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Tout faire pour renverser Assad sans y parvenir : l’Arabie saoudite peut avoir du souci à se faire avec la vengeance de l’axe chiite

Alors que les forces soutenant Bachar el-Assad progressent militairement en Syrie, une victoire de ce dernier pourrait bien redonner du poil de la bête à ses alliés chiites, notamment l'Iran. Un cas de figure qui ne serait alors clairement pas dans l'intérêt de l'Arabie saoudite, en proie à une situation intérieure difficile et embourbée dans un conflit incertain au Yémen.

La revanche se mange aussi chaude

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Tout faire pour renverser Assad sans y parvenir : l’Arabie saoudite peut avoir du souci à se faire avec la vengeance de l’axe chiite

Atlantico : Depuis quelques temps, les troupes de Bachar el-Assad et leurs alliés semblent reprendre le dessus dans le conflit syrien. En cas de victoire, même partielle, de ce dernier, peut-on s'attendre à voir cet axe chiite (Syrie, Hezbollah libanais, Iran) se retourner d'une manière ou d'une autre contre l'Arabie Saoudite sunnite ?

Alain Rodier : Se retourner à proprement parler, non, l’axe Iran-Hezbollah libanais-Syrie, auquel il convient d’ajouter le gouvernement irakien, s’oppose déjà à la volonté hégémonique dont fait preuve le régime saoudien, surtout depuis la mort du roi Abdallah en janvier 2015.

Aux "succès" militaires rencontrés par Bachar el-Assad en Syrie(1), il faut surtout ajouter le retour sur la scène internationale de Téhéran suite aux accords sur le nucléaire signés avec le "5+1" (les membres du Conseil de sécurité de l’ONU + l’Allemagne). Les sanctions vont se lever progressivement, et l’Iran va se retrouver dans le club des fournisseurs de pétrole, ce qui va permettre au régime d’engranger des fonds dont il a tant besoin, sans parler de ceux qui étaient bloqués jusque là du fait des sanctions internationales, particulièrement aux Etats-Unis. Toutefois, les banques américaines n’ont toujours pas le droit de commercer avec l’Iran.

La vengeance est "un plat qui se mange froid" comme le dit le diction. Il ne faut donc pas attendre de grands bouleversements à court et moyen termes mais d’évidence, la Perse qui a toujours eu une diplomatie et des services secrets remarquables, ne va pas manquer l’occasion de repasser à l’initiative pour contrer son grand concurrent saoudien.

(1) Il convient de rester prudent. Ces succès sont réels mais doivent se confirmer dans la durée, en particulier pour gérer les territoires reconquis. Selon leur tactique habituelle, les rebelles vont certainement y déclencher de nombreux attentats terroristes.

Dans quelle mesure la situation intérieure en Arabie Saoudite s'est-elle fragilisée ces derniers mois ?

La position va-t’en guerre adoptée par Riyad depuis le décès du roi Abdallah en janvier 2015 étonne les observateurs avertis. En effet, le souci de son successeur, le roi Salmane bin Abdulaziz a d’abord été intérieur. En effet, il veut organiser sa succession sachant sa santé fragile en mettant des membres de la famille Saoud "rajeunis" aux manettes. L’héritier officiel est le prince Mohammed Ben Nayef, ministre de l’Intérieur reconnu pour son expérience dans la lutte contre le terrorisme. Le vice-héritier n’est autre qu’un des fils du roi, le prince Mohammed ben Salmane, ministre de la défense, président du Conseil des affaires économiques et de développement qui a autorité sur le ministère de l’Economie. Ce jeune prince âgé d’à peine une trentaine d’années est l’homme qui a convaincu son père de lancer son pays dans la guerre au Yémen pour en chasser les rebelles al-Houthis appuyés par des fidèles de l’ancien président Abdallah Saleh, jugés trop proches de Téhéran. En conséquence, il est le responsable de la situation sur le terrain, or cette dernière n’est pas bonne. Les forces saoudiennes et alliées piétinent malgré les bombardements massifs auxquelles elles se livrent. Les pertes commencent à être conséquentes dans les rangs de la coalition.

 
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  • Par vangog - 17/02/2016 - 00:09 - Signaler un abus Les saouds sont à l'origine de la créature daesch...

    Après avoir cédé à l'influence des Wahabites, et s'ils n'interviennent pas aux côtés de la Turquie pour combattre l'armée régulière Syrienne, ils seront considérés comme complices passifs et risquent la vengeance de Daesch...C'est du pur Frankenstein!...le docteur fou d'ambition, prochaine victime de sa créature, qui déclenchera la rébellion dans la péninsule arabique, pour le contrôle de la foi...et du pétrole...trop drôle de voir comment l'histoire se venge des fous!

  • Par REVERJOVIAL - 17/02/2016 - 11:03 - Signaler un abus L'histoire reprend ses droits

    La guerre entre chiites et sunnites et millénaire, elle a été gelé par l'occupation ottomane et ensuite la colonisation, la puissance du pétrole réveille toutes les fractures, arriérations et divisions du monde musulman qui continu à s'enfoncer dans la régression religieuse et culturelle.

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Alain Rodier

Alain Rodier, ancien officier supérieur au sein des services de renseignement français, est directeur adjoint du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R). Il est particulièrement chargé de suivre le terrorisme d’origine islamique et la criminalité organisée.

Il est l’auteur en 2015 de "Grand angle sur les mafias" et de " Grand angle sur le terrorisme" aux éditions UPPR (uniquement en version électronique), en 2013 "le crime organisé du Canada à la Terre de feu", en 2012 "les triades, la menace occultée", ces deux ouvrages parus aux éditions du Rocher, en 2007 de "Iran : la prochaine guerre ?" et en 2006 de "Al-Qaida. Les connexions mondiales du terrorisme" aux éditions ellipse, Il a également participé à la rédaction de nombreux ouvrages collectifs dont le dernier "la face cachée des révolutions arabes" est paru chez ellipses en 2012. Il collabore depuis plus de dix ans à la revue RAIDS.

 

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