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Tourisme présidentiel à Florange : mais au-delà de ce qu’a fait François Hollande pour le site, voilà ce dont aurait eu besoin l’industrie française dans son ensemble

La visite à Florange du 17 octobre 2016 devait permettre à François Hollande de montrer l'efficacité de son action gouvernementale. Au lieu de cela, on peut se demander s'il n'y avait pas mieux à faire que de se concentrer sur cet exemple ciblé et médiatisé, et si les outils créés pendant ces cinq ans sont à la mesure de la crise que connaît l'industrie depuis des années.

Bouts de ficelle

Publié le - Mis à jour le 21 Octobre 2016
Tourisme présidentiel à Florange : mais au-delà de ce qu’a fait François Hollande pour le site, voilà ce dont aurait eu besoin l’industrie française dans son ensemble

Atlantico : François Hollande visitait le site de Florange ce lundi 17 octobre afin de mettre en avant la réussite de son action gouvernementale, notamment au regard de la sauvegarde des 629 emplois, des 180 millions d'investissement de la part du groupe Arcelor Mittal, et de la création d'un centre de recherche publique en Lorraine. De l'autre côté, les syndicats opposent l'abandon des hauts fourneaux. En ce qui concerne l'action du gouvernement sur la question de la désindustrialisation, entre les mesures mises en place localement sur le site de Florange, comme pour sa stratégie économique globale, notamment au travers du CICE, quel bilan gouvernemental est-il possible de dresser ? 

Sarah Guillou : L’usine de Florange est un symbole au même titre que l’usine de Belfort d’Alstom.

En ces temps pré-électoraux, les messages politiques s’expriment au mépris de toute logique économique. Si en effet la fermeture de l’usine décidée par Arcelor-Mittal en 2012 n’a pas entraîné de licenciements mais des reclassements, l’activité du secteur sidérurgique subit des difficultés au niveau mondial qu’il serait plus réaliste de reconnaître. C’est un leurre de croire au sauvetage du site, et laisser entendre que l’avenir est assuré est très imprudent.

L’ensemble de la filière sidérurgique européenne connaît une baisse d’activité et a du mal à affronter les importations d’acier chinois à bas prix, situation ayant conduit la Commission européenne à imposer des droits anti-dumping contre ces mêmes importations. L’avenir est plutôt sombre.

Plus généralement, sur la question de la désindustrialisation, les mesures du gouvernement n’auront pas inversé la pente de la courbe des emplois industriels. Les pertes d’emplois s’inscrivent dans une tendance baissière amorcée depuis plus de 15 ans. De 2000 à 2014, l’industrie manufacturière s’est réduite de plus d’un cinquième de sa masse de salariés. La grande crise a intensifié les destructions d’emplois : de 2009 à 2012, près de 190 000 emplois perdus. Mais le mouvement ne s’est pas arrêté depuis : de 2012 à 2015 s’ajoutent plus de 129 000 emplois perdus.

Malgré une stratégie de politique économique favorable à l'offre dans la deuxième partie de la mandature, la présidence Hollande n’aura pas été celle de l’arrêt de la destruction des emplois industriels. C’est d’une part parce que les mesures favorables à la vitalité du tissu productif, comme le CICE, ne porteront leurs fruits sans doute qu’en 2017. C’est aussi parce qu’aucune politique économique ne peut contrer le progrès technique qui réduit les emplois par unité de valeur ajoutée et que l’insertion dans la globalisation implique une intensité de concurrence qui exige une adaptation des entreprises et des qualifications qui a tardé à se mettre en place en France.

