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Le “truc” venu de la biologie ou d’ailleurs : notre cerveau est-il conçu pour croire en Dieu ?

Des études anthropologiques ont montré que le sentiment religieux est inhérent à l'activité cérébrale chez l'être humain. Pourtant le rapport précis entre cerveau et croyance est encore flou, et la prudence est de rigueur parmi la communauté scientifique.

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Le “truc” venu de la biologie ou d’ailleurs : notre cerveau est-il conçu pour croire en Dieu ?

Des études anthropologiques ont montré que le sentiment religieux est inhérent à l'activité cérébrale chez l'être humain Crédit REUTERS/Ho New

Atlantico : Que nous apprend l'étude du cerveau sur les mécanismes de la foi religieuse ?

Patrick Jean Baptiste : En réalité, c’est d’avantage la psychologie expérimentale qui nous permet de mieux comprendre les mécanismes de la croyance, plutôt que les mécanismes neuro-physiologiques.

Sur la foi en elle-même, sur le fait de croire en une puissance douée d’attention, de croire en une causalité intentionnelle, les réponses se trouveront dans la théologie. En revanche, sur d’autres types d’expériences religieuses, les neurosciences peuvent apporter des réponses intéressantes.

Certaines études menées par l'anthropologue Pascal Boyer ont montré que le sentiment religieux est "présent dans l'équipement neural de tout homme normal". Qu'en pensez-vous ?

On a tendance depuis une trentaine d’années à semer le mot « neuro » un peu partout. Mais on ne peut pas réellement décrire finement (c’est-à-dire étape après étape, avec des modèles valables) la mécanique cérébrale de la croyance. C’est une pétition de principe. Grâce à l’IRM fonctionnel par exemple, nous arrivons désormais à observer de manière assez rapide l’activité de certaines régions du cerveau – des régions qu’on sait liées à telle ou telle fonction. En revanche, on ne peut pas vraiment détailler le mécanisme même de la croyance religieuse. Et je précise bien religieuse, car qu’est-ce qui distingue la croyance religieuse de  toute autre croyance ? On peut croire à sa bonne étoile sans forcément croire en dieu ou en la bienveillance d’un bodhisattva.

Existe-t-il un "gène" spécifique à la croyance ? Dieu est-il une sécrétion du cerveau ?

Non. C’est une formule de journaliste, dont j’ai d’ailleurs été coupable par le passé ! Cela ne veut pas dire grand-chose. Nous avons des tendances à attribuer des rapports de cause et d’effet à ce qu’on observe dans l’environnement ou à ce que l’on vit, puis à doter ces causes d’attention – cela, c’est la psychologie infantile qui nous l’a enseigné. A fortiori, ces attentions sont le propre d’une entité supérieure – n’importe quelle divinité en d’autres termes. Mais de là à dire que c’est spécifiquement humain d'une part, et d’autre part lié à une sécrétion, à un neuro-transmetteur particulier ou à un gène, ce n’est pas raisonnable.

Avons-nous besoin de croire d'une façon ou d'une autre ?

Nous n’avons pas besoin de croire, car nous croyons déjà. C’est vraiment notre manière de percevoir le monde. On a une manière de croire qu’on essaye de faire coïncider avec ce que nos sens perçoivent ; on va d’abord croire avant de voir. D’ailleurs cela s’observe assez bien : les illusions d’optique, par exemple, qui sont une manière de tromper le cerveau dans ses croyances ou ses attentes. Nous avons tous des attentes, dans notre manière d’appréhenderl’environnement, mais ces attentes vont être contrariées ou confirmées par nos sens. Lorsqu’il n’y a pas de perception « objective », ce qui est le cas des divinités (puisqu’on ne peut pas les voir, sinon par leurs manifestations présumées ou leurs représentations artistiques), on va attribuer tel phénomène, tel effet, tel événement à une attente particulière d’intention. Le phénomène religieux est donc beaucoup plus vaste que la simple croyance : on a également les phénomènes de méditation, de transe, qui pour le coup s’expliquent mieux par les neurosciences.

