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Tom Cruise, ou l'Amérique
que la France n'aime pas

Ethan Hunt revient sur nos écrans ce mercredi dans le quatrième volet de Mission Impossible. Son interprète, Tom Cruise, représente les Etats-Unis dans toute leur complexité.

Mission impossible 4

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Tom Cruise, ou l'Amérique 
que la France n'aime pas

Ethan Hunt revient sur nos écrans ce mercredi dans le quatrième volet de Mission Impossible.  Crédit © Paramount Pictures France

Il y a « l'Amérique qu'on aime », comme dit l'européen cultivé, où l'on range Barack Obama, le jazz et les westerns. Tom Cruise, au contraire, est a priori dans l'autre tiroir, celui de l’Amérique que l’on aime pas. Nabot gesticulant, il n'a pas même le physique américain du grand blond bourré de protéines.

Animé d'un entrain d'automate, en interview comme à l'écran, son humour semble réduit à un ricanement bêta, sans la moindre ironie (sacro-sainte valeur française). Il incarne, dans son aspect lisse et sain, l'Amérique rutilante et vulgaire des golden boys, des yuppies, des entraîneurs de base-ball et autres présidents tout-puissants, mais gentiment taquins.

Ses tirades scientologues effraieront la France, bêtement allergique aux sectes, ne voyant pas qu'à combattre ce nouveau puritanisme comme un démon, on le renforce ; à vouloir l'exclure, on lui donne appui pour ses conquêtes à venir.

Tom cruise et la Scientologie (VOST). par lezappingduweb

Tom Cruise, l'Amérique tout court

« You know it. You know you have to do it. That’s what scientology means. Help people. » Cette phraséologie simple, immédiate, directe, cet anglo-américain bien senti, frappé au coin du bon sens, est devenu, loin des creux, des cavernes et des sophistications de certaines langues européennes, une sorte de langue universelle.

Les phrases courtes de Cruise veulent créer un choc concret, une révélation pragmatique. L'Américain révère le pragmatisme. Pas de parabole. Fi des multiples niveaux d’interprétation conçus par les Pères de l’Eglise.

Déjà dans Rain Man, son personnage était exaspéré par les tergiversations et les méditations autistes de Dustin Hoffman. Tom Cruise, acteur et personnage, est l’homme d'action, pleinement et seulement. Il est l’homme de l’Amérique qui tourna le dos à l’obscurantisme européen, trempa la civilisation occidentale dans un bain de jouvence et n’en retint que la raison, l’universalisme, la luminosité des Lumières. Sur ces terres infiniment vierges, ils n’eurent qu’à poser leurs villes géométriques, leurs rues en angles droits et leurs maisons en cubes. Et n’eurent plus, comme Tom Cruise, qu’à agir. Pas de temps à perdre à se lover dans les entrailles d’une vieillesse paradoxalement régénérante.

L'Amérique ou l'obsession du secret

La société de la transparence qu’est l’Amérique du Nord a voulu laisser à l'Europe le sens du secret, la perception qu'il existe plusieurs niveaux de réel. Mais, comme une chose qui naît fait vivre son contraire, il n'est guère surprenant que dans cette Amérique-là, justement, pullule l’obsession des secrets à percer, des organisations gouvernant le monde depuis des sphères inaccessibles au profane. Plus la transparence étend son empire, plus celui-ci se creuse de grottes, de poches obscures qui gouttent et « suintent » (le « leak » de Wikileaks...) le mystère.

Le héros de l’Amérique, donc, c’est celui qui perce la poche de mystère, comme un chirurgien perce la poche des eaux pour faire jaillir le nouveau héros, qu’est chaque individu, du ventre de la baleine. Dans Mission Impossible, c’est chirurgicalement qu’opère Tom Cruise, à la pointe - toujours plus aiguisée - de la précision technologique. Lui-même se fait homme-aiguille-anguille pour se faufiler entre les rayons infrarouges. Autre comparaison possible : le scientologue qui, par la technique de la « dianétique » (« à travers l’âme »), libère le sujet de ses « engrammes inconscients », c’est-à-dire de ses représentations mentales négatives...Lorsque le « nettoyage » est achevé, l’homme est devenu « clair, sain, objectif », il est devenu « un Clair ».

Mettre à nu le monde : une mission vraiment... impossible

Le problème, c'est que faire pénétrer la clarté là où règne l’obscurité, nettoyer, révéler - bref, sauver le monde, sont des opérations sans fin : une Mission Impossible, à dire vrai. Et même Mission Impossible 1, 2, 3, 4, tout comme les vingt-quatre heures chrono ont connu 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8 saisons ! Car tant que l’homme est homme, les couches obscures se reforment.

Tom Cruise et sa conscience en acier inoxydable reprennent du service

Jack Bauer, Ethan Hunt, ces héros ne vieillissent jamais : ils n'en ont pas besoin. Peu leur importe les sédiments de sagesse qu’amène la durée. Dès leur entrée dans le monde, comme les couperets des guillotines révolutionnaires, ils connaissent, ou plutôt ils sont, l’intangible Vérité.

Cette non-évolution est frappante. Dans la traditionnelle quête héroïque, le héros change. Il s’inverse radicalement. Il change même parfois de sexe. Alors, quel genre de héros sont-ils, ces personnages joués par tous les Tom Cruise que l'Amérique produit ? Spécimens prématurés de cette transhumanie qu’on annonce proche ? L'individu apte à l'état d’ « existence très élevée » de la scientologie ?

