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Troubles de l’attention : les filles, grandes oubliées du diagnostic et pourtant de plus en plus nombreuses à en souffrir

Une étude du Journal of Clinical Psychiatry a signalé une hausse de la part des femmes atteintes par le trouble de l'attention/hyperactivité (TDAH) en 2015, qui développeraient par ailleurs des symptômes qui leur sont particuliers par rapport aux hommes, ce qui impliquerait de les soigner différemment.

Encore un effort

Publié le - Mis à jour le 12 Février 2016
Troubles de l’attention : les filles, grandes oubliées du diagnostic et pourtant de plus en plus nombreuses à en souffrir

Atlantico : Une étude du Journal of Clinical Psychiatry a signalé une hausse significative de la part des femmes atteintes par le TDAH en 2015 (+55% contre 45% pour les hommes). Pourriez-vous nous décrire sommairement ce qu'est le TDAH (1) ?

Christine Gétin : Il s'agit d'un trouble qui se manifeste par une propension à la distraction très forte chez un individu. Elle peut être doublée d'une certaine hyperactivité, cas dans lequel la personne ne tient pas en place, malgré elle, à laquelle s’ajoute, l’impulsivité qui s'exprime sous deux formes : la forme cognitive et la forme physique. Il s'agit par exemple de personnes qui ne peuvent s'empêcher d'interrompre un interlocuteur dans une discussion ou qui manifestent la volonté pressante de passer une file d'attente malgré les conventions sociales.

On parle alors d'hyperactivité/impulsivité.

 

Détecter une femme atteinte par le TDAH est-il plus difficile aujourd'hui que de le détecter chez un homme ? Pourquoi ?

Les filles, en se conformant mieux aux règles sociales et en s'intégrant plus facilement dans le cadre de vie en société, développent une forme dite "inattentive", moins visible. Du fait de leur intégration sociale plus évidente, elles sont nettement plus difficiles à détecter. C'est pourquoi on les détecte souvent plus tardivement. En somme, l'expression des symptômes est généralement différente selon que l'on soit une femme ou un homme.

 

Une femme touchée de TDAH souffre-t-elle donc de syndromes différents de ceux d'un homme touché lui aussi par le TDAH ?

On va détecter le TDAH à partir du moment où les femmes commencent à devoir mener plusieurs tâches en même temps. Par exemple, quand des difficultés sont éprouvées pour mêler une vie de famille et une vie professionnelle de concert. On observe que la nécessité de multifonctionnalité dans la vie de tous les jours révèle ainsi très souvent un grand nombre de cas féminins. Cela s'exprime par la mise en danger de sa stabilité dans son travail ou dans sa vie familiale, voire dans les deux.

 

Y a-t-il encore des préjugés sur les femmes atteintes de TDAH ?

L'expression du trouble est très souvent différente, et donc demande de s'intéresser à la question selon le propre rapport spécifique de la patiente au problème. On manque (en général, pas uniquement sur les femmes) de connaissance et de recherches sérieuses sur ce phénomène en France. Le seuil diagnostique est généralement inopérant pour les femmes, parce qu'elles ont la capacité de masquer quelques symptômes de la forme inattentive, et ce généralement jusqu'à l'âge adulte. Elle passe sous le radar parce que le malaise est en quelque sorte socialement atténué ; la détection n'en est que plus violente et surprenante pour la patiente.

 

A l'école, le syndrome d'hyperactivité est celui que l'on remarque tout de suite. Un garçon agité dérange la classe, quand une fille inattentive, rêveuse, "dans la lune", passe totalement inaperçue. Cette forme prédominante (inattentive) existe mais est ignorée. Même quand il s'agit d'une forme combinée ou mixte, qui révèlerait une forme d'hyperactivité combinée à la forme inattentive, on constate que la forme physique hyperactive est soft et donc non identifié. Evidemment, il existe des cas où cette variable homme/femme s'inverse, mais c'est un peu plus rare. Une autre variable très importante est celle des capacités intellectuelles. Un QI élevé a tendance à retarder le diagnostic, la question de la précocité focalisant l'attention des parents.

