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Syrie : pourquoi avec ou sans gazage l’enlisement du conflit fait de Bachar el-Assad le grand gagnant de cette guerre pour l’instant

Une "réaction de force". C'est que Laurent Fabius a exigé contre le régime de Bachar el-Assad suite à l'annonce par l'opposition syrienne de la mort par armes chimiques de 1300 personnes. Si le ministre est resté extrêmement vague sur les moyens à employer, le pays semble livré à un enlisement "à la libanaise" qui profite surtout au dirigeant syrien.

Histoire sans fin

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Syrie : pourquoi avec ou sans gazage l’enlisement du conflit fait de Bachar el-Assad le grand gagnant de cette guerre pour l’instant

Bashar el-Assad n’est que la partie émergée et symbolique d’un iceberg communautaire syrien très complexe. Crédit Reuters

Atlantico : Selon l’opposition syrienne, 1300 personnes seraient mortes mercredi dans une attaque à l’arme chimique perpétrée par l’armée. Suite à cela, le ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius a déclaré jeudi sur RMC qu’une « réaction de force » menée par les Etats-Unis, le Royaume-Uni, la France « et pourquoi par la Russie » s’imposait, tout en excluant d’envoyer des troupes au sol. Ces mots trahissent-ils l’impuissance et l’embarras des puissances occidentales face aux événements syriens ?

Pourquoi ?

Alain Chouet : Il faudrait d’abord vérifier l’authenticité de cette information. On a affaire en Syrie à une véritable guerre civile compliquée par de nombreuses interventions étrangères et l’implication de volontaires djihadistes venus du monde entier. C’est évidemment un contexte propice à tous les excès dont les deux parties sont tout à fait capables. Mais cela ne justifie aucunement la façon dont la presse et les politiques occidentaux, en particulier français, traitent l’information en provenance de Syrie. Les informations - souvent de source unique - en provenance de l’opposition sont immédiatement acceptées pour argent comptant sans aucune analyse, regard critique ni recherche de confirmation ou de recoupement. Toute exaction est immédiatement imputée au régime sans la moindre vérification tandis que celles dont il est avéré qu’elles ont été commises par des mercenaires djihadistes ou des bandes criminelles locales (exécutions sommaires à base confessionnelle, enlèvements et meurtres de religieux ou de journalistes, pillages et rackets) sont systématiquement ignorées et passées sous silence.

Il est clair que la communauté internationale - en l’occurrence l’ONU - ne s’engagera pas dans une « réaction de force », même limitée à une zone d’exclusion aérienne, sur des bases aussi incertaines et l’appel de M. Fabius a de fortes chances de rester lettre morte. Les Etats-Unis, par la voix de leur chef d’État-Major général, ont déjà fait savoir leur réticence à tout engagement militaire. L’allié britannique - après avoir stimulé l’intransigeance française - est devenu étrangement silencieux. Ni la Chine ni la Russie ne modifieront leurs positions sur de simples informations non vérifiées de l’opposition syrienne. Et on peut d’ailleurs se demander quelle opposition, tant celle-ci est morcelée et divisée en factions antagonistes.

La possibilité d’une intervention venant de l’extérieur semblant proche de zéro, peut-on s’avancer à dire que Bachar el-Assad a déjà gagné la partie ? Pourquoi ?

Il ne faut pas ainsi personnaliser le problème. Bashar el-Assad n’est que la partie émergée et symbolique d’un iceberg communautaire syrien très complexe. La Syrie n’est ni la Tunisie ni l’Égypte. Le pouvoir syrien a derrière lui près de 2 millions d’alaouites (minorité dissidente du chiisme promise au génocide par les oulémas salafiste depuis le 14ème siècle) mais aussi les autres communautés minoritaires du pays (ismaéliens, druzes, chiites et chrétiens) qui estiment leur sort lié à celui de la communauté alaouite. Soit en tout près de 5 millions de personnes qui estiment se battre pour leur survie.

Cela fait deux ans que nos politiques occidentaux annoncent la chute imminente (mais sans cesse différée...) de Bashar el-Assad. Ceci traduit une ignorance profonde du contexte local. Pour autant, Bashar el-Assad n’a pas « gagné la partie ». Au mieux, pour lui et les minorités de Syrie, il ne l’a pas perdue.

Même si l’armée syrienne parvient à vaincre l’ensemble des poches de résistance encore existantes, le conflit pourrait-il continuer de manière larvée ? Si oui, combien de temps cet enlisement pourrait-il durer ?

L’étendue des dégâts matériels et des destructions, l’extension des exactions et des massacres depuis maintenant plus de deux ans font que plus rien ne sera jamais comme avant et que des contentieux s’ouvrant sur des besoins et désirs de vengeance sont déclenchés pour plusieurs générations qui peineront à se relever des ruines. La Syrie est entrée dans une phase de guerre civile à la libanaise qui peut durer des décennies avec des périodes plus ou moins longues de rémission « sans vainqueur ni vaincu », comme disent les Libanais, mais où il n’y a en fait que des vaincus.

Si le maintien durable du régime de Bachar al-Assad s’imposait de manière indiscutable, le pays serait-il mis au ban de la communauté internationale, ou bien le réalisme politique amènerait-il les autres États à « oublier » cette période de guerre civile ?

Les Occidentaux ont en général la mémoire courte et souffrent d'une certaine myopie. Qui se souvient encore des Khmers rouges ? Qui se soucie aujourd’hui du régime "Frères Musulmans" qui s’est emparé du pouvoir au Soudan en 1989, qui a ruiné le pays, provoqué la sécession des provinces chrétiennes du sud, qui massacre des dizaines de milliers de personnes au Darfour chaque année, dont le Général-Président - pourtant sous mandat de la Cour Pénale Internationale - parade ici et là dans les conférences internationales ?

