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Theresa May joue le hard Brexit à Londres et le soft à Bruxelles mais paraît surtout plus fragilisée que jamais

Alors qu’Emmanuel Macron est apparu à Bruxelles comme la nouvelle star des européens, capable de requinquer l’Union européenne, Theresa May a semblé de plus en plus isolée.

Atlantico Business

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Theresa May joue le hard Brexit à Londres et le soft à Bruxelles mais paraît surtout plus fragilisée que jamais

Le dernier sommet des chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union européenne a mis en évidence deux phénomènes.

Le premier, le plus visible, a permis au président français de conforter son pouvoir d’influence au sein de l’Union européenne. La très grande majorité des chefs d’Etat et de gouvernement a été « bluffée » par son habileté et son expertise à proposer des politiques qui permettraient de relancer la construction européenne. Alors que les dirigeants européens, pour la plupart,  s’avouaient impuissants à endiguer les égoïsmes nationaux, ainsi que les pressions populistes, ils ont trouvé dans le diagnostic et le pragmatisme du président français des voies de relance de la construction européenne et cela, sur les trois grandes questions qui menacentde faire exploser l’Union européenne.

La question économique et sociale, ou comment organiser un modèle qui préserve la liberté des échanges, donc la performance économique mais qui préserve aussi un modèle social considéré comme l’un des plus généreux du monde. C’est évidemment toute la question du protectionnisme acceptable et compatible.

La deuxième question porte sur la lutte contre le terrorisme et les problèmes de défense, en particulier la mutualisation de son financement.

La troisième question concerne le climat et la participation de tous à la protection de l’environnement.

Sur ces trois questions, Emmanuel Macron a obtenu un programme de réformes et un calendrier. Il a surtout redonné aux chefs d’Etat et de gouvernement européens des envies de se battre.

Alors, il faut dire qu’Emmanuel Macron est arrivé à Bruxelles avec la légitimité politique que lui a donnée son élection, puis sa majorité à l‘Assemblée nationale. Aucun responsable politique en Europe n’a actuellement un tel capital politique.

Il est arrivé en ayant au préalable bouclé un accord de principe avec la chancelière allemande, parce que rien ne peut se faire en Europe sans le couple franco-allemand.

Il est arrivé enfin avec la conviction que la politique américaine, telle qu’elle est pilotée par Donald Trump, donnait à l’Europe l’occasion historique de se ressaisir et surtout de s’affranchir des influences américaines. En clair, face à Donald Trump d’un côté et Vladimir Poutine de l’autre,dont les objectifs sont d’affaiblir l’Union européenne, la seule réaction possible était de se ressaisir. Pour l’ensemble du conseil européen, Emmanuel Macron est parfaitement en situation pour conduire ce redressement.

Le deuxième évènement très important qui est ressorti du dernier conseil, aura été l’isolement assez pathétique de Theresa May. Cet isolement n’a pas fait l’objet de communication officielle. Emmanuel Macron et Angela Merkel ont d’ailleurs eu l’habileté de ne pas commenter la négociation du Brexit, rappelant seulement qu‘il y avait un calendrier, un négociateur et un cahier des charges.

Officiellement et pour les européens, le Brexit n‘est plus un problème.

Ce qui a été très intéressant, c’est que Theresa May, après ses mésaventures politiques qui l’ont amenée à rappeler son objectif d’un Brexit pur et dur, est arrivée à Bruxelles pour proposer des aménagements et des modalités de divorce plus douces et notamment, elle a proposé que les ressortissants européens installés en Grande-Bretagne conservent les droits acquis en Grande-Bretagne et restent sur le territoire britannique.

"Il ne sera demandé à aucun citoyen de l'UE qui se trouve actuellement au Royaume-Uni de façon légale de quitter le pays au moment où il sortira de l'UE", a expliqué l’entourage de la Première ministre.

Cette proposition est importante, parce qu‘elle concerne 3 millions d’européens résidants en Grande Bretagne et qui s’inquiètent de leur sort. Sachant qu’il y a 1 million de Britanniques qui vivent sur le continent.

Alors, cette proposition répond évidemment à une demande de l’Union européenne, mais à Londres, elle a mis vent debout les partisans du Brexit, parce qu‘ils y voient un début de compromis inacceptable.

Du coup, les services de Theresa May ont immédiatement fait savoir « qu'elle rejetait toute compétence de la Cour de justice de l'UE (CJUE) pour trancher les litiges sur les droits des citoyens de l'Union après le Brexit. Seuls "nos très respectables tribunaux" pourront trancher ces différends, a-t-on indiqué.

"Les engagements que nous faisons pour les citoyens de l'UE seront inscrits dans le droit britannique" car "nous voulons retrouver le contrôle de nos propres lois", a insisté la Première ministre conservatrice.

Il est évident que cette condition est difficilement acceptable par les européens qui réclament avec insistance que les droits des citoyens européens après le Brexit continuent de relever de la jurisprudence européenne émanant de la CJUE basée à Luxembourg.

