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Terroristes, criminels, vrais-faux “rebelles” ou M. et Mme ToutLeMonde, qui respecte encore l’autorité de l’Etat en France ?

Depuis les événements de Mai 68, l'autorité de l'Etat en France n'a cessé d'être déconstruite, aboutissant à la situation actuelle caractérisée par la variété des manières par lesquelles l'ordre public est contesté.

Un président, oui mais pour quoi...

Publié le - Mis à jour le 28 Avril 2017
Terroristes, criminels, vrais-faux “rebelles” ou M. et Mme ToutLeMonde, qui respecte encore l’autorité de l’Etat en France ?

Atlantico : Entre l'attaque survenue ce jeudi soir sur les Champs Elysées et la récente affaire Théo, l'opinion publique semble osciller entre soutien et détestation des forces de l'ordre. En tenant compte du fait qu'il existe une réelle demande d'autorité aujourd'hui en France, quelles explications peut-on apporter à ce comportement ? 

Guillaume Jeanson : Il me semble que l’impression de l’existence d’une telle oscillation résulte davantage d’une sorte d’effet de caisse de résonnance médiatique. Certains médias colportent en effet très rapidement, et parfois sans toute la prudence qu’il conviendrait, une version des faits divers qu’ils sont sensés relater, lourdement emprunte hélas de présupposés idéologiques excessifs et hostiles à l’endroit de ceux qui incarnent l’autorité de l’Etat. 

A ce premier phénomène s’en ajoute, ces jours-ci, un second : le partage du temps de parole réservé aux différents candidats à l’élection présidentielle et la démultiplication des candidats d’extrême gauche, triplant de ce fait l’écho médiatique de ce type de discours, pourtant marginal dans la société française comme j’y reviendrai.

Les candidats d’extrême gauche semblent, en effet, avoir compris que pour frapper les esprits des électeurs, il leur fallait emprunter la voie de la victimisation. C’est ainsi qu’ont pu largement être dénoncés les "excès répressifs" et autres "violences policières" ou "bavures" survenus à l’occasion des manifestations contre la loi Travail. S'il va sans dire que chacun de ces actes, à les supposer établis, méritent de fermes sanctions, on peut déplorer la partialité excessive de ce type de discours dès lors qu’ils prennent systématiquement le plus grand soin d’éviter de parler de l’utilisation, lors de ces évènements, de divers objets létaux depuis les rangs des manifestants, à commencer par des cocktail molotov dont l’extrême dangerosité, compte tenu des derniers drames survenus justement contre des policiers cette année, n’est évidemment plus à démontrer. Ce discours politique très excessif et partisan participe donc certainement de l’impression d’une telle oscillation dans l’opinion. Je relève cependant que nombreux semblent ceux à avoir été choqués par les propos tenus par l’un de ces candidats au sujet du désarmement des policiers, quelques heures seulement après l’attentat des Champs-Elysées, qui aura tragiquement coûté la vie d’un policier.

En réalité, je ne suis pas convaincu de l’existence d’une si grande oscillation de l’opinion publique entre soutien et détestation des forces de l’ordre. Interrogés par Ifop-Fiducial pour Public Sénat et Sud Radio à l’occasion d’un sondage réalisé le mois dernier, les Français ont en effet déclaré avoir une bonne image à 90% de la gendarmerie, à 84% de la police nationale et à 73% de la police municipale. 33% seulement des sondés ont, en outre, estimé que les effectifs de police et de gendarmerie étaient aujourd’hui en nombre suffisants. A l’automne dernier, alors que les policiers initiaient leur grand mouvement de grogne et réclamaient davantage d’effectifs, de moyens matériels et de peines sévères pour leurs agresseurs, un sondage Ifop réalisé cette fois pour le compte de votre journal révélait même que 91% des Français interrogés estimaient ce mouvement  "justifié". Plus étonnant encore si l’on s’en réfère à mon observation liminaire quant aux discours violemment hostiles aux forces de l’ordre tenus par les candidats d’extrême gauche à l’élection présidentielle, 83% des sympathisants du Front de Gauche jugeaient alors cette mobilisation "tout à fait" ou"plutô" justifiée. Si j’accorde volontiers aux plus fins politologues qu’il existe des nuances notables entre les lignes politiques sécuritaires défendues par Jean-Luc Mélanchon, Philippe Poutou et Nathalie Arthaud, le résultat d’un tel sondage ne peux cependant pas manquer d’interpeller.

Des explications, ou du moins plus modestement, des commencements d’explications pourraient être recherchés à partir de ce même sondage Ifop-Fiducial du mois dernier. 71% des sondés estiment, en effet, que la situation en matière d’insécurité s’est dégradée en France au cours des cinq dernières années. 59% expriment même ne se sentir en sécurité nulle part. Devant de telles angoisses et face à une situation sécuritaire aussi dépréciée, il n’est guère étonnant d’assister, au-delà des postures politiques, à une tel mouvement de soutien de la population envers ceux chargés de la protéger. Deux tempéraments méritent toutefois d’être apportés. Aucune bavure des forces de l’ordre n’est jamais – et fort heureusement – tolérée et les excès d’une politique du chiffre conduisent, en outre, parfois à la dénonciation d’un "deux poids deux mesures" révoltant. Ce "deux poids deux mesures" dénonce la disparité entre, d’une part, une intransigeance marquée des forces de l’ordre envers ceux qui commettent des infractions minimes dont l’interpellation est aisée et, d’autre part, une passivité choquante qui confine à la tolérance craintive face à la commission d’infractions plus graves commises au su et à la vue de tous, par ceux dont l’interpellation requiert en revanche des moyens, un courage et une détermination qui –dans la perspective d’une réponse pénale escomptée comme incertaine- font certains jours défaut. 

Eric Verhaeghe : L'explication me semble tenir au fonctionnement de la police en France, et probablement à la façon dont elle est "managée". La police française est incontestablement très efficace dans les opérations de maintien de l'ordre, même si son commandement laisse à désirer, et elle est à côté de la plaque dans la tranquillité publique et la relation au citoyen. On l'a vu à l'occasion du Bataclan. Des policiers de la BAC n'ont pas hésité à faire feu contre des terroristes beaucoup mieux armés qu'eux, avant que le commandement de la Préfecture de police n'interrompent les opérations pendant deux longues heures où les terroristes ont semé la terreur. Beaucoup de ceux qui étaient prisonniers du Bataclan se sont plaints du traitement réservé à leurs appels passés pendant leur prise d'otage à la Préfecture de police. Voilà les deux visages de la police. Celui que les Français aiment: le policier de terrain qui prend des risques pour maintenir l'ordre, et le policier bureaucrate qui serait tellement plus heureux si les citoyens ne demandaient jamais rien. Personne ne peut ignorer que les deux visages coexistent dans la police française. 

 
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Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe est le fondateur du cabinet Parménide et président de Triapalio. Il est l'auteur de Faut-il quitter la France ? (Jacob-Duvernet, avril 2012). Son site : www.eric-verhaeghe.fr
 

Diplômé de l'Ena (promotion Copernic) et titulaire d'une maîtrise de philosophie et d'un Dea d'histoire à l'université Paris-I, il est né à Liège en 1968.

 

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Guillaume Jeanson

Maître Guillaume Jeanson est avocat au Barreau de Paris. Il est également porte-parole de l’Institut pour la Justice.

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