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La tragédie de la com’ Hollande : pourquoi il faudrait en venir à interdire le président de parole publique pour préserver l’intérêt général

François Hollande, qui déclarait il y a quelques jours qu'il ne relevait pas de son devoir d'être "le commentateur d'une situation, mais de régler les grandes questions qui sont posées à la France", s'est une fois de plus contredit en répondant aux accusations faites pas Valérie Trierweiler dans son livre "Merci pour le Moment", dans une interview au Nouvel Observateur publiée ce jeudi 11 septembre.

Episode 12000

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La tragédie de la com’ Hollande : pourquoi il faudrait en venir à interdire le président de parole publique pour préserver l’intérêt général

François Hollande s'est confié au Nouvel Observateur.

Atlantico : Dans une interview accordée au Nouvel Observateur ce jeudi 11 septembre, François Hollande réagit au livre de Valérie Trierweiler paru la semaine dernière. Une interview donnée alors qu’il déclarait une semaine auparavant lors du sommet de l'OTAN que son devoir n'était pas d'être "le commentateur d'une situation mais de régler les grandes questions qui sont posées à la France". De la même manière il avait estimé en janvier 2014 que les "affaires privées se traitent en privé". En agissant ainsi, François Hollande fait-il autre-chose que commenter la situation ?

Thierry Saussez : Il y a, dans l’attitude de François Hollande, une forme d’inconstance à répétition, qui, si elle s’appliquait seulement à sa vie personnelle, ne serait pas forcément grave. Le "moi Président" qui ne mélangera pas la vie privée et la vie publique vole en éclats. Il déclare au sommet de l’OTAN, ce qui est un curieux endroit pour répondre à son ex compagne, après avoir dit qu’il y discutait les choses les plus importantes du monde, répondant quand même au livre de Madame Trierweiler, tout en précisant qu’il ne répondra à aucune question. Et s’empressant plus tard d’y répondre à nouveau dans l’interview du Nouvel Obs… Au-delà des questions de vie personnelle, on retrouve les mêmes schémas dans la politique qu’il met en œuvre : on ne cesse de faire le contraire de ce qu’on a annoncé, de détricoquer une loi qu’on a fait voter. Sur tous les sujets, on est dans une situation où les Français ont le sentiment que cet homme ne sait pas très bien où il va. Il détruit la crédibilité présidentielle, non seulement parce qu’il mélange les genres entre vie publique et vie privée, mais en plus parce qu'il appuie là où ça fait mal : sur l’inconstance et l’incohérence qui lui sont reprochés.

Benoît de Valicourt : J’ai d’abord cru que cette interview accordée au Nouvel Observateur était celle de François Hollande et non celle du chef de l’Etat, mais finalement ils ne font qu’un et ce que le livre de Valérie Trierweiler révèle est, si tout est vrai, la nature du président de la République. Sa vie privée est une vie au service de la France et des Français, sa fonction ne s’arrête pas au seuil de sa chambre ou de sa salle de bain ! Oui, François Hollande commente l’ouragan qui vient de s’abattre sur l’Elysée, il est comme toutes ces victimes que les médias interrogent après un caprice météo ou une fuite de gaz ayant soufflé un immeuble. En cela, le Président reste ce qu’il a dit qu’il est : normal !

Didier Maus : Il réagit sur l'aspect politique du livre, à savoir à la question de savoir s'il est véritablement ce personnage froid et lointain décrit au fil des pages. Mais sa communication de président n'a jamais été bonne, elle oscille sans cesse entre le président lointain et celui du quotidien. L'homme étant touché, il essaye de remonter la pente en contrecarrant ce que son ex-compagne a écrit. En revanche on notera qu'il ne dément pas dans cette interview l'expression des "sans-dents".

Jean Petaux : Je crois que vous avez raison de pointer cette apparente contradiction de François Hollande. Mais la lecture minutieuse de l’article de Serge Raffy apporte une partie de la réponse à votre question. Raffy qui le connait bien décrit un homme très touché par ce qu’il a lu (ou qu’on lui a lu) depuis une semaine. Alors, bien évidemment, il faut considérer aussi la part de jeu, de posture, dans cette attitude. Mais il y a certainement une dimension de grande sincérité dans le comportement du président. On peut donc considérer qu’après une première réponse, très émue, très difficile pour lui devant les journalistes lors du sommet de l’OTAN à New-York (de la part d’un homme toujours très à l’aise dans l’exercice de la conférence de presse et dans ses rapports avec les journalistes depuis des années), il a éprouvé encore le besoin de redire combien il était choqué et meurtri par ce qu’on a écrit sur lui, même sous le flot des larmes et de la rancœur, voire de la vengeance. Quant à une autre attitude ? Laquelle ? Il aurait sans doute pu menacer tous les éditeurs intéressés par le tapuscrit et désirant le publier d’une vérification fiscale approfondie jusqu’aux cousins éloignés ? Il aurait pu mettre sur écoute 3000 personnes dans tout Paris pour suivre à la minute près toute tentative de prise en compte du témoignage à charge ? Il aurait aussi pu faire surveiller de très très près quelques actrices et acteurs du dossier ? D’autres, semble-t-il, dans la même fonction, l’ont fait avant lui. Que n’en a-t-on dit ?  Commenter la situation de nos jours c’est la loi du genre. S’il a commis une erreur c’est de dire qu’il n’avait pas à la commenter. Quant aux affaires privées qui se traitent en privé, parlons-en… Si un livre vendu à 200 000 exemplaires est une affaire privée, cela veut dire que le mot privé n’a plus de sens. Nous sommes en présence d’une affaire publique et politique et elle se traite sur la scène publique et politique, c’est tout ce qu’il faut dire… Il me semble que l’entourage du président gagnerait à cette forme de clarté.