 

Cette difficulté à traiter les femmes atteintes de TDAH les handicape-t-elle dans leur travail ?

Elles vivent l'échec scolaire plus tardivement, et c'est bien souvent dans le cadre professionnel que l'on dénombre beaucoup de difficultés. Ces personnes se retrouvent dans l'incapacité de travailler en groupe, de s'organiser, et au final de conserver leur poste. Cette incapacité collective et sociale nuit à leur performance et peut aussi se déplacer dans le cadre familial, pour sauvegarder l'investissement placé dans leur emploi. Dans les couples, le mari joue alors le rôle du patron : s'il n'est pas compréhensif et attentif, la situation dégénère souvent. Ces situations entraînent de l'angoisse (face à l'incapacité d'anticipation qui est la leur), des conflits, des burnouts. Les hommes rencontrent des problèmes similaires.

 

Comment traite-t-on le TDAH aujourd'hui ? Y a-t-il des avancées scientifiques dans ce domaine ? Doit-on traiter les femmes différemment des hommes ?

Le problème en France est de traiter tout court le problème. Il y a un manque d'intérêt et d'investissement. Les patients rejettent parfois l'idée d'un traitement médicamenteux, et sont soutenus par les polémiques entourant l'usage du méthylphénidate, principale molécule très décriée en France et utilisée pour donner du répit au patient et à son entourage. Les femmes se montrent réticentes à prendre ce traitement, qui n'est pas toujours efficace, surtout chez les adultes. La question de la différence homme/femme vient se doubler de la séparation scientifique de la recherche entre TDAH pédiatrique et adulte. Toutes ces données font qu'il faudrait préciser la recherche pour proposer un traitement adapté selon les caractéristiques du patient, mais les efforts aujourd'hui semblent insuffisants, surtout pour les femmes qui sont principalement des patients adultes. Pour vous donner un ordre d'idée, on compte un cas de TDAH féminin pour trois cas de TDAH masculin chez les enfants et une quasi-parité quand on passe à l'âge adulte : étant donné que les lieux de consultation (médecin-psychiatre ou neurologues connaissant le trouble) pour adultes sont rares, les femmes se retrouvent nécessairement plus durement touchées. [CG1]

 [CG1]La recherche sur ce trouble est très importante et pas floue du tout, ce qui manque ce sont des recherches sur des méthodes de thérapies et de remédiations cognitives.

 

(1) Selon le docteur Patrick Chemla, psychiatre et psychanalyste, chef de service du centre Antonin Artaud (Reims), le syndrôme du TDAH fait polémique dans le milieu médical, car certains médecins contestent sa classification en tant que maladie à part entière, nécessitant un traitement spécifique.

 

 
Commentaires

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  • Par cpamoi - 09/02/2016 - 13:47 - Signaler un abus Jamais de trouble du pognon chez les psys.

    « Elles souffrent d’une maladie mentale qu’il est difficile de détecter ». Amusant. Vous êtes malade toutefois les examens n’arrivent pas à le démontrer ; votre façon d’être non plus. Mais vous êtes malade, il va sans dire, voilà le plus important pour la psychiatrie qui, ayant compris la difficulté de recruter des patients fous et solvables, préfère cataloguer comme fous CSP + qui s’ignorent. Le TDHA est une escroquerie, une maladie inventée de toute pièce, votre note de bas d’article le confirme. Elle permet le deale de drogues légales, rémunératrices, aux effets secondaires dévastateurs. Combien de fois, chez des enfants, cette fameuse TDHA n’était due qu’à un simple manque de magnésium ?

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Christine Gétin

Christine Gétin est Présidente et fondatrice de l’association HyperSupers TDAH France, depuis février 2002.
Elle est parent d’un enfant ayant un TDAH (trouble déficit de l'attention / hyperactivité).

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