Le jour d'après
Et si le système bancaire s'effondrait?
Les gouvernements européens semblent prêts à tout pour maintenir les banques hors de l'eau. Une absurdité ou une nécessité ?

Pierre-Cyrille Hautcoeur : "Une économie ne peut plus vivre sans système bancaire" Crédit Reuters
Atlantico : Imaginons un effondrement du système bancaire. Qu’est-ce qui se passerait concrètement ?
Une économie ne peut plus vivre sans système bancaire. C'est le cas depuis très longtemps, mais c'est encore plus vrai aujourd'hui. C'est la raison pour laquelle les gouvernements sont prêts à n'importe quoi pour éviter une faillite générale du système bancaire. Une faillite d'une banque peut encore s'arranger : les paiements peuvent être déviés vers une autre banque et les banques centrales peuvent s'organiser en ce sens. Mais l'idée qu'une faillite touche un grand nombre de banques ou des banques très importantes simultanément est totalement exclue.
Dans ces circonstances, la banque centrale intervient pour permettre aux banques concernées de continuer à faire leurs paiements. Éventuellement, on va liquider une banque, c'est à dire liquider ses dettes et ses actifs et la transformer juridiquement en une autre entité, mais en faisant attention à ne pas arrêter les paiements.
Est-ce que l’on a déjà observé dans le passé des situations comparables ?
Par exemple, dans les années 1870-80, on a vu apparaître ce type de problèmes avec le développement des banques de dépôt. Celles-ci, avec des agences dans tout le pays, n'étaient plus des banques locales à l'ancienne : par les dépôts qu’elles recevaient, elles concernaient un grand nombre d'entreprises, et même de particuliers. Quand certaines de ces banques ont été au bord de la faillite du fait d’erreur de gestion, les gouvernements et les banques centrales ont pris conscience des conséquences potentielles et appris à intervenir. Des crises bancaires comme celle de 1867 en Angleterre, de 1882 ou 1889 en France voient ainsi les banques centrales apprendre un nouveau métier de prêteur en dernier ressort.
C'est à cause de ce cas qu’il avait étudié en détail que Ben Bernanke, à la tête de la Réserve fédérale américaine en 2008, est intervenu massivement en fournissant des liquidités abondantes aux banques qui risquaient de s'effondrer.
Quels acteurs économiques sont les perdants en cas de défaillance du système bancaire ?
Sans une telle intervention de l’État, il risquerait d’avoir des pertes qui affectent non seulement les actionnaires, mais aussi les déposants des banques. Ce risque serait suffisant pour faire fuir les déposants dès qu’ils craindraient des pertes de leur banque, ce qui provoquerait sa faillite, avec les effets de panique en résultant potentiellement même sur les banques en bonne situation. Pour éviter les risques de panique, il y a depuis les années 1930 aux États-Unis, et depuis quelques années en Europe, des systèmes de garantie des dépôts, qui sont des entités publiques liées aux gouvernements, dont le but est de garantir les pertes des déposants. Elles sont financées par des prélèvements sur les profits des banques dans les bonnes années, qui permettent de couvrir les dépôts jusqu'à un certain montant. Ce montant était de l'ordre de 70 000 à 100 000 euros selon les pays en Europe avant 2008, et il a été relevé pendant la crise bancaire pour que les gens qui avaient des gros dépôts ne décident pas de les retirer du jour au lendemain par crainte d'une faillite bancaire. Entre ces garanties et les interventions des banques centrales, on est donc assez bien protégé contre les crises bancaires systémiques aujourd’hui.
Vous n’avez pas l’air de croire à la psychose autour d’une chute du système bancaire européen…
Néanmoins, il n'est pas exclu - c'est même probable à mon avis - que la Grèce ne paye pas la totalité de ce qu'elle doit. Les créanciers de la Grèce vont donc sans doute devoir passer par pertes et profits une partie de ces créances. Est-ce cela menace le système bancaire européen ? Je ne le crois pas. Les ordres de grandeur par rapport aux fonds propres et aux profits des banques sont assez faibles dans tous les pays (sauf la Grèce elle-même), de sorte que l’essentiel est d’éviter les mouvements de panique.