Finalement une telle initiative tend à faire passer l’homme avant le président. En quoi est-ce dommageable pour la fonction présidentielle ?

Didier Maus : La séquence dans laquelle nous sommes entrés est dommageable pour la fonction présidentielle, mais elle a commencé il y a déjà un certain temps. Le choc frontal entre la fonction présidentielle et les conséquences de la vie privée de l'intéressé pose un sérieux problème, car ce n'est pas tant sa vie privée qui est en cause, que la façon dont elle est révélée et mise en scène à travers un livre.

Benoît de Valicourt : Il ne peut y avoir de président sans homme (ou sans femme) ! Je pense que le principe de vie privée en politique est un mythe hypocrite inventé pour protéger les responsables politiques des secrets d’alcôve. Je note que ce sacro-saint principe de vie privée est presque toujours mis en avant lorsqu’il s’agit de libertinage. Le monde de l’information évolue, les secrets sont de moins en moins bien gardés et ce qui était valable sous Félix Faure ou François Mitterrand ne l’est plus aujourd’hui. Ce n’est pas le fait de commenter Merci pour le moment ou de répondre à Madame Trierweiler qui est dommageable pour la fonction présidentielle, c’est ce qui a entraîné la publication du livre de l’ex-compagne du chef de l’Etat. Qu’un homme trompe sa femme est d’une consternante banalité, qu’un président de la République trompe sa femme avec les moyens de l’Etat mis à sa disposition alors que le pays s’enfonce dans la crise me semble plus dommageable.

Thierry Saussez : Il se  met dans la pire des situations en valorisant l’attaque et en y répondant au plus haut sommet de l’Etat, et deuxièmement il reconnaît par là-même qu’il y a le feu dans la maison. On constate une espèce de "sauve qui peut" qui en réalité banalise la parole présidentielle à des fins personnelles au-delà de l’exercice de la fonction.

Jean Petaux : Il y a quelque chose d’extrêmement étonnant, paradoxal, et pour tout dire parfaitement malhonnête dans la majorité des commentaires sur cette affaire depuis une semaine. Résumons la situation. 1) Une femme journaliste qui a trompé son mari, le père de ses trois enfants, pendant plusieurs années avec un homme politique non-marié mais vivant en couple depuis 20 ans et père de son côté de 4 enfants, découvre que son  compagnon la trompe. / 2) Il s’ensuit une rupture entre eux deux.  / 3) Les conditions de leur séparation ne regardent qu’eux mais, compte tenu du statut unique de l’homme, elle bénéficie d’une forme de prestation compensatoire tout à faire correcte. / 4) Quelques mois après la rupture, la dame écrit un ouvrage qui relève de la thérapie, du coup d’édition et d’une belle opération commerciale se mesurant en droits d’auteur considérables en une seule journée de mise en place de l’ouvrage. Son auteur insulte copieusement son ancien amant avec une volonté évidente de le tuer politiquement en particulier par des allégations dont personne n’est en mesure de vérifier le début du commencement de véracité. / 5) Le principal intéressé, le seul au demeurant, cherche à répondre à ces critiques d’une rare violence parce qu’elles mêlent tout, l’intime et l’estime, le "off" et le "on". / 6) : Acte final : les commentateurs considèrent qu’en se défendant il affaiblit la fonction présidentielle.

Les mêmes beaux esprits qui vont expliquer que la posture christique : "Si on te frappe sur une joue, tend l’autre joue" est responsable de siècles entiers de soumission et d’exploitation de l’homme par l’homme vont, tels le chœur antique, d’une seule voix, accuser François Hollande de se vautrer dans une querelle de ménage… Mais il ne s’agit plus de cela… Il s’agit tout simplement de l’honneur et de l’éthique d’un dirigeant politique que le suffrage universel a porté au pouvoir et qui est insulté, diffamé, attaqué au plus profond de son engagement et de ses valeurs sans doute. Ce n’est pas drôle du tout et parfaitement symptomatique d’un temps où l’ordure tient lieu d’argumentation politique…

 
Commentaires

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  • Par assougoudrel - 11/09/2014 - 14:28 - Signaler un abus Merci pour le moment

    C'est un moment qui a coûté très cher au contribuable. FH est dans la lignée de mitterrand. Avec "humour", il répête : "toutes les fois, je vais à la messe et tous les mois, je vais à la F...".