Leurs missions successives et interchangeables illustrent-elles le perpétuel recommencement du désir, de l’aventure, du héros immortel ? Ou bien - absurdité d'une geste stérile ! - ces films ne font-ils pas voir la philosophie hypocrite de l’Occident américain, conquérant sous les couleurs de la liberté, du Bien universel, mais dont les mythes trop clairs ont évacué la cruauté, le mal ? Evitant la vengeance, qui permettrait de clore la narration ?

 

Article co-écrit avec Victoria Rivemale

 
Commentaires

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  • Par ropib - 14/12/2011 - 11:34 - Signaler un abus auto-aliénation

    Tom Cruise incarne l'homme d'action, il continue de jouer son personnage hors caméra et, à force, se perd totalement dans son rôle. Tom Cruise est un homme d'action autant que je suis philosophe à force de croire en mes commentaires sur les articles d'Atlantico.

  • Par jean-paul - 14/12/2011 - 12:31 - Signaler un abus qu'on aime le pays ou non

    nous aimons tous effacer le français pour parler english...(think tanks, low costs, fast food etc.)

  • Par m.ax - 14/12/2011 - 13:29 - Signaler un abus fascinant

    "Nabot gesticulant", le ton est donné tout de suite. On voit bien que vous n'avez aucune idée de ce dont vous parlez: Cruise est un immense professionnel, qui plane à des niveaux inconnus de 99% de ses collègues européens et français prétendument "complexes". Et tout content de pouvoir ressortir un vieux marronnier, vous faites aussi abstraction d'une filmographie très riche et variée.

  • Par Ann O'nymous - 14/12/2011 - 13:35 - Signaler un abus @ Leditgaga

    Votre détestation de l'islam vous empêche de voir les vrais problèmes que pose la scientologie. Les deux sujets n'ont quasiment rien de commun.

  • Par mariecl29 - 14/12/2011 - 14:57 - Signaler un abus Problèmes ou solutions?

    C'est vrai que la Scientologie pose des problèmes à la psychiatrie et aux marchands de drogues!

  • Par Spirale - 14/12/2011 - 18:33 - Signaler un abus @m.ax

    Merci de votre rectification, Grand Sachem.

  • Par Ann O'nymous - 14/12/2011 - 19:26 - Signaler un abus @ Mariecl29

    La scientologie pose des problèmes à la société en général. Heureusement, elle est en perte de vitesse: les membres quittent en nombre et le font de plus en plus publiquement. Reste la puissance financière, qui leur permettra de s'illusionner encore quelques temps.

  • Par mariecl29 - 14/12/2011 - 19:31 - Signaler un abus C'est bien ce que je disais!

    Tiens,on dirait que Ann O'nymous a un problème!

  • Par lorelei - 14/12/2011 - 21:20 - Signaler un abus un article digne de l'histoire de france

    cet article est pathetique, toutes les institutions en france sont responsable de crimes et le jour où la scientologie commettra le quart de crimes dont les officielles sont friands on pourra parler en mal d'une religion que personne ne connait en realité. cruse est un mec vivant, et on lui reproche au fond d'exister de pas se plier au conditionnement des merdias..

  • Par lorelei - 14/12/2011 - 21:22 - Signaler un abus et pour finir

    j'ai lu une fois dans un roman, une phrase fort instructif disant en substance quiconque n'est pas sur la voie des croyances officielles sera combattu et sera mis à l'index comme etant le mal et sera combattu par toutes les formes de propagandes...et je vois que la scientologie cause surtout un probleme aux criminels et aux institutions criminelles

  • Par Tonton Colas - 15/12/2011 - 10:29 - Signaler un abus Euh ?

    J'ai rien compris à l'article de Monsieur Bosqué. C'est normal ?

  • Par mb13 - 15/12/2011 - 10:57 - Signaler un abus TERRIBLE

    JE NE COMPRENDS PAS CET ARTICLE, JE N EN VOIS PAS L UTILITE ET EN PLUS JE NE COMPRENDS PAS NON PLUS LES COMMENTAIRES. JE PARS VOIR UN PSY.

  • Par Nana de la falaise - 15/12/2011 - 13:58 - Signaler un abus Jugement

    Quand on juge un acteur (un chanteur, un peintre etc), on devrait se référer uniquement à ses compétences et pas à ses opinions ou son mode de vie. En appliquant ce principe à Tom Cruise, c'est vraiment un EXCELLENT comédien. Vous l'avez vu dans Magnolia ? Epoustouflant !

  • Par m.ax - 15/12/2011 - 14:05 - Signaler un abus @spirale

    mais bien sûr... traitez-moi de scientologue tant que vous y êtes, on sent que ça vous démange... mais la scientologie est finalement un aspect mineur, une circonstance aggravante tout au plus: je crois que ce qu'on lui reproche c'est d'être un acteur talentueux, vivant et physique et à cet égard typiquement occidental... pas assez d'"ambigüité morale" pour la critique française "cultivée"...

  • Par Carcajou - 16/12/2011 - 08:17 - Signaler un abus Du calme

    Faut pas s'énerver! Vous parlez d'un saltimbanque qui ne présente un petit intérêt que parce qu'il est contemporain. Ses croyances, son "engagement sont de peu d'importance. Il ne restera que dans quelques mémoires. Je galéje. Soit! Qui se souvient de Talma? De Coquelin ainé? Des Brohant mère et filles? Tous adulés à leur époque.

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Clément Bosqué

Clément Bosqué est Agrégé d'anglais, formé à l'Ecole des Hautes Etudes en Santé Publique et diplômé du Conservatoire National des Arts et Métiers. Il dirige un établissement départemental de l'aide sociale à l'enfance. Il est l'auteur de chroniques sur le cinéma, la littérature et la musique ainsi que d'un roman écrit à quatre mains avec Emmanuelle Maffesoli, *Septembre ! Septembre !* (éditions Léo Scheer).

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