Certes, les pertes liées à un défaut de paiement (qui serait partiel) de la Grèce représentent quand même des montants substantiels, et il risque d'y avoir des pertes importantes. Il est possible que certaines banques (et des entreprises de gestion de fonds comme des compagnies d’assurance vie) fassent faillite. C’est regrettable, mais le plus regrettable était de prêter imprudemment. Si le processus de liquidation est bien contrôlé par les autorités publiques et par la Banque centrale européenne, ce n'est pas nécessairement une mauvaise chose. Cela signale qu'il faut être prudent quand on prête et que, quand on a prêté inconsidérément, on risque de disparaître. Cette sanction du marché doit jouer parfois pour que la prudence revienne chez certains prêteurs.
Je crois qu'aucune des grandes banques européennes n'est vraiment menacée, même si certaines d'entre elles vont faire des pertes, qui seront absorbées par leurs fonds propres ou par leurs bénéfices de l'année ou des années à venir. Cela va seulement affecter leurs actionnaires, qui avaient en sens inverse bénéficié de profits importants les années antérieures à la crise.
Il n'y a pas de raison de trop s'inquiéter. En revanche, deux choses ne vont pas. D'une part, les banques font du lobbying pour que les pertes soient absorbées entièrement par l'État. C'est une très mauvaise idée car cela suggère que c'est à l'État de payer les pertes quand les banques font de mauvais placements. Dans ce cas il faudrait que l'Etat prenne aussi les profits les bonnes années ! Les banques doivent prendre leurs responsabilités et s'organiser entre elles pour assumer les pertes qui résultent de ces dettes.
D'autre part, la BCE joue un jeu un peu étrange : elle a racheté des dettes de la Grèce pendant la crise, et maintenant elle refuse toute réduction de cette dette grecque. Un grand nombre de personnes soupçonne que c'est parce qu'elle ne veut pas assumer des pertes sur cette dette grecque qu'elle détient. On a l'impression que Jean-Claude Trichet ne veut pas finir son mandat sur un échec, au détriment de la meilleure gestion de cette crise. Mais les pertes que peut faire la BCE – qui serait recapitalisée sans difficulté par les États de la zone euro – sont peu importantes par rapport au risque d’aggraver la crise en faisant semblant de croire que la dette grecque peut être remboursée et en tuant le malade (la Grèce) par des remèdes insupportables.
Pierre-Cyrille Hautcoeur
Pierre-Cyrille Hautcoeur est directeur d’études à l’EHESS et professeur associé à l’Ecole d’économie de Paris.
Spécialiste de l'histoire des crises économiques, il est l'auteur de La crise de 1929 (La Découverte, 2009).
(Photo @ Maraval)


Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.
Renseignez vous le détail est indiqué partout !
Cela vous évitera des affirmations inutiles !!!!
président de l'AMF prend bien soin que les obligations françaises ou les fonds en Euro des assurances vie ne détaillent pas la nature des créanciers (Grecs, Portugais, Espagnols....)...personne ne doit connaitre le risque qu'il prend... de même on ne sait pas non plus l'exposition réelle des banques....
Alors A quoi sert Mr JOUYET?????
Ne pouvait que s'effondrer ?
Les pays d'Europe (Allemagne inclue) et surtout les USA vivent à crédit depuis des décennies. Cela à donné lieu à une accumulation gigantesque de dettes d'état et de dettes privées, une masse monétaire sans limite. Comment voulez vous qu'on en sorte ? A part par une rupture du système ou une hyper-inflation, je ne vois pas.
provoquées par J. Kerviel......