Les travaux d’Andrew Newberg et d’Eugene d’Aquili avaient montré, en étudiant le cerveau de moines bouddhistes et de nonnes, que la croyance pouvait éventuellement influer sur l'activité du dit « système limbique » – des régions profondes du cerveau responsables notamment de nos émotions. De la même manière, on a montré que les gens plutôt croyants et pratiquants étaient « globalement » en meilleur santé que les autres. Mais est-ce dû à leur foi ou à leur mode de vie ? On ne peut pas encore répondre à cette question. Cependant, concernant certaines expériences mystiques comme les visions ou encore les « voix », il existe des modèles neurologiques très probants, souvent en rapport avec les auras épileptiques du lobe temporal.

 
Commentaires

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  • Par ヒナゲシ - 19/01/2014 - 09:40 - Signaler un abus Mange ta soupe !

    On retiendra cette excellente remarque de M. Jean-Baptiste : « Nous avons des tendances à attribuer des rapports de cause et d’effet à ce qu’on observe dans l’environnement ou à ce que l’on vit, puis à doter ces causes d’attention – cela, c’est la psychologie infantile qui nous l’a enseigné. »   Qui décrit assez bien le phénomène de « foi » ou de « croyance » en des divinités qui veilleraient sur nous : un arrêt du développement mental à un stade infantile. CQFD.

  • Par Ravidelacreche - 19/01/2014 - 10:06 - Signaler un abus notre cerveau est-il conçu pour croire en Dieu ?

    L'intelligence c'est la chose la mieux répartie chez les hommes parce que quoi qu'il en soit pourvu, il a toujours l'impression d'en avoir assez vu que c'est avec ça qu'il juge Coluche

  • Par ZOEDUBATO - 19/01/2014 - 10:16 - Signaler un abus Dans l'évolution de l'homme social

    La spiritualité et/ou les croyances (religieuse et/ou politique) ont profondément modifié la compréhension des phénomènes et donc l'intelligence C'est, d'ailleurs, pour cel que les idéologies de la pensée unique utilisent toutes lea propagande, la révision de l'histoire, la culture, le rejet des socialement différents et , pour certains, la torture et le lavage de cerveau afin d'avoir une uniformité de pensée (cf : Homo soviéticus et prise en main des médias)

  • Par cbrunet - 19/01/2014 - 10:31 - Signaler un abus Soupe asiatique..

    Qu'il est bon de constater la présence de personnes bienveillantes, supérieurement intelligentes et éduquées ! Rendons grâces à ces "éveilleurs" toujours prêt à pourfendre la foi et à proposer leurs vérités . Et quel bonheur si ces rabats-joie pouvaient aller prêcher plutôt sur "Rue 89" !! Un miracle est toujours possible .

  • Par biturige - 19/01/2014 - 11:30 - Signaler un abus comme déjà dit

    bonjour, si comme il est raisonnable de le penser ,dieu n'existe pas,les religions présentées comme vérités révélées et certitudes absolues et non comme systèmes de pensée et mode de vie ,constituent la plus grande escroquerie à la confiance de l'histoire de l'humanité .

  • Par EOLE - 19/01/2014 - 11:31 - Signaler un abus Mon cerveau n'est pas conçu

    Le cerveau est un organe en devenir de tout cordé. Il n'est strictement rien en lui-même. Ses fonctionnalités évoluent en stricte corrélation avec son support biologique et le milieu où ce dernier, lui même, évolue. Contrairement aux affirmations erronées d'Aristote, l'identité n'existe pas non plus que la substance et il n'est simplement pas possible de vérifier un rapport quelconque de cause à effet (cf. Heisenberg, Whitehead, Korzybski, etc.). Les schémas matérialo-réductionnistes ne tiennent pas et sont invalidés dès que l'on pousse un petit peu les expériences. La foi et la croyance religieuse ne sont ni plus ni moins idiotes que la foi ou la croyance matérialo-réductionnistes; au moins la première ne peut se démontrer alors qu'il est aisé de démonter la seconde... qui n'est pas rationnelle.

  • Par pascalou2 - 19/01/2014 - 11:44 - Signaler un abus bonjour

    remettons en obre l etat de la connaissance scientifique sur le sujet . - il n y connaisse rien et en plus pour la science la question de dieu n en est pas une ...cqfd - pour la notion de croyance , on va faire avancer un peut la science ..lol oui certain son naturellement porter a la croyance c est meme leur seul point de vu , mais la croyance s exprime de differente maniere , la religion , les extratesretre , les fantome ou les revenant .... - pour les autre non , il non pas besoin de croire pour vivre ... - le porbleme c est de faire coincider les interet des deux (le but de la laiciter a la française )...j essai a mon modeste niveau d y contriduer ...mais je ne suis pas sur de reussir ... - pascalou amateur de science

  • Par Thibs - 19/01/2014 - 12:05 - Signaler un abus Heureux les pauvres d'esprit!!!