Ce débat n’est pas anodin, parce que le maintien des droits est l'un des trois sujets "prioritaires" que les Européens veulent avoir gravés dans le marbre avant de commencer à ébaucher la relation future qu'ils bâtiront avec le Royaume-Uni, après sa sortie de l'Union européenne prévue en mars 2019. Outre cette question du statut des ressortissants à protéger, Michel Barnier, le négociateur a rappelé qu’il fallait aussi se mettre d’accord sur la facture du divorce, une fourchette estimée entre 80 et 100 milliards, et garantir la sécurité de l’Irlande du Nord.

Bref, ce débat a prouvé à tout le monde et d’abord à la délégation britannique que la Grande-Bretagne était très isolée avec une Première ministre qui avait perdu sa crédibilité. Non seulement les derniers résultats des élections lui ont prouvé que sa majorité était fragile, qu'elle devait former une coalition qui sera compliquée à faire vivre, mais elle ne peut pas laisser paraître la moindre ambiguïté quant à ses intentions.

Elle ne peut pas confirmer à Londres le projet d’un Brexit « hard » et laisser ses ministres négocier un Brexit soft à Bruxelles.

La presse populaire et conservatrice n’a guère apprécié cette dernière séquence, qui ajoute de l’incertitude à celle qui mine le monde des affaires britannique. 

La grande majorité des 27 chefs d’Etat et de gouvernement ne voit pas comment Theresa May pourra tenir très longtemps au pouvoir dans une situation aussi inconfortable. Leproblème, c’est qu’actuellement, les Anglais n’ont pas de plan B.

Pour la France et l’Allemagne il est donc urgent d’attendre et surtout de ne pas envenimer les rapports.« C’est plus le problème de Londres que celui de Bruxelles » N’empêche que la directive officielle est de rester sur la position initiale. « Si les Anglais veulent le Brexit, qu’ils en acceptent le prix ! »

 
Commentaires

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  • Par Deneziere - 24/06/2017 - 10:52 - Signaler un abus Un peu de pondération JMS, SVP

    Avec Micron, la France est de nouveau entendue en Europe. Bien. Mais pour être respecté en Europe, il faut diriger un pays fort et avoir des résultats. La Feance est toujours affaiblie, et Micron n'a eu aucun autre résultat que de faire encenser ses fanfaronages par une presse aux ordres.

  • Par kelenborn - 24/06/2017 - 12:24 - Signaler un abus proposition

    Sylvestre doit être atteint de priapisme: il en lâche une tous les deux jours et c'est toujours aussi inspiré. C'est comme ça le crépuscule des vieux...quand la fin approche Atlantico aurait pu quand même lui aménager une vieillesse où il cesserait de nous assommer avec ses analyses en packs de 50 avec ticket Leclerc à valoir sur le prochain crachat: pourquoi ne pas réinvenyer le Manège Enchanté et lui attribuer le rôle de Zebulon: vous savez:"tournicoti tournicota". On trouvera bien quelqu'un pour faire Pollux....tiens Garibal pour continuer dans la série "la petite maison de retraite dans la prairie" MK

  • Par gerint - 24/06/2017 - 12:50 - Signaler un abus Les média sont tous pro-UE

    et les méthodes de l'UE elle-même contre les opposants sont carrément dictatoriales. Alors que tout soit fait pour descendre Theresa May qui a eu le courage d'affronter la situation en respectant la décision majoritaire du peuple Anglais n'a rien d'étonnant. En pratique la Grande Bretagne dispose de sa banque centrale, de sa monnaie, d'une belle armée avec ouverture large sur la mer et un arsenal nucléaire, d'une belle brochette de travailleurs compétents dont pas mal d'émigrés de haut niveau, donc de forts atouts pour mener une politique indépendante. De plus historiquement ils se sont en général montrés à la hauteur des défis, face à Napoléon certes mais surtout récemment pour notre plus grand bénéfice face à Hitler en passant par leur combat lors de la Première Guerre Mondiale à nos côtés.

  • Par g16 - 24/06/2017 - 14:04 - Signaler un abus Abandonner le Brexit

    Ce serait mieux pour tout le monde, y compris pour les Anglais qui ont voté pour.

  • Par kelenborn - 24/06/2017 - 15:59 - Signaler un abus gerint

    Oui Gerint mais n'oubliez pas que c'est avec appréhension que chaque jour le premier ministre et la Reine en personne ouvrent Atlantico pour lire ce qui les attend sous la plume de JMS! Il parait que certains se sont même noyés en tentant de traverser la Manche pour obtenir l'asile politique. Politique j'ai bien dit! L'asile tout court, c'est booké par Sylvestre

  • Par cloette - 24/06/2017 - 16:42 - Signaler un abus Le pot de terre triomphera

    Le pot de terre triomphera des pots de fer, vous verrez.

  • Par gerint - 24/06/2017 - 18:20 - Signaler un abus @g16

    Moi le Brexit me fait rêver mais le Frexit dans une France à poil sans monnaie et avec une Banque de France castrée et soumise à l'article 104 de Maastricht c'est bien plus dur.

  • Par clint - 24/06/2017 - 21:09 - Signaler un abus Merci à Macron de nous avoir évité une encore + grande déroute !

    On revient de tellement de loin qu'on lui permet encore beaucoup de choses !

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