Bien sur il faut tout faire pour lutter contre ce risque systémique. Mais comme le souligne l'auteur il faut aussi que les banques assument -tant qu'elles le peuvent- leurs pertes : l'Etat et donc les contribuables n'ont pas à payer pour leurs erreurs. Sinon c'est la porte ouverte à l'irresponsabilité et un encouragement à prêter à tort et à travers.
J'ai écrit le CL QUASIMENT en faillite ....Une structure de defeasance avait été créée pour lui permettre d'alléger le poids de ses dettes et de liquider ses actifs.
Et je reprends vos termes
"Or ceux du CL ont été remboursés... par le contribuable (et ce n'est toujours pas fini).
Et là je suis bien d'accord.
@ NOVY12
Je ne sais pas si vous êtes sérieux ou cherchez juste la polémique... Le CL n'a PAS fait faillite. En particulier ses créanciers n'ont rien perdu. Le trait caractéristique d'une faillite c'est que l'entreprise constate qu'elle est incapable de payer ses dettes. Les créanciers subissent des pertes. Or ceux du CL ont été remboursés... par le contribuable (et ce n'est toujours pas fini). Cdt
Prêter aux banques ne coute rien au contribuable, au contraire ça rapporte à la france grâce aux intérêts perçus dixit sarko ... alors où est le problème ? prêtons mes amis prêtons aux banques !
en France....généralement elle est reprise par une autre avant la liquidation !
Regardez le Crédit Lyonnais quasiment en faillite sous les socialistes avait été repris par le Crédit Agricole.....Aujourd'hui il s'appelle LCL !!!
Il est juste de souligner que "Éventuellement, on va liquider une banque, c'est à dire liquider ses dettes et ses actifs et la transformer juridiquement en une autre entité, mais en faisant attention à ne pas arrêter les paiements."
Une faillite de banque n'est pas nécessairement la fin de tout. Reste à comprendre pourquoi on n'est pas capable de le faire : d'où vient le risque systémique ?
Le problème n'est pas les banques, il est les états qui font office de mauvais emprunteurs. Nationaliser les banques n'empêchera pas les états dépensiers de ne pas rembourser leurs dettes. Mais pour une banque nationalisée plombée par des obligations pourries, c'est le contribuable qui paiera, pas l'actionnaire. Pourquoi nationaliser les pertes????
solutions que celles qui existent aujourd'hui....même si elles sont loin d'être parfaites....
Et si on fait rien, alors comme d'habitude, quand tout va bien les banques font des bénéfices et quand ca va mal, les banques ne perdent rien ou peu de leurs fautes.
Un dilemme amusant... Soit Big Brother nous renfloue quand, petite soeur a un probleme soit Big Brother devient tuteur... Dans tous les cas, on pense qu'à l'Etat comme solution... Dommage
Bonjour,
Ce qui fait peur, c'est le fait que la population accepte, par le biais des Etats (et des Banques Centrales), d'offrir une partie de la richesse qu'ils produisent à des banques qui dans leurs affaires privées se retrouvent avec des dettes colossales sans que le peuple ni l'Etat ne soit à l'origine du processus.
Alors nationaliser = plus d'intervention public mais si Etat coule ???? Et...
Vous en feriez quoi ? Des fonctionnaires ?
C'est à dire reprendre une affaire qui n'a plus de capitaux plus de clients plus de circuits etc..etc..
Pourquoi faire....
Faut-il de l'argent pour reprendre une banque en faillite ?
Non c'est impossible et ça ne servirait à rien....
Relire l'article SVP....
''Entre ces garanties et les interventions des banques centrales, on est donc assez bien protégé contre les crises bancaires systémiques aujourd’hui''
et ce avant qu'il ne soit trop tard. Peut-être même les mettre en faillite en passant à perte les prêts faits à la Grèce, l'Irlande et au Portugal. Et les réouvrir nationalisées et saines. Je ne sais pas si c'est possible.