    Ils maitrisent l'état de la connaissance scientifique mais pas l'orthographe ni la grammaire...

  • Par pascalou2 - 19/01/2014 - 12:22 - Signaler un abus bonjour@Thibs

    penser vous qu on puisse tous maitiser ? - pour ma par l ortogaphe me fait defaut , dois je retirer mer propos a cause de ça ? pascalou

  • Par FATALITAS - 19/01/2014 - 14:40 - Signaler un abus L'homme de tout temps a

    L'homme de tout temps a toujours eu besoin de croire en je ne sais quel divinité, parfois prêt à tuer pour convaincre que son dieu est le meilleur, même si son dieu ne lui a jamais demandé ça,. on pourrait presque croire que sans croyance l'homme ne serait pas ce qu'il est. devenu. Le danger est peut être le mélange des croyances car il se trouvera toujours des intégristes pour combattre l'autre qui veut imposer son dieu et généralement cela fini par un massacre, alors dieu peut être mais sans les hommes ou sans certains hommes.

  • Par Septentrionale - 19/01/2014 - 15:14 - Signaler un abus Nous sommes des animaux

    Mais doués d'une conscience qui nous amène à un questionnement métaphysique. Le monde occidental l'a concrétisé pour le mythifier et mystifier comme Dieu le père puis institutionnalisé avec une rigueur morale qui a posé la valeur de soi responsabilisé avec son libre-arbitre par la valeur de l'autre, dans une dimension intérieure infinie et sacrée. Avec Schopenhauer [ Définir l'homme comme un " animal métaphysique c'est insisté sur cette propension à s'inquiéter du sens et de la raison de l'existence des choses et de soi-même qui caractérise l'être humain. ] Il est de bon ton aujourd'hui de rejeter Dieu et l'eau bénite sans autre réflexion. Comment appréhender l'Inconnaissable et son Principe premier sans se poser l'éternelle question " qui sommes nous, d'où venons nous, et où allons nous " ? au-delà de la matière. Evidemment on est loin du parler perlimpinpin et du prêt-à-penser de la mafia socialiste qui n'a pour objectif que de parquer l'être humain pour son propre confort matériel.

  • Par Sophile - 19/01/2014 - 18:54 - Signaler un abus La religion

    Est une superstition institutionnalisée, qui au départ était là pour mettre en esclavage la pensée de chacun. Mais ceci va aller en diminuant, car celui qui sait, ne croit plus !!!

  • Par jurgio - 19/01/2014 - 19:04 - Signaler un abus C'est une constante de l'humanité

    Toutes les autres explications semblent émises pour évacuer le problème.

  • Par ZOEDUBATO - 19/01/2014 - 19:13 - Signaler un abus N' a t-on pas trop tendance à confondre

    croyance et religion ? La croyance peut aussi être politique (les idéologies) et conduire au même conséquence que la croyance religieuse Il ne faut pas séparer ces 2 aspects de la croyance car tous les deux sont basés sur la foi en des axiomes non vérifiables et produisent les mêmes effets sur la compréhension du monde qui nous entoure (et, donc, sur l'intelligence et l'analyse systémique)

  • Par Monkeyman - 19/01/2014 - 19:34 - Signaler un abus Se proclamer "athée", n'est-ce pas croire trop en soi ? ! MAIS !

    Il ne s’agit pas non plus d’être athée puisqu’on ne peut imaginer des structures qui sont de dimensions supérieures ! Une illustration, plus qu’accessible à tout un chacun, souligne le phénomène qui nous circonscrit, enferme ! Elle consiste à montrer qu’en dimension 2 (Le plan représente un espace de dimension 2) on ne peut pas réussir à construire avec 6 allumettes posées sur une table 4 triangles équilatéraux (leurs côtés étant symbolisés par des allumettes complètes), alors qu’en dimension 3 (c. à d. en évoluant dans notre espace habituel), l’édification d’une pyramide triangulaire équilatérale fournit la solution ! Quelle que soit la dimension de notre intelligence, nous ne pouvons augurer ce qui nous dépasse, en tant qu’« adulescents » immatures ! Mais nous pouvons inventer des tas d’histoires plus ou moins abracadabrantesques (V. les religions) ! Amen ! Dans ce paysage, probablement que chaque entité vivante, à son échelle, trouve « belle la vie » ... La plupart d’entre-nous, au nom de la « dignité humaine », ne se battent-ils pas pour accéder à l’immortalité et connaître le sort de Sisyphe ? ! ! ! Pierre Payen (Dunkerque)

