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Tea party : la France est-elle anti-libérale ?

Installée aux Etats-Unis depuis le début des années 1980, Suzanne Guggenheim est une militante active au sein des "tea-parties", ces révoltes conservatrices qui mènent la vie dure à Barack Obama. Pour Atlantico, elle s'intéresse à l'éventualité d'un mouvement comparable en France. C'est notre feuilleton de la semaine. Episode 2, c'est parti...

Infusion américaine

Publié le 8 mars 2011
 

Le "Tea Party" est un mouvement qui abrite un vaste éventail de tendances politiques : des démocrates à la Kennedy, des supporters de Reagan, la droite évangélique, en passant par toute les nuance de républicains et de libertaires.

Réaliser sur la base de ces idées un large rassemblement en France peut sembler une vraie gageure. Pas forcément par manque de volonté, car un certain nombre des mouvements évoqués dans mon article précédent entretiennent des relations plus ou moins proches, ni même par manque d’une vraie base populaire, car elle est sans doute beaucoup plus large que les pontifes ne voudraient l’admettre. Plus simplement, le libéralisme conscient est encore en France l’apanage d’un nombre limité de personnes formées intellectuellement et engagées politiquement.

Des idées libérales impopulaires en France...

Aussi honorables et salutaires soient les thèses qu’ils défendent, celles-ci, celles-ci restent trop largement inconnues du grand public. Un gigantesque travail d’information et d’éducation, à contre-courant, est à faire. Il n’y a qu’à voir le nombre de Français qui doutent même de la pertinence du capitalisme comme système économique.

Mais comment en serait-il autrement lorsque l’on s’intéresse par exemple à l’enseignement de l’économie au lycée et à l’université ? Combien d’élèves et d’étudiants n’auront même jamais entendu parler de Friedrich Von Hayek ou de Frédéric Bastiat quand ils auront eu plus que leur dose des théories keynésiennes, planificatrices, ou simplement marxistes mais peintes en rose, exclusivement professées au sein du corps professoral et plus largement de la classe politique tous partis confondus ? Jetons simplement un œil aux manuels de sciences économiques pour nous rendre compte du chemin qu’il reste à parcourir dans les esprits français pour tout libéral soucieux de voir diffuser les idées qui sont les siennes. L’importance des groupes de réflexion et de leur rôle éducatif est donc majeure. Il n’y a guère de temps à perdre de ce côté.

... mais qui progressent

Toutefois, certains progrès ont déjà été faits, et les Français ne sont-plus forcément systématiquement hostiles à toute libéralisation de l’économie. Prenons ce sondage réalisé par l’IFOP à la demande de l’IREF qui pose la question suivante : « Aujourd’hui, dans le système par répartition, si vous êtes en activité vos cotisations sont entièrement utilisées pour payer les pensions des retraités actuels. Si vous aviez la possibilité de mettre une partie de ces cotisations retraites dans un compte épargne retraite personnel par capitalisation le feriez-vous ? ».

Contre toute attente, 82% des sondés ont répondu oui. Dans le détail, on note que parmi les personnes âgées de 18 à 24 ans, près de neuf répondants sur dix (89%) envisagent cette possibilité, contre 73% des personnes âgées de 50 à 64 ans. Pour ce qui est des professions, 78 % des ouvriers disent oui, presque autant que les professions libérales (81 %). Même les électeurs de gauche ont répondu massivement oui : 63 % de ceux qui ont voté Besancenot en 2007 et 76 % de ceux qui ont voté pour Ségolène Royal.

Il semblerait donc que si certaines théories libérales sont très clairement exposées au grand public, celui-ci est a priori enclin à y adhérer. Aussi rassurant que cela puisse paraître, il reste encore un énorme travail de pédagogie à faire.

Les Français sont-ils prêts ?