  • Par jmpbea - 11/09/2014 - 14:35 - Signaler un abus Où l'un des auteurs voit-il des insultes?

    Mauvaise lecture....il n'y a que des vérités simples sur le caractère versatile et superficiel de l'homme dans sa relation avec les autres...avec , comme fil rouge, un amateurisme permanent qui transparaît à chaque ligne...

  • Par vangog - 11/09/2014 - 15:25 - Signaler un abus Le Président déphasé...

    Lorsque le silence est de mise, il s'égosille...et lorsqu'il faudrait parler et trancher, il s'abstient! Déphasé, quoi!

  • Par Gégé on the move - 11/09/2014 - 17:47 - Signaler un abus Prions pour Jean Petaux

    Étonnamment, alors que Jean Petaux ne manque pas une occasion de dénigrer la religion Chrétienne, il parle comme dans une prêche, nous assénant des idées un peu décalées de la réalité. Analyse incomplète malgré la longueur excessive de sa pige. Intervention de piètre niveau et qui cache mal un parti pris universitarogauchobobo. Thierry, Benoit et Didier sont beaucoup plus intéressants à lire.

  • Par Mandataire - 11/09/2014 - 18:18 - Signaler un abus Ni dissolution, ni démission…

    … la FRANCE doit boire le calice jusqu'à la lie! Sinon ne serait-ce pas un déni de Démocratie? N'a-t-il pas été élu avec une majorité parlementaire? Que les Thrombonnards® assument… qu'ils soient dextres ou senestres. Nous ne comprendrons ce que nous devrons faire qu’une fois au fond du trou… à défaut d’avoir une "Sainte" Maggie qui a été la seule à avoir eu la volonté de sortir son Pays de l'ornière. Autant aller à cette étape le plus rapidement possible et non pas en implorant "Grâce monsieur le bourreau, encore une minute, monsieur le bourreau..." Vite, Nous Citoyens limitons le nombre de Mandats pour que la Politique ne soit plus un Métier mais une parenthèse au Service du Bien commun…. et radions les condamnés de tous leur/s Mandat/s avec remboursement des sommes perçues à ce/s titre/s. PS: À quand sur Atlantico.fr la possibilité de facilement signaler coquilles/erreurs? Enregistrer un commentaire en brouillon pour relecture? Pouvoir aller à la ligne pour faciliter lecture/compréhension? Est-ce si compliqué, même si c'est du Travail.

  • Par vangog - 11/09/2014 - 23:22 - Signaler un abus @mandataire et j'ajouterai...

    un petit moteur de recherche pour les articles anciens qui ne s'affichent plus...et, par dessus tout, faire cesser ces très inutiles pop-up qui font sauter le texte, perturbent la navigation et la lecture, envahissent tout l'écran, sans qu'on puisse désamorcer ces nuisibles et ne servent strictement à rien...qu'à énerver et décourager les nouveaux abonnés...

  • Par perceval - 12/09/2014 - 00:20 - Signaler un abus il a quelque chose à demander

    ou à se faire pardonner le Petaux? C'est fou ce que parfois l'on peut avoir l'esprit "ouvert" et "tolérant" (il faut bien comprendre ce pauvre Hollande n'est-ce pas?) et d'autres fois pas.

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Thierry Saussez

Thierry Saussez est l'ancien conseiller en communication de Nicolas Sarkozy. Ancien Président de l'agence Image et Stratégie Europe, il est l'auteur du livre Les deux corps du Président, publié en mai 2013 (Rober Laffont).

 

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Jean Petaux

Jean Petaux est docteur habilité à diriger des recherches en science politique, ingénieur de recherche, politologue à Sciences Po Bordeaux, grande école dont il est depuis 27 ans le directeur de la Communication et des Relations extérieures. Auteur d’une dizaine d’ouvrages,  il dirige aux éditions « Le Bord de l’Eau » la collection « Territoires du politique » et y a publié en avril 2017 un livre d’entretiens avec Michel Sainte-Marie, ancien député-maire de Mérignac  intitulé « Paroles politiques ».  Parmi ses publications antérieures il a  codirigé aux Editions Biotop, en 2010,  Figures et institutions de la vie politique française.

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Benoît de Valicourt

Benoît de Valicourt s’inscrit dans la tradition du verbe et de l'image. Il travaille sur le sens des mots et y associe l'image réelle ou virtuelle qui les illustre. Il accompagne les acteurs du monde économique et politique en travaillant leur stratégie et leur story-telling et en les invitant à engager leur probité et leurs valeurs sur tous les territoires. 
 
Observateur de la vie politique, non aligné et esprit libre, parfois provocateur mais profondément respectueux, il décrypte la singularité de la classe politique pour atlantico.fr et est éditorialiste à lyonmag.fr

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Didier Maus

Didier Maus est professeur à l'université Paul Cézanne Aix-Marseille

Il est l'auteur de nombreux ouvrages de droit constitutionnel.

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