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"Le tonneau magique" de Bernard Malamud : un grand auteur américain de nouvelles, dans le sillage de Balzac et de Maupassant

Atlanti-Culture

Publié le
"Le tonneau magique" de Bernard Malamud : un grand auteur américain de nouvelles, dans le sillage de Balzac et de Maupassant
LIVRE
 
Le tonneau magique
de Bernard Malamud
Ed. Rivages
 
 
 
RECOMMANDATION
 
           EXCELLENT
 
 
 
 
THEME
 
Sur le mode de la "Nouvelle", Bernard Malamud propose ici treize histoires mettant en scène des gens modestes, artisans, épiciers, peintres et autres étudiants, tous convoitant une évolution dans leurs pauvres vies sans fard, des vies aux contours étroits, contraintes par la besogne. Evolutions, ambitions, convoitises réduites à l'échec par manque de chance ou par fatalité.
 
Ainsi Feld qui échouera à faire de Max son gendre, un jeune apprenti comptable qu'il voudrait marier à sa fille Miriam qui pour sa part  l'observe de loin alors qu'il n'a pas le  goût des livres que lui a enseigné Sobel, le fidèle ouvrier, lui-même éperdu d'amour pour elle, un amour inavouable qui sonne pour son père comme une injure. 
 
Ainsi Mitka, auteur célèbre d'un seul jour et d'une seule œuvre, aussi vite publiée qu'oubliée,  en quête d'une nouvelle gloire et sacrifiant à l'admiration d'Olga pour engager avec elle une relation épistolaire fracassée par le fossé qui sépare toujours le rêve de la réalité. 
 
Carl Schneider, étudiant à l'Université de Columbia, fraichement débarqué à Rome  pour parfaire sa thèse sur le Risorgimento, qui se met en quête d'un appartement décent, bien placé dans la ville et bon marché, aux prises avec un faux agent immobilier qui finira par lui trouver celui d'une "Contessa" qui en a perdu la clef avec l'amant auquel elle l'avait confiée.
 
Henry Levin dissimulant son nom pour lui préférer celui de Freeman, un juif américain qui cherche l'amour et le trouve à Stresa, sur le Lac Majeur et l'une des iles Borromées, sous les traits de celle qu'il prend pour la jeune duchesse del  Dongo, héritière du palais rococo dont il parcourt les jardins en terrasse, une prénommée Isabella qui se refusera à lui finalement alors qu'elle l'aurait voulu juif quand il lui avait juré ne pas l'être.
 
Et aussi Fidelman, peintre raté se consacrant à la vie des peintres, débarqué en Italie pour rédiger une somme sur Giotto et perdant dès son arrivée le premier chapitre de son ouvrage, une perte insurmontable rendant la poursuite de son travail impossible.
 
 
 
POINTS FORTS
 
Des personnages trempés, ciselés, accablés par la vie et conscients de ne pas pouvoir conjurer le cours des choses.
 
Une vision lucide du statut social, de la condition imposée, de l'immutabilité d'un caractère, de la pusillanimité, autant d'écueils qui rendent bien vaine la quête d'une vie meilleure.
 
Une condamnation sans réserve du libre-arbitre.
 
Encore des nouvelles courtes mais relayant le même propos en donnant ainsi à l'ensemble sa cohérence et sa puissance suggestive.
 
 
 
POINTS FAIBLES
 
Aucun, sauf à privilégier le roman sur la nouvelle, à regretter la concision, l'ascèse, l'expression de l'essentiel.
 
Ici, Malamud ne propose rien d'autre que l'étude des caractères, le statut respectif des protagonistes de sa nouvelle, leurs ambitions et leurs doutes.
 
A la manière de Balzac ou de Maupassant mais sans leur raffinement de détails, sans le théâtre d'un lieu.
 
Il n'y a pas loin de "la Maison du chat qui pelote", du "Bal de Sceaux" ou du "Donneur d'eau bénite" aux troisième et huitième nouvelles de Malamud, "la fille de mes rêves" et  "la dame du lac " , pas loin dans cette définition du rapport social et de l'ambition amoureuse, sauf qu'il manque le décor, le parfum, la musique du moment.  Pas par défaut, mais par le choix délibéré de l'auteur.
 
 
 
EN DEUX MOTS
 
Une belle étude de genre, anthropologique et philosophique aussi, qui ne rapporte pas tant le sort des personnages à leurs caractères qu'à leurs origines, leur statut familial et social, jusqu'à leur condition juive, réelle pour tous et sans aucune restriction, comme si l'auteur voulait suggérer alors qu'il partage lui-même cet état, qu'il participe de ce déterminisme là.
 
 
 
 
UN EXTRAIT
 
"Pour l'heure, les lieux étaient nimbés de brume et malgré l'obscurité de plus en plus dense, Freeman recouvrait le sentiment de mystère et de beauté éprouvé à la première vue des iles. En même temps lui revenait la conscience d'une vie qui n'avait pas été vécue, la sienne, de tout ce qui lui avait glissé entre les doigts. Perdu dans ses pensées, il sursauta en percevant un mouvement dans le jardin, au bord de l'eau. On aurait dit un instant qu'une statue venait de s'animer mais il réalisa tout de suite que là bas, devant un muret de marbre, une femme contemplait l'eau".
 
 
 
L'AUTEUR
 
Bernard Malamud est né en 1914 à Brooklyn et mort en 1986 à New York. Il s'est illustré par ses "nouvelles" dont "le Tonneau Magique" constitue l'un des emblématiques recueils. Considéré par Philip Roth comme l'un des maîtres du roman juif américain, il a reçu le National Book Award et le Prix Pulitzer.  
 
Cet ouvrage a été publié aux Etats Unis en 1958 et nous est offert aujourd'hui en France par Rivages.
 
Alors Merci à Rivages pour ce cadeau.
 
 
 
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François Duffour pour Culture-Tops

François Duffour est chroniqueur pour Culture-Tops et avocat au Barreau de Paris.

Culture-Tops est un site de chroniques couvrant l'ensemble de l'activité culturelle (théâtre, One Man Shows, opéras, ballets, spectacles divers, cinéma, expos, livres, etc.).

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