  • Par Anemone - 19/01/2014 - 21:23 - Signaler un abus Des erreurs

    "Aujourd’hui, et depuis les années 70, la religion qui est devenue la plus violente est l’islam" --> Non, depuis le 7eme siècle. . "Sur le long terme, si vous prenez le cerveau d’un croyant et d’un non croyant, il n’est pas possible de mesurer les différences." . --> On observe un épaississement du cortex cérébral dans les zones associées à l’attention et l’intégration affective (chez les croyants pratiquant la méditation et la prière des moines hésychiastes ). --> revue Psychiatry Research: Neuroimaging », dirigée par le Massachusetts General Hospital (MGH), les chercheurs rapportent les résultats de leur travaux. «Cette étude démontre que des changements dans la structure du cerveau pourraient sous-tendre certaines de améliorations signalées" (émotions positives, comme le bonheur, l’enthousiasme, la joie et la maîtrise de soi, empathie et à l’écoute profonde des émotions d’autres personnes)

  • Par Joaquim Defghi - 19/01/2014 - 23:36 - Signaler un abus Etre athée et croyant, c'est possible

    Affirmer que l'on ne croit pas en Dieu ne signifie pas que toute croyance soit absente. En rejetant progressivement la tradition catholique, les Lumières n'ont pas éliminé Dieu, elles l'ont transféré ailleurs. Aujourd'hui, la foi en l'innovation ou en la croissance est une sorte de nouveau paganisme. www.actudupouvoir.fr/le-pacte-de-responsabilite-ou-la-marche-forcee-vers-le-totalitarisme-economique/

  • Par vangog - 20/01/2014 - 02:22 - Signaler un abus Mais non! Ce n'est pas le "sentiment religieux"

    qui est inhérent au fonctionnement du cerveau humain, mais la "quête mystique"... Et cela n'a rien à voir, ni avec les Religions, ni avec les Idéologies qui sont des constructions d'un groupe humain, avec rituel, dogme, sentiment sectaire et tout le tsointsoin... La quête d'un ideal, la quête mystique "sans Dieu", celle de Valéry voulant retrouver l'émotion de sa nuit d'orage à Gênes en 1892, celle-là est beaucoup plus intéressante, car elle est propre à chaque homme, l'essence même de son individualité et farouchement agnostique... "Croire", c'est perdre en un instant cette vibration existentielle entre la réalité et l'idéal de chaque homme et abandonner la variable temporelle, si nécessaire à la quintessence, union des quatre grands idéaux universels et du temps.

  • Par ヒナゲシ - 21/01/2014 - 07:17 - Signaler un abus La sagesse des religions, leur humanisme, tout ça…

    Anemone : « “Aujourd’hui, et depuis les années 70, la religion qui est devenue la plus violente est l’islam” --> Non, depuis le 7eme siècle. »   En effet, Anemone, l'islam — avec ses 7 siècles d'arriération — en est au point où le christianisme se trouvait au XIVe siècle en Europe. Je précise « en Europe » parce que… ailleurs, faut voir ! « Un cannibale a mangé la jambe d’un homme musulman après avoir réuni une foule de Chrétiens armés de machettes, de poignards et de haches pour l’assassiner, dans la capitale Bangui, en République centrafricaine. La victime a été traînée hors d’un autobus, battue et poignardée avant d’être brûlée. Après l’assassinat, le cannibale Ouandja Magloire, qui se surnomme lui-même “Mad Dog”, a saisi une jambe de la victime et s’est mis à la manger. […] »   La suite ici : http://fr-ca.actualites.yahoo.com/blogues/sur-le-radar/cannibale-brûle-homme-mange-venger-meurtre-femme-184723180.html

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Patrick Jean-Baptiste

Patrick Jean-Baptiste est neurophysiologiste de formation et journaliste scientifique. Il a collaboré aux cahiers et aux « hors séries » de Science et Vie. Il est l'auteur du livre La biologie de Dieu.

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