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Attachez vos ceintures, la troisième phase de la mondialisation débute et elle sera la plus perturbatrice de toutes

Selon l'économiste américain Richard Baldwin, sous l'effet de la technologie, le secteur des services connaîtra de profonds bouleversements dans les pays développés. Alors que la désindustrialisation a déjà fait de nombreux perdants, la troisième mondialisation - qui ne fait que commencer - pourrait être bien plus violente que la précédente.

Grand chamboulement

Publié le - Mis à jour le 23 Décembre 2016
Attachez vos ceintures, la troisième phase de la mondialisation débute et elle sera la plus perturbatrice de toutes

Atlantico : L'économiste Richard Baldwin a mis en avant dans son dernier ouvrage, The Great Convergence: Information Technology and the New Globalization, le rôle de la technologie au cours de la troisième phase de la mondialisation qui se profile. Comment se caractérise-t-elle ? Dans quelle mesure peut-on considérer qu'il s'agit de la phase la plus perturbatrice de toutes les vagues de mondialisation ? 

Jean-Marc Siroën : Avant d’évoquer la prochaine vague de mondialisation, il convient de s’interroger sur l’achèvement de l’actuelle. L’expérience historique montre qu’une nouvelle vague de mondialisation ne succède à la précédente qu’après une longue période de stagnation ou de régression.

Ce fut le cas après la période marchande du Moyen-Age au XIIIème siècle, après les grandes découvertes du XVIème siècle. Ce que Baldwin appelle - à tort - la première mondialisation du XIXème siècle s’achèvera avec la Première Guerre mondiale. Il faut attendre la fin du XXème siècle pour qu’apparaisse une nouvelle vague de mondialisation "perturbante" avec les transformations que nous constatons, et parfois déplorons, aujourd’hui. Si l’Histoire ne se répète pas toujours, la question mérite d’être posée : comment se fera la transition entre la "deuxième" et la "troisième" mondialisation si, toutefois, troisième mondialisation il y a ? Bien que l’actuelle mondialisation semble s’essouffler, elle a tissé des interdépendances et des réseaux qui ne se dénoueront pas aisément. Il faut bien avoir conscience que si les épisodes de mondialisation sont perturbateurs, économiquement mais aussi politiquement, les vagues de démondialisation le sont encore davantage. Rappelons-nous des années 1920 et 1930 et des 25% de chômeurs aux Etats-Unis. 

La troisième mondialisation de Baldwin ne relève-t-elle pas plutôt de l’approfondissement de la précédente ? Cela fait déjà longtemps que la mobilité physique du travail a laissé la place à une mobilité "virtuelle". La délocalisation des call centers a, par exemple, plusieurs dizaines d’années derrière elle. Certes, cette forme de délocalisation des services est appelée à se sophistiquer et à se généraliser, mais il n’est pas acquis qu’elle change la nature de la mondialisation.

Jean-Paul Betbeze : La thèse de Baldwin a l’avantage d’être simple et provocatrice. Elle divise l’histoire du poids des pays développés, du G7 en fait, en quatre périodes selon la nature et l’importance des échanges. Au début et pendant des siècles, jusqu’en 1820 en fait, il y a peu de croissance car pas ou peu d’échanges. C’est, pour l’essentiel, l’autarcie qui domine, tant les coûts de transport sont élevés. Puis se développe l’échange des biens, avec les progrès des transports qui diminuent les coûts et permettent ainsi les usines, la révolution industrielle et les économies d’échelle. Puis, selon Baldwin viennent les échanges d’informations. Alors, il ne s’agit pas pour le G7 de faire, mais de faire faire, de délocaliser. Le G7 profite ainsi des coûts de production très bas des pays sous-développés. La part mondiale du G7 baisse, la mondialisation s’étend, les pays sous-développés deviennent émergents, et le chômage s’étend au sein du G7.