Loïk Le Floch-Prigent : Le bilan de ces cinq dernières années est catastrophique, même si cet effondrement n'a pas commencé en 2012 mais bien avant. En une vingtaine d'années, l’industrie a été réduite de moitié dans le PIB du pays et l'emploi industriel a, lui aussi, été divisé par deux. Il ne faut donc pas pavoiser au sujet de 629 emplois à Florange pendant que 3 millions d'emplois industriels ont disparu. On n’a toujours pas pris la mesure du problème et il n' y a, en conséquence, aucune stratégie et aucune vision. Parmi les mesures économiques prises, aucune ne sert vraiment l'industrie et l'on sait que le CICE a surtout servi à la Poste et à la grande distribution ! Pas de vision et donc pas de résultats. Jouer au pompier pour éteindre les incendies ici ou la conduit un jour à créer un centre de recherche et un autre jour à acheter des locomotives. Cela peut satisfaire quelques salariés, mais ce n'est pas la solution pour lutter contre la désindustrialisation du pays tout entier ! Pour exister en France, l'industrie a besoin d'industriels respectés et compétents, d'un environnement administratif favorable, d'une volonté collective de mobiliser l'épargne vers les activités de production, de programmes d'éducation et de formation qui répondent à ses besoins du futur, bref d'une ambiance nationale qui la dynamise. Au lieu de donner confiance dans l'avenir, de le préparer et d'encourager l'innovation, on ne raisonne qu'en termes de sauvegarde des emplois passés. On se trompe sur le diagnostic et sur les remèdes.

 
Commentaires

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  • Par Anguerrand - 18/10/2016 - 07:36 - Signaler un abus Il a trouvé la solution pour ne pas se faire siffler en public

    6 escadrons de CRS qui écarte le foule et les qq militant PS qui existent encore POUR l'applaudir et l'imbécile heureux est content, il s'est fait applaudir !

  • Par ALAIN B - 18/10/2016 - 08:14 - Signaler un abus quelle mascarade !!!!

    ce type est à l'agonie ...

  • Par Lafayette 68 - 18/10/2016 - 09:44 - Signaler un abus Déplacement à la soviétique

    il est très fort : sortie du bouquin accusateur, visite à Nice pour pleurer sur son inaction face à l'islam puis à Florange mais pas debout sur un camion pour jouer les Lénine. Que dire !

  • Par Ganesha - 18/10/2016 - 10:30 - Signaler un abus Et si vous lisiez avant de commenter ?

    Les trois premiers commentateurs ci dessus réagissent assez clairement sans avoir lu l'article ! Pour moi qui ai pris le temps de le lire, je dirais que le monsieur me semble nettement plus franc et sincère que la dame ! Mme Guillou reprend le catéchisme Socialaud-Ripoublicain : elle nous fait miroiter que le CICE pourrait enfin commencer à créer le million d'emplois promis par m. Gattaz… en 2017 ! Les candidats à la primaire de la droite, sauf mr. Poisson, ont tous proposé de rajouter des dizaines de milliards supplémentaires à cette infamie stupide ! Mr. Le Floch-Prigent nous le dit simplement  : ''on sait que le CICE a surtout servi à la Poste et à la grande distribution !''. La dame nous propose la création de ''comités théodules'', le monsieur nous fait, sans grand espoir ni conviction, quelques recommandations d'ordre général...

  • Par Ganesha - 18/10/2016 - 10:33 - Signaler un abus La seule vraie propostion d'avenir...

    Il me revient donc l'honneur de venir vous casser les pieds avec le Revenu de Base. Même Manuel Valls, après NKM et mr. Poisson, a dit qu'il y réfléchissait. JL. Mélenchon en parlait il y a quelques années. Mais il a réalisé que les citoyens qui se déplacent les jours des élections (une certaine classe d’âge, si vous vous voyez ce que je veux dire) non seulement n'ont aucune idée de quoi il s'agit, mais, en plus, ils y sont totalement réfractaires !

  • Par GP13 - 18/10/2016 - 10:42 - Signaler un abus L'acier chinois est moins cher !!

    Donc on ferme chez nous pour se servir ailleurs et jusqu'en Chine. Si on additionne les coûts du chômage au prix de l'acier chinois, il est probable que l'acier français reste compétitif. Les élus du peuple le représentent et le défendent.....mais il semble qu'ils aient oublié cette réalité.