Si - ce qui n’est pas sûr - le régime syrien résiste à la pression militaire des bandes djihadistes, à la pression financière des pétromonarchies wahhabites qui ont juré sa perte et à la pression politique d’un Occident pétri de « bonnes intentions », il est effectivement probable que la realpolitik prévaudra. Mais la France aura du mal à faire oublier son rôle de moteur dans le soutien à le rébellion et le fait qu’elle a brûlé en 2011 ce qu’elle adorait en 2009…

Propos recueillis par Gilles Boutin

 
Commentaires

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  • Par mich2pains - 23/08/2013 - 08:53 - Signaler un abus AMUSANTE ANALOGIE !

    Comment ne pas se laisser tenter par un parallèle entre BACHAR le Syrien et notre VALSE Franchouillarde ? Tous les 2 semblent être les grands gagnants d'une Guerre contre leurs opposants politiques ! Tous les 2 utilisent généreusement le GAZAGE de leurs opposants ! Et , tous les 2 connaitront bientôt la "réponse du berger à la bergère" .... Les mamans gazées lors des répressions violentes du VALSE contre les Manifestants opposés au Mariage pour tous , ainsi que , leur époux , leur famille , voteront plus sûrement pour le FN aux prochaines municipales ....

  • Par un_lecteur - 23/08/2013 - 10:52 - Signaler un abus Merci atlantico

    Merci de permettre à Alain chouet de s'exprimer, au lieu de reprendre comme tous les médias la désinformation sur l'utilisation des gaz. Quand a cette "communauté internationale" dont on nous rebat les oreilles, ce ne sont que les USA et leurs caniches (dont nous).

  • Par un_lecteur - 23/08/2013 - 10:55 - Signaler un abus Livre a lire

    http://www.amazon.fr/Au-coeur-services-spéciaux-islamiste/dp/2707169455/ref=sr_1_1?ie=UTF8&qid=1344526993&sr=8-1

  • Par Ravidelacreche - 23/08/2013 - 11:19 - Signaler un abus C'est que Laurent Fabius a exigé

    L'ennemi est bête, il croit que c'est nous l'ennemi, alors que c'est lui P. Desproges

  • Par Glop Glop - 23/08/2013 - 12:40 - Signaler un abus Par principe...

    ... de base, tout ce qui est opposé au salafisme est à défendre et a donc raison, point. Si Bachar El Assad est derrière ce gazage, bah tant mieux, si c'est pas lui, bah tant pis. Nous sommes de plus en plus à penser que c'est toujours ça de moins et qu'on en a rien à foutre d'un certain nombre de soit-disant existences. A un moment donné, il faut choisir un camp et le défendre.

  • Par cbrunet - 23/08/2013 - 13:42 - Signaler un abus Bonheur !

    Atlantico continuez à donner la parole à des personnes comme Mr Chouet : la clarté et la vérité font beaucoup de bien , à tout le monde ! Mr El Assad devenant le bouclier de l'occident chrétien, voilà une situation inimaginable ! Et pourtant cela devient une réalité . Alors restons neutre ou soutenons Bashar !

  • Par Jackturf - 23/08/2013 - 14:58 - Signaler un abus CHAPEAU BAS

    à Alain Chouet, enfin un journaliste qui connaît son sujet sur le bout des doigts. Quoi comment il n'est pas journaliste....Ah zut alors. Bon tant pis ! En attendant, merci pour l'article expliquant clairement la diversité communautaire Syrienne que Antoine Sfer avait par ailleurs décrit dans ses cahiers de l'Orient. Quand au reste je dirais que la Syrie n'est pas l'Irak et encore moins le Mali. S'engager la-bas serait l'ultime erreur, ses forces militaires étant autrement dangereuse. Bachar en fin tacticien, n'ayant pour l'instant engagé que 70 % de son potentiel militaire disponible (d'ailleurs qui en parle ?) d'autant que Bachar sait qu'il n'est pas seul, même si la Russie donne parfois des signes d'agacement, elle ne le laissera pas tomber, la Chine et d'autres alliés étant pour le moment en léger retrait mais bien la quand même ! La preuve ? Fabius disait Bachar fini il y a un an de cela si vous faites des recherches ou avez un peu de mémoire. Hors un an après Bachar est la et bien la et Fabius a l'air d'un Con... Lire la désinformation sur le gaz sarin : http://www.voltairenet.org/article179893.html

  • Par smiti - 23/08/2013 - 18:26 - Signaler un abus etonnant non !

    la façon dont on nous rabâche depuis toutes les antennes le même message depuis 3 jours : "Assad gaze les rebelles !". Pourtant, après les titres, la plupart des journaleux utilisent le conditionnel (enfin ceux qui ont encore quelques onces d'éthique. Ne serait-il pas plus professionnel d'attendre des preuves tangibles avant de nous abreuver ainsi ? Plus généralement, devons-nous toujours pleurer sur le sort des syriens, des égyptiens, des tunisiens, des ....... On a pas fini de pleurer ....

  • Par arbat - 23/08/2013 - 19:37 - Signaler un abus gazage

    il parait que ce pauvre Assad est derrière les gazages;vous ne voulez tout de même pas q il soit dessous ;il parait que c est du gaz sarin c est sur avec du febreze ce serait moins efficace

  • Par Niktot - 23/08/2013 - 20:32 - Signaler un abus Tout est dit, merci. Rien à ajouