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Tristesses : superbe oratorio pour une île défunte et un peuple défait

Atlanti-Culture

Publié le

THEATRE 

Tristesses
 
d'Anne-Cécile Vandalem
 
Mise en scène : Anne-Cécile Vandalem
 
Avec : Vincent Cahay, Anne-Pascale Clairembourg, Epona Guillaume, Séléné  Guillaume en alternance avec Asia Amans, Pierre Kissling, Vincent 
Lécuyer, Catherine Mestoussis en alternance avec Zoé Kovacs, Jean-
Benoît Ugeux, Anne-Cécile Vandalem en alternance avec Florence Janas, 
Françoise Vanhecke,  Alexandre Von Sivers
 

INFORMATIONS

Théâtre de l’Odéon 
 
Place de l’Odéon
 
Paris 6°
 
ATTENTION: dernière représentation, le 27 mai
 
Réservation : 01 44 85 40 40
 
 
RECOMMANDATION
 
            EN PRIORITE
 

THEME

Une petite île au large du Danemark.
Elle s’appelle Tristesse. Quelques maisons se blottissent entre elles pour résister au froid et au vent. A tous les vents comme à celui de l’histoire. D’une histoire dramatique qui a vu disparaître l’abattoir qui faisait vivre les fermiers et toute l’île. Les habitants ont disparu ou presque. Il n’en reste que huit qui ont résisté à l’exil ou échappé à la vague de suicides qu’a entrainé la disparition de l’abattoir et de l’élevage.
 
Huit représentants d’une humanité abîmée, blessée et souffrante. Des déprimés, des jaloux, des aigris et deux enfants perdues et blessées par tant de déchéance… et une morte qui vient de se pendre au mât du drapeau danois.
 
Le veuf, un des désormais sept survivants, fondateur du parti du Réveil Populaire, se désintéresse totalement de sa femme, pendue, au milieu du village ; le Maire et le pasteur se querellent sur ce qu’il convient de faire, le village ou ce qu’il en reste se querellent lorsque Martha, la fille de la pendue revient du continent. Elle y a réussi et devrait rapidement y être nommée Premier Ministre par le parti du Réveil Populaire, nationaliste et xénophobe.
 
Elle entend repartir avec le corps de sa mère (contre sa volonté d’être incinérée sur place) mais veut auparavant totalement liquider l’histoire de l’île. Elle arrache, peu à peu, l’accord de tous les survivants pour transformer l’île en studio de cinéma de son parti, détournant au passage, au profit du parti, des millions de subventions…
 
Les deux fillettes sont là. Comme l’ultime rayon d’espérance et de lumière, dans l’atmosphère sombre et crépusculaire qui pourrait annoncer un holocauste. 
 
C’est grave et violent comme cela. Mais c’est aussi autre chose. On rit, on s’attache, on plaint, on s’attendrit, on est heureux parce que la fable est formidable.
 
 
 
POINTS FORTS 
 
•       La rencontre d’un texte, d’une mise en scène, d’un décor, d’acteurs, de musiciens et de notre temps, comme rarement sur une scène. Une harmonie, un assemblage parfait qui vous englobe et vous pénètre:
 
•       -  Le texte. Des mots simples. Des phrases vides. Et puis au détour d’un verbe, une douleur, une angoisse, des mots qui sentent la haine et la manipulation, des mots qui s’immiscent dans ceux de tous les jours. L’intolérance, la xénophobie, le mépris des petits comme des virus sur un corps malade.
 
•      L  La mise en scène. La vidéo en direct donne à voir l’invisible, ce qui se passe dans les petites maisons, dans la chapelle, derrière… Elle joue ici pleinement son rôle offrant à la mise en scène la magie d’une double pièce qui croise et entrecroise la vérité et le mensonge, la naïveté et la mauvaise conscience.
 
•       Le décor. Quatre petites maisons dont une fait office de chapelle, toutes grises, serrées les unes contre les autres dans une opacité qui ne se lèvera pas. A travers les fenêtres les lumières tremblent. On s’y cache, on s‘y protège parce qu‘au-delà du hameau, sur l’ile c’est la mort et qu’au-delà de l’île il n’y a plus rien.
 
•       La troupe : le casting est formidable, chaque rôle s’incarne dans d’improbables acteurs. Ils ne jouent pas. Ils habitent le hameau, ses phantasmes et ses délires.  
 
•       La musique : omniprésente et justifiée. Deux musiciens, étonnants fantômes à peine perceptibles, habitent l’espace, vont et viennent d’un instrument à l’autre pour accompagner de leurs lamentos, de vieux chants paysans celtiques ou de gloria de fanfare les affres de la journée.
 
 
 
•       POINTS FAIBLES
 
Lié à l’acoustique, à l’amplification ? Il est parfois difficile de suivre le texte.
 
EN DEUX MOTS  
 
Un Oratorio pour une île défunte et un peuple défait.
 
 
 
UN EXTRAIT
 
Käre Heiger (le nouveau veuf  indifférent). - Je vous ai posé une question. Qu’est-ce que ma femme fait, pendue au milieu du village ?
 
Joseph Larsen (le Maire)  – C’est votre fille qui a demandé à ce qu’on n’y touche pas.
 
 
 
L’AUTEUR / METTEUR EN SCENE
 
Anne-Cécile Vandalem est née en 1979 à Liège. Après des études d’interprétation au Conservatoire Royal de Liège, elle débute sa carrière auprès de metteurs en scène et collectifs théâtraux avant d’entamer, dès 2003, son travail d’écriture de spectacles avec Zaï Zaï Zaï Zaï et Hansel et Gretel.  
 
Dès lors, la fiction est la forme de prédilection de l’autrice. De 2008 à 2013, elle s’engage dans la réalisation d’une Trilogie des parenthèses d’où sont issus les spectacles (Self) service, Habit(u)ation et After the walls (utopia).  En 2014, Anne-Cécile Vandalem met en place trois dispositifs : Still too sad to tell you (installation vidéo), Que puis-je faire pour vous ? (projet dans l’espace public) et Looking for dystopia (oeuvre multimédia). Vient ensuite Tristesses, nouvelle création présentée notamment au Festival d’Avignon en 2016. Aujourd’hui, Tristesses continue de tourner sur les scènes européennes. Les spectacles de Das Fräulein (Kompanie) reçoivent de nombreux prix, dont le « Prix de la Critique », et Anne-Cécile Vandalem se voit également récompensée en 2016 par la SACD en sa qualité d’autrice. Le 23 janvier 2018, elle crée Arctique au Théâtre National Wallonie-Bruxelles, qui sera présenté au Festival d’Avignon. 
 
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