Croissance par échange des biens, puis croissance par échanges des idées, méthodes et savoir-faire, nous en sommes désormais à une troisième étape, plus complète et plus perturbatrice encore : celle des échanges des hommes. Il ne s’agit pas des migrants, mais de la possibilité pour des experts de télétravailler sans bouger et pour des personnels des pays à bas salaires de gérer des machines et des robots dans les pays à salaires élevés, sans bouger non plus. Cette migration sur place est évidemment la plus perturbatrice de toutes car elle freine la montée des qualifications et des salaires dans les pays émergents et entretient un chômage de masse dans les pays industrialisés pour les moins qualifiés. C’est donc le risque d’une croissance plus lente et plus moyenne, quitte à être plus égalitaire. 

 
Commentaires

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  • Par Carl Van Eduine - 19/12/2016 - 09:00 - Signaler un abus Une formation plus graduée, plus sélective ?

    Pas d'accord sur la formation : ne faut-il pas distinguer une formation de base de niveau 1 à partir de laquelle chacun devra acquérir le socle de compétences mini nécessaire à l'entrée sur le marché du travail au niveau le plus bas, puis éventuellement le socle de compétences de niveau 2 jusque "x" nécessaire à la spécialisation qu'il vise, puis cette spécialisation ; ensuite, la formation continue reposera sur une actualisation systématique de ces socles de compétences et/ou de la spécialisation. Si on n'opère pas ce distinguo entre les niveaux de base et la spécialisation d'une part, puis entre la formation initiale et l'actualisation ensuite, on ne prémunira pas la main d'oeuvre contre l'obsolescence, liée à une formation de base trop basse. Faut-il préciser que ces formations coûtant cher seront sélectives par examen annuel, et ouvertes non pas selon le désir mais selon le niveau effectif de chacun ? Et / ou, que si d'aucuns visent des formations à laquelle ils ne peuvent normalement pas prétendre, et / ou qui sont des usines à chômeur, et / où ils sont a priori compétents mais en deçà du niveau du dernier du numérus clausus, ce sera pour eux possible ... mais plus cher ?

  • Par cloette - 19/12/2016 - 09:44 - Signaler un abus Prévisions risquées

    Pour le moment c'est le flou total .

  • Par Ganesha - 19/12/2016 - 10:24 - Signaler un abus Une phrase de m. Siroën me laisse dubitatif

    Une phrase de m. Siroën me laisse dubitatif : ''les vagues de démondialisation le sont encore davantage. Rappelons-nous des années 1920 et 1930 et des 25% de chômeurs aux États-Unis.'' La Crise de 1929 était de la ''démondialisation'' ? Ou plutôt la conséquence de la spéculation boursière ? Une ''première mort du Capitalisme'' ? Par contre, j'ai adoré ''Ce n’est pas demain qu’on acceptera d’être servi à la terrasse d’un café par un robot contrôlé depuis Bengalore…''

  • Par Cyril Chanaud de Lestang - 19/12/2016 - 10:31 - Signaler un abus Instruction & Education

    Merci pour ces anticipations qui me rappelle la phrase "Administrer, c'est prévoir et pourvoir". Une solution serait de découper l'instruction en Unités de Valeurs ou Unités de compétences. Ceci permettrait à tous, à des moments divers de leurs vies, de se perfectionner (formation continue). Les applications techniques sont en constante progression et un BAC+ informatique des années 90, par exemple, se doit d'être valorisé par une UV de "réseaux sociaux", une UV de "Google Adwords" ou une UV de "Darknet"... Les outils de demain devront être anticipés au mieux afin de définir les prochaines UV. C'est une vrai et belle tâche pour les enseignants, nos Hussards de la République.

  • Par Ganesha - 19/12/2016 - 10:38 - Signaler un abus Les ''papys Atlantico''

    Les ''papys Atlantico'' vont encore se ''mettre en pétard''! Voilà à nouveau qu'on leur dit que le Revenu Universel est ''nécessaire'' ! Page 3 : ''pour ne pas être une forme de chômage déguisé, cette diminution du temps de travail devra être consentie et répondre à un choix. De ce point de vue, l’expérimentation d’un revenu universel, qui pourrait prendre la forme d’un impôt négatif, apparaît aujourd’hui nécessaire même si les modalités de son financement suscitent des interrogations.'' Pour gagner du temps, je vous donne tout de suite le lien internet : https://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_des_partisans_du_revenu_de_base

  • Par Cyril Chanaud de Lestang - 19/12/2016 - 10:39 - Signaler un abus @ Carl Van Eduine

    Suite à votre commentaire, j'aimerai attirer votre attention sur l'arrivée des MOOC (massive open online courses). En France, on le nomme FUN (France universités numériques). Les MOOC et FUN permettent déjà d'obtenir de très nombreuses connaissances via une simple connexion Internet. Ceci est une solution face à désertification mais aussi elles permettent à une personne pauvre de se former gratuitement et sans avoir à louer une chambre à l'étranger ou dans une grande ville. Elles permettent aussi de suivre à son rythme quasiment n'importe quelle formation partout dans le monde. Nos politiques pourraient très facilement rendre cet enseignement gratuit (une fois les didacticiels comme les vidéo et les support de cours fait, leur mise en ligne peut être gratuite). Un exemple concret est le projet Voltaire pour grammaire et orthographe.

  • Par MarcBloch - 19/12/2016 - 10:42 - Signaler un abus @Ganesha

    La cause profonde de la crise de 1929 est l'intervention étatique : -une expansion inflationniste : le tout jeune système de réserve fédérale (banque centrale des États-Unis) favorise l'expansion de la masse monétaire pour accompagner la croissance économique- les États-Unis accordent des prêts à bas taux d'intérêt aux pays européens (et notamment à la Grande-Bretagne qui s'efforce sans succès de maintenir la parité de sa monnaie en équivalent or) pour favoriser les exportations américaines, ce qui accroît encore l'inflation. Source : Wikibéral Il est normal qu'il y ait des phases d'expansion-récession dans un marché libre...mais quand l'Etat s'en mêle, cela amplifie les effets !

  • Par cloette - 19/12/2016 - 10:58 - Signaler un abus Les moocs

    En Anglais pour la plupart avec vidéo sous titrées . Pas de certifications , " jugé" par ses pairs "apprenants" . Celui qui réussi un vrai concours que ce soit d'une grande école ou de quelque chose d'autre sera celui qu'on embauchera .

  • Par l'enclume - 19/12/2016 - 11:37 - Signaler un abus Un papy qui vous veut du bien !!!!!

    Ganesha - 19/12/2016 - 10:38 - "Les ''papys Atlantico' vont encore se ''mettre en pétard'' Je suis un des papys que vous citez si aimablement, permettez loi de vous rendre compte que je milite pour le "revenu universel d'existence, depuis + de 10 ans. Un petit livre à ce sujet avait été édité, livre que je me suis empressé d'envoyer à bon nombre d'élus, dont Hervé Mariton, à ce jour aucune réponse. Je vous signale également que la SEULE politique d'alors, qui s'était vraiment impliquée était Christine Boutin, celle que les LAÏCS, conspuent à loisir.

  • Par edac44 - 19/12/2016 - 11:53 - Signaler un abus Se former OUI mais pourquoi faire ???

    La formation d'un être humain débute en principe, dès sa naissance (pour les plus chanceux) et devrait se terminer in fine avec sa mort !... Reste à savoir ce que l'on met derrière le mot "FORMATION" et ce qui pousse une "structure vivante", quelle qu'elle soit, à former ses "constituants" ??? Pour les société primitives, cela se résumait et se résume encore pour certaines d'entre elles, à la survie de l'espèce mais au fil du temps, les ambitions de nombreux êtres vivants dépassèrent assez vite le stade de la reproduction. Vint enfin la découverte de la célèbre pyramide de Maslow et là, les ambitions se déchainèrent, les guerres aussi !... Pour en revenir à l'emploi ou plutôt sa disparition, il est archi-faux de prétendre que la formation soit accessible à tous et que chacun puisse y prétendre grâce à l'Internet (peu présent en Amazonie, dans le désert de Gobi ou dans les forêts africaines quand ce n'est pas dans nos campagnes françaises. Se former "ON LINE" demande une certaine culture que tout le monde n'a pas et les formations vraiment intéressantes, souvent en anglais, sont loin d'être gratuites.

  • Par edac44 - 19/12/2016 - 12:04 - Signaler un abus Se former mais pourquoi faire ??? suite

    Maitriser le paradoxe EPR ou réconcilier la physique quantique à la relativité générale ne seront à jamais accessibles au commun des mortels, même sur le net !... Si beaucoup considère la formation comme un business comme les autres, ou il y a encore du fric à se faire, on peut quand même se demander si d'avoir des chômeurs de plus en plus qualifiés ne va pas en pousser certains, au meurtre ou au suicide. Et comme il faut de moins en moins de monde pour produire en ce bas monde, doit-on envisager dès maintenant d'arrêter de se reproduire et admettre que seuls les "meilleurs" vont survivre ???

  • Par cloette - 19/12/2016 - 12:21 - Signaler un abus Apprendre

    Il faut ( dans l'ordre) que le support soit un livre, puis la main pour écrire, puis il faut un facteur humain . Les méthodes par Internet pour le moment sont valable pour les apprentissages bas de gammes et premiers .

  • Par gnezele - 19/12/2016 - 16:59 - Signaler un abus révolution

    pour moi les drones et les imprimantes 3D vont changer notre façon de vivre comme l'on fait l'informatique et les telephones portables

  • Par Anouman - 19/12/2016 - 20:33 - Signaler un abus On peut rêver

    On peut rêver de formation, c'est un rêve qui permet déjà de faire vivre les organismes de formation (on a donc au moins un rôle social). Mais la vérité c'est qu'il y a plein de gens qui ne veulent pas se former ou même n'en sont pas capables. Il suffit de voir le nombre d'illettrés avec l'école obligatoire jusqu'à 16 ans. La solution est donc ailleurs. Quant aux robots serveur de café contrôlés par les indiens c'est parfaitement débile. Les recherches en intelligence artificielles permettront rapidement de faire des serveurs de café synthétiques sans aucune intervention humaine. Et si on peut faire des serveurs de café on doit pouvoir faire tout un tas d'emplois déqualifiés du secteur privé et aussi du secteur public ou l'emploi consiste principalement à contrôler des dispositions réglementaires (souvent discutables mais pas forcément). Et le pire c'est que les robots pourront aussi faire des emplois qualifiés...

  • Par pierre de robion - 19/12/2016 - 22:46 - Signaler un abus La solution?

    c'est bien sûr: taxons les robots (quelqu'un l'a mis à son programme), mais souvenez-vous de la "cerisette", cette taxe sur les investissements, abolie vu le retard que prenait le pays! Toutefois, sans doute la pente était-elle trop forte, car nous ne l'avons jamais remontée! Au contraire!

  • Par Ganesha - 20/12/2016 - 04:56 - Signaler un abus L'Enclume

    L'Enclume, effectivement, le Revenu Universel, n'est pas une idée de ''droite ou de gauche''. Cela se voit très bien en consultant la ''liste des partisans'' de Wikipédia. Ce qui fait la différence, ce sont les gens pour qui le mot ''Fraternité'' a un sens. Voilà une notion qui échappe totalement à beaucoup de ''papys Atlantico'', emmurés dans un égoïsme répugnant !

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Jean-Marc Siroën

Jean-Marc Siroën est économiste. Il enseigne actuellement à l’université Paris Dauphine et est professeur au sein du département Master Sciences des Organisations. Il est spécialiste d’économie internationale. Il participe également au programme de recherche Nopoor, financé par l'Union européenne, sur les politiques de lutte contre la pauvreté. 

 

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Jean-Paul Betbeze

Jean-Paul Betbeze est président de Betbeze Conseil SAS. Il a également  été Chef économiste et directeur des études économiques de Crédit Agricole SA jusqu'en 2012.

Il a notamment publié Crise une chance pour la France ; Crise : par ici la sortie ; 2012 : 100 jours pour défaire ou refaire la France, et en mars 2013 Si ça nous arrivait demain... (Plon). En 2016, il publie La Guerre des Mondialisations, aux éditions Economica et en 2017 "La France, ce malade imaginaire" chez le même éditeur.

Son site internet est le suivant : www.betbezeconseil.com

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