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Les tensions avec la Russie pourraient chambouler la mondialisation telle que nous l’avons connue jusqu’à présent

L'Union européenne et les Etats-Unis ne pourront s'attaquer militairement à la Russie. C'est pourquoi les sanctions imposées à la Russie restent confinées à son endroit économique... Et vice et versa, avec la prise pour cible par Vladimir Poutine des Macdonald's localisés en terres russes, symbole de sa volonté d'incarner une alternative à la mondialisation.

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Les tensions avec la Russie pourraient chambouler la mondialisation telle que nous l’avons connue jusqu’à présent

L'Union européenne et les Etats-Unis ne pourront s'attaquer militairement à la Russie Crédit Reuters

Atlantico : Les Etats-Unis et l'Union européenne viennent de décider de la mise en œuvre de nouvelles sanctions contre la Russie et son secteur bancaire, énergétique et militaire. En représailles, Poutine prévoit de s'en prendre à McDonald’s. Dans quelle mesure ce type de comportement peut-il entraver la mondialisation ? 

Michael Lambert : Les propos du Président Vladimir Poutine sont avant tout à destination des médias. En prenant McDonald’s comme exemple, ce dernier veut montrer qu’il souhaite, premièrement, faire face aux sanctions et montrer que la Russie est un acteur économique mondial qui n’est pas dépendant des Etats-Unis et de l’Union européenne. C’est donc une attitude avant tout nationaliste et médiatique qui vise à montrer la puissance économique russe et sa capacité à pouvoir riposter et à ne pas simplement subir les pressions économiques.

Sur un plan statistique, il est vrai que l’économie russe est fortement dépendante des Etats-Unis et surtout de l’Europe, c’est la raison pour laquelle on peut parler de discours avant tout politique mais sans réelle capacité d’action derrière.

Deuxièmement, l’image de McDonald’s est évidemment symbolique. Ici, il est question de s’attaquer à la mondialisation, mais au sens de limiter l’hégémonie américaine en protégeant certains secteurs spécifiques. C’est donc avant tout une provocation à l’encontre des Etats-Unis, tant pour montrer que la Russie peut proposer une schéma de mondialisation alternatif que pour contester l’hégémonie du modèle actuel qui est fortement lié et connecté avec les Etats-Unis qui sont la deuxième économie mondiale après l’Union européenne.

Finalement, les propos du Président russe peuvent avoir des conséquences sur la législation des entreprises étrangères qui souhaitent s’implanter en Russie dans l’avenir et pour celles qui y sont déjà. Cette approche semblerait cohérente dans la mesure où la Russie souhaite diversifier ses secteurs d’activité qui reposent essentiellement sur le complexe militaro-industriel et les énergies fossiles. Cela permettrait de relancer l’économie en adoptant une attitude plus protectionniste, voire autarcique. Le problème principal reste cependant la mise en œuvre d’un tel projet, lancer une production de biens manufacturés et créer des services nécessite des ressources humaines et des investissements considérables de l’Etat dans des entreprises qui ne peuvent pas uniquement dépendre de ce dernier. La question sera alors plus la mise en application des dires du président et à savoir si son idée de lutte contre la mondialisation est avant tout temporaire en réaction aux sanctions ou une perspective sur le long terme avec une focalisation sur le développement du projet d’Union eurasiatique avec la Chine et l’Amérique latine comme régions cibles pour les futures exportations. 

Au regard de la situation actuelle relative à la Russie, ou bien encore de l'attitude de la Chine vis-à-vis du Japon et des Philippines qui n'hésite pas à adopter des sanctions économiques à leur encontre dans le cadre des conflits territoriaux qui les opposent en mer de Chine, peut-on dire que l'économie est devenue la nouvelle arme des conflits entre puissances au XXIème siècle ? 

L’économie a toujours été un moyen de pression sur les autres pays. La seule différence est qu’auparavant, les pressions économiques se combinaient à l’approche militaire et celle-ci était le principal argument devant l’usage de l’économie. La guerre contre un Etat comportait toujours un aspect militaire et économique. Si l’on prend l’exemple de la Première Guerre Mondiale, la France et l’Angleterre souhaitaient toutes les deux affaiblir la puissance économique de l’Allemagne. C’est la raison qui motivera la rédaction du Traité de Versailles par la suite en 1919 et qui, comme le mentionne Keynes dans " Les conséquences économiques de la Paix ", vise avant tout à affaiblir l’Allemagne sur le plan financier, pas seulement pour payer les réparations mais pour assurer une hégémonie britannique dans le domaine maritime et accroître la puissance industrielle française pour les biens manufacturés sur le continent.

 
Commentaires

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  • Par EMOREJ - 03/08/2014 - 12:45 - Signaler un abus POUTINE ET LE RÊVE AMÉRICAIN AVEC 35% D'OBÈSES

    Grâce à la fermeture des McDonald's il y aura moins de futurs obèses en Russie. Il devrait rajouter, entre autres, Coca Cola pas idéal non plus pour conserver une bonne santé.

  • Par zouk - 03/08/2014 - 14:11 - Signaler un abus Poutine et son ambition pour la Russie

    RQ préliminaire à l'attention de la rédaction: veillez svp écrire français. Vous ne cessez de nous infliger "chambouler", alors qu'existe depuis toujours: BOULEVERSER. Quant au fond, il est certain que V. Poutine veut restaurer le prestige de la Russie, mais comment le conçoit-il? Le sait-il clairement lui-même? Entre une ambition et le moyen de la réaliser, il faut la percevoir et la mettre en oeuvre sans en dévier, même s'il est indispensable de tenir compte des réactions, exprimées ou non, des autres pays;

  • Par l'enclume - 03/08/2014 - 15:10 - Signaler un abus Priorité

    EMOREJ - 03/08/2014 - 12:45 Avant de fermer Mac Do et d'interdire Coca Cola, il serait judicieux de fermer les distilleries clandestines de "vodka".

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Michael Lambert

Michael E. Lambert est doctorant en Relations internationales à Sorbonne Université (France) et à l'Université de Tampere (Finlande). Ses recherches portent sur le soft power de l'Union européenne, les Etats de facto dans la zone d'influence de Moscou et la mise en place du processus de Guerre hybride dans l'espace post-soviétique. Il est actuellement directeur du projet "Caucasus Initiative" qui analyse les mutations géopolitiques, juridiques et migratoires dans le Sud Caucase. 

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