé d'avis !

  • Par MIMINE 95 - 25/05/2016 - 16:40 - Signaler un abus TANT DE STEREOTYPES ME NAVRE .......

    "Le FN a beau avoir changé son discours, il est toujours exclu de toute alliance et il est toujours considéré comme l’incarnation du mal. Le double traumatisme de la Collaboration et de la décolonisation joue toujours aussi fortement" .!? !? !? !? !? et pourquoi pas coupable de la défaite Waterloo et du tsunami de 2004 tant qu'on y est !

  • Par Le gorille - 27/05/2016 - 06:09 - Signaler un abus Beaucoup de mots

    Les commentateurs m'éclairent un peu. En attendant c'est un salmigondis d'où je ne retiens qu'une chose : que de bruit ! Et Cloette a je crois bien conclu. Alors plein pot sur un système qui casse les systèmes en place ! Je crois qu'Alexandre avait, en son temps, bien compris le mécanisme de la torsion de l'esprit et l'efficacité de l'épée ! Euh ! je ne suis qu'un gorille !

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Vincent Tournier

Vincent Tournier est maître de conférence de science politique à l’Institut d’études politiques de Grenoble.

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Stéphane François

Stéphane François est politologue et historien des idées, enseignant à l'IPAG de Valenciennes.

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