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Entre la crise et le risque politique d'une réforme en année électorale, le trou de la sécu a de beaux jours devant lui

Le gouvernement présente aujourd'hui son nouveau projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2012. A l'ère du post-Médiator, et en pleine période de crise, à quoi doit-on s'attendre exactement ?

Sans fond ?

Publié le 22 septembre 2011
 
Que pouvons-nous attendre du projet de loi de financement de la Sécurité sociale ?

Que pouvons-nous attendre du projet de loi de financement de la Sécurité sociale ? Crédit DR

Atlantico : Que pouvons-nous attendre du projet de loi de financement de la Sécurité sociale ? Quelles seront les mesures phares ?

Sans doute pas grand-chose pour une loi adoptée pendant une année électorale, même si la situation financière de la Sécurité sociale n'a jamais été aussi déficitaire. Les mesures semblent beaucoup tourner autour d'une augmentation des prélèvements sur les patients (directement ou indirectement avec l'augmentation des taxes sur les mutuelles). Le gouvernement semble aussi vouloir profiter du scandale du Médiator pour demander une participation accrue de l'industrie pharmaceutique et remettre en cause le remboursement de certains médicaments. A un an de l'élection présidentielle, à moins d'une accélération soudaine et dramatique de la crise, on ne doit pas s'attendre à des mesures drastiques de la part du gouvernement.

 

Qui est responsable du « trou de la Sécu » ? Les médecins qui prescrivent trop, les malades qui se rendent chez le médecin pour un simple mal de tête, les lobbys pharmaceutiques, les politiques au pouvoir ?

Nous ne sommes pas dans un roman policier, il n'y a pas un criminel coupable à trouver à la suite d'une enquête haletante. Aucune personne ou groupe de personnes ne peut être dite coupable.

La première cause, c'est le succès de la Sécurité sociale et les progrès de la médecine. La médecine fait des progrès, qui permettent de mieux nous soigner et la Sécurité sociale nous permet d'accéder à ces progrès. Ces progrès coûtent cher, et permettent de vivre plus longtemps, deux éléments qui expliquent pourquoi les dépenses augmentent. En même temps, la croissance économique est faible et le chômage persiste, donc les rentrées d'argent dans la Sécu ne suivent pas l'augmentation des dépenses. La solution serait de retrouver une croissance plus forte comme les Allemands, les Néerlandais, les Autrichiens ou les nordiques.

Deuxième cause, sur laquelle il est possible d'agir: l'organisation de notre système. Le manque de coordination, la multiplication des actes, les examens inutiles, la surconsommation de médicaments et l'extrême liberté laissée aux différents acteurs expliquent une surconsommation pas toujours utile (nous consommons 12 % de notre PIB dans la santé contre 9% en moyenne des pays de l'OCDE) pour des résultats de santé qui ne sont pas les meilleurs du monde, et alors que les inégalités sociales de santé sont très marquées en France. Conclusion, il est nécessaire de changer progressivement le système.

 

Dans quel domaine doit-on concentrer nos efforts ?

De nouveaux objectifs doivent être poursuivis : une meilleure prise en charge des soins ambulatoires, la véritable mise en place de médecins référents, l'orientation collective de l'installation des médecins et le développement des maison de santé, dont l'accès devrait être intégralement couvert par la Sécurité sociale, où travailleraient en synergie infirmières, médecins généralistes, laboratoire d'examen, radiologie, kinésithérapeutes (tous les soins de première intention). Il faut aussi promouvoir un changement du mode de rémunération des médecins favorisant une réorientation des pratiques médicales vers la prévention. Investir dans l'avenir, c'est sans doute investir dans la recherche médicale mais surtout dans la prévention et les politiques de santé publique. Il faut chercher à réduire le pouvoir des « curatifs », qu'il s'agisse de l'industrie pharmaceutique ou des médecins libéraux.

Il faut enfin souligner que la qualité des soins de santé ne repose pas exclusivement sur les compétences des médecins, mais aussi bien sur l'amélioration de leur pratique, de leurs relations avec les patients, et peut-être surtout sur l'amélioration des conditions de travail des équipes qui entourent les médecins et qui sont au plus près des patients : auxiliaires de soins, staffs hospitaliers, infirmières.

 

L'UFC Que Choisir dénonce la hausse du coût de la santé des séniors. Trouvez-vous cette polémique légitime ?

Cette polémique montre que pour certains, le reste à charge ne cesse d'augmenter, et que quand on fait appel à des mutuelles, on fait appel à des assureurs privés (même si elles sont à but non lucratif, il reste qu'elles ajustent les tarifs au risque encourus en tenant compte de l'âge : les personnes âgées payent plus pour leur mutuelle que les jeunes). Cela souligne la part croissante prise par les mutuelles dans le remboursement des soins courants.

Le gouvernement souligne que la Sécurité sociale continue de bien couvrir les soins (76%) mais c'est une moyenne, entre 100% pour les affections de longue durée (15% des Français, qui représentent 64% des dépenses totales) et une prise en charge des soins courants à 55% par la Sécurité sociale.

 


Bruno Palier

Bruno Palier est directeur de recherche du CNRS à Sciences Po (CEE).

Il est docteur en sciences politiques, agrégé de sciences sociales et ancien élève de l’école normale supérieure de Fontenay Saint Cloud.

Il travaille notamment sur les réformes des systèmes de protection sociale en France et en Europe.

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