  • Par vangog - 18/10/2016 - 11:44 - Signaler un abus La politique PS = la politique des vases communicants

    à tuyaux percés...pour sauver (provisoirement) 629 emplois, Flamby-le-menteur a plombé toute une région (près de 2000 emplois induits détruits). À quoi sert un centre de recherche sur la sidérurgie, s'il n'y a plus de sidérurgie? Pour conserver leur sidérurgie, les socialistes auraient pu appliquer des taxes de 300% sur l'acier chinois, comme l'ont fait intelligemment les américains. Mais non! Pour continuer à leur vendre des Airbus et les centrales nucléaires que les écolo-Trotskystes nous interdisent de construire chez nous (on est...!), les gauchistes préfèrent sacrifier la sidérurgie, en plus du reste. Ce calcul est totalement erroné. Et le bilan de vingt années de socialisme, tous partis confondus, nous le prouve: 3 millions d'emplois industriels et la moitié du PIB industriel détruits par la gauche...encore vingt ans de gauchisme, et il n'y a plus rien en France, excepté des minarets et des mosquées...il y a un travail énorme pour les patriotes qui souhaitent reindustrialiser la France!

  • Par D'AMATO - 18/10/2016 - 12:24 - Signaler un abus Définition en trois mots:

    INCOMPÉTENCE, INEFFICACITÉ, APLOMB INCONCEVABLE de moi président, je suis prêt.....mais à quoi donc et pour quoi faire ? Il ne lui reste qu'une seule voie, celle de la sortie, et, s'il a un peu de considération pour ce peuple; rapide...

  • Par Babaswami - 18/10/2016 - 16:14 - Signaler un abus Professeur

    Flamby a été professeur d'économie à Sciences Po. On croit rêver ! Après avoir ruiné la Corrèze, il a eu tranquillement 5 ans pour mettre l'économie française à l'agonie.Et c'est sur ce succès qu'in veut en reprendre pour 5 ans. Quel cauchemar !

  • Par zouk - 18/10/2016 - 18:27 - Signaler un abus Politique économique du Président

    Inutile de gloser sur ce qu'il aurait pu ou du faire, c'est la débacle. Et il croit avoir été professeur d'économie! quels crétins lui auront permis de polluer des promotions entières de l'ENA? Elle est à supprimer d'urgence.

  • Par edac44 - 19/10/2016 - 08:53 - Signaler un abus Qui a encore envie d'investir en France ???

    L'industrie française se délabre depuis plus de quarante ans (la fin des trente glorieuses) et ce n'est pas en cinq ans qu'un président, fusse t-il compétent (mais ici, on peut légitimement en douter) puisse réformer ce pays aux mille corporatismes, pour lui redonner une stature internationale. Le syndicalisme à la française a fini par saborder toute envie d'entreprendre dans l'hexagone quand il n'a pas directement provoqué la chute de grandes entreprises. Nos plus brillants éléments sont à Londres ou dans la "Silicon Valley" et ce n'est pas la CGT qui les incitera à revenir en France !...

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Sarah Guillou

Sarah Guillou est économiste à l’OFCE dans le domaine de l’économie internationale et des politiques publiques affectant la compétitivité des entreprises. Son travail mobilise l’exploitation statistique de bases de données d’entreprises et de salariés ainsi que les données de commerce international par pays. Une partie de ses recherches porte sur les politiques industrielles et les politiques commerciales.

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Loïk Le Floch-Prigent

Loïk Le Floch-Prigent est ancien dirigeant de Elf Aquitaine et Gaz de France et spécialiste des questions d'énergie.

Ingénieur à l'Institut polytechnique de Grenoble puis directeur de cabinet du ministre de l'industrie Pierre Dreyfus (1981-1982), il devient successivement PDG de Rhône-Poulenc (1982-1986), de Elf Aquitaine (1989 - 1993), de Gaz de France (1993 - 1996) puis de la SNCF avant de se reconvertir en consultant international spécialisé dans les questions d'énergie (1997 - 2003).

Son nom est apparu dans l'affaire Elf en 2003. Il est l'auteur de "La bataille de l'industrie" aux éditions Jacques-Marie Laffont.

 

 

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