La liberté économique et la responsabilité personnelle ne sont malheureusement pas des réflexes pour le citoyen français moyen, c’est le moins que l’on puisse dire. C’est plutôt l’étatisme dirigiste et la prise en charge qui relèvent pour lui de l’automatisme. Vilipendant les assistés et les fainéants mais considérant avec fierté son « unique modèle social » qui s’effondre chaque jour un peu plus mais que le monde entier est censé lui envier, le Français moyen est toujours prêt à manifester pour défendre ce qu’il appelle ses « avantages acquis» aux côtés des syndicats qui ne représentent que 8% de ces « travailleurs » qu’ils prétendent protéger.

Il ne comprend pas comment la mise en concurrence des entreprises publiques, et à terme leur privatisation, pourraient être avantageuses pour lui en tant que consommateur ; il se plaint régulièrement des hausses de taxes et d’impôts mais ne remet pas en cause la philosophie du « manque à gagner » chère à nos dirigeants. Bref, le citoyen français ne semble pas prêt de faire changer le paysage politique français dans la mesure où cela implique de se remettre lui-même en cause.

(épisode 2 / 3 - Suite et fin demain...)

 


Commentaires

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  • Par texarkana - 10/03/2011 - 20:09 - Signaler un abus La France anti libérale et anti américaine

    Rien de nouveau sous le soleil , donc.
    La mentalité d'assistés domine dans la France socialiste.
    Par contre on adore lécher les
    babouches et les pagnes, défense du pré carré africain oblige.

  • Par mnms - 09/03/2011 - 03:10 - Signaler un abus von Hayek, c'est bien

    Si Hayek est bien libéral, il ne parle pas de diminuer le role de l'etat; genre suprimer la sécurité sociale. Votre provocation, n'a rien de drole. Hayek n'a de cesse de rappeler le role de regulateur de l'etat contre la formation des dictatures dont la forme privée, la monopolisation de l'economie, est certainement, la plus a craindre. C'est dingue de le meler a ce bushisme neo con!

  • Par Philippe - 08/03/2011 - 14:10 - Signaler un abus On a déjà un tea party

    J'ai l'impresssion que le FN est le tea party français. C'est le seul parti ouvertement anti-establishment. Après on peut pas vraiment transposer le programme tea party en france, les références ne sont pas les mêmes (ne serait-ce que la sécu, qui du point de vue américain est une aberration communiste).

  • Par ropib - 08/03/2011 - 12:55 - Signaler un abus @libertea 2

    Un politique qui se dit libéral en France va par exemple prendre des décisions pour favoriser des grands groupes et contre la logique concurrentielle... on va pas tourner autour du pot et dire qu'en France les mots ne veulent rien dire, c'est beaucoup plus simple d'expliquer qu'il y a des stratégies de comm à la limite de la manip et qui surfent sur le manque de culture économique.

  • Par ropib - 08/03/2011 - 12:51 - Signaler un abus @libertea

    En France le libéralisme est quand même lié aux libertés individuelles, et, au max, une certaine dérégulation de l'économie tout en conservant les règles qui permettent de pérenniser la liberté (ex: loi anti-trust). Simplement en France il y a des capitalistes anti-libéraux qui disent être libéraux... mais c'est pas à force de le répéter que c'est vrai.

  • Par ropib - 08/03/2011 - 12:47 - Signaler un abus @FigaroCB

    Le socialisme c'est pas avoir des considérations sociales en renforçant le capitalisme. Clinton est un capitaliste. Les subprimes sont un montage financier des banques (peu importe le plan immobilier derrière, qu'il soit de Bush, Clinton ou Sarko en France), c'est pas du socialisme.

  • Par libertea - 08/03/2011 - 12:24 - Signaler un abus attention liberal aux USA est l'inverse d'en France

    A lire certains commentaires il me semble qu'il y a un peu de confusion. Les Tea Party sont en effet anti liberal dans le sens americain du termes. La bas, un liberal c'est quelqu'un de gauche, opposé à un conservateur ou un libertarian.
    Dans l'article elle parle de libéral dans le sens français, c'est à dire quic rois a l'économie de marché et à la responsabilité individuelle.

  • Par Jiv. - 08/03/2011 - 11:51 - Signaler un abus Associer Clinton au

    Associer Clinton au socialisme, c'est un peu gros.
    Par exemple c'est le candidat Clinton qui lança l'idée de "la fin de l'aide sociale telle que nous la connaissons". Avec les conséquences que cela a eu. Entre autre, se faire dépasser sur sa droite.
    Clinton socialiste? Mouais, peut mieux faire. Il était plutôt clintonien.
    Ah, et les emprunts pourris des subprimes ce n'est plus du Clinton.

  • Par caramba - 08/03/2011 - 11:42 - Signaler un abus @FIGAROCB , Clinton est un

    @FIGAROCB , Clinton est un socialiste ???? vous etes Français pour etre aussi ignorant ?

  • Par FIGAROCB - 08/03/2011 - 11:32 - Signaler un abus L'IGNORANCE DES FRANCAIS !

    La lecture de certains conduit à penser qu'ils méconnaissent totalement le système capitaliste et le libéralisme 8 Dire que les subprimes sont la faute du capitalisme dénote une méconnaissance des faits : c'est CLINTON qui a lancé le programme de vente de maisons aux "pauvres" avec les suites que l'on connaît. C'est bien un socialiste!
    Quant au prix du gaz, il est fixé par l'état !

  • Par ropib - 08/03/2011 - 11:32 - Signaler un abus j'comprends mieux

    Vous confondez libéralisme et capitalisme, qui ne sont liés qu'à la marge. Les français sont prêts au Tea-party puisqu'ils ne sont pas réellement libéraux et que le Tea-party est anti-libéral. La difficulté c'est de valoriser l'injustice sociale quand les français sont naturellement égalitaires... mais bon ça s'est déjà fait.

  • Par gevarrec - 08/03/2011 - 11:19 - Signaler un abus Suzanne Guggenheim sur rtl

    http://www.rtl.fr/actualites/international/article/suzanne-guggenheim-barack-obama-musulman-je-ne-sais-pas-7650490879
    vous pourrez en ecoutant l'interview vous rendre compte par vous meme de l'etat d'esprit de cette dame..
    qui est pour info à son age, secretaire nationale de l'uni, syndicat etudiant de droite..
    drole de dame... non??
    qui ne sait meme pas si barak obama est musulman...

  • Par Jiv. - 08/03/2011 - 11:09 - Signaler un abus Quand je lis...

    ...qu'"un gigantesque travail d’information et d’éducation [...] est à faire",je me dis que vous devriez relire, par exemple, Ayn Rand. Le libéralisme ne s'apprend pas, il s'impose comme une évidence naturelle. Sinon ce n'est qu'une idéologie comme une autre. Et ça les libéraux en ont une sainte horreur.
    Vous omettez bien sûr de dire que "libéral" n'a pas le même sens ici qu'aux US.

  • Par caramba - 08/03/2011 - 10:57 - Signaler un abus re ridicule

    "Il n’y a qu’à voir le nombre de Français qui doutent même de la pertinence du capitalisme comme système économique".
    dites mamie vous mettez quoi dans votre thé?
    c'est la faute au socialisme la crise des subprimes ?
    les creves la faim au states ne doutent pas du systeme capitaliste, ils le subissent

  • Par gevarrec - 08/03/2011 - 10:37 - Signaler un abus tea tea et gros minet

    vaut mieux lire ça que d'etre aveugle
    que quelqu'un dise le plus serieusement du monde qu'il ne faut pas douter du capitalisme, c'est un peu fort de café, surtout deux ans aprees une crise economique sans precedent
    et puis faire l'apologie des privatisations ,c'est fort de café..prenons un seul exemple, celui de GDF. depuis que suez s'en est emparé... les prix augmentent encore et encore!

Suzanne Guggenheim

Suzanne Guggenheim est la co-fondactrice du mouvement des "tea-party" au Texas et membre du bureau national des "tea party".

Franco-Américaine de 66 ans, elle vit à Houston, au Texas, depuis le début des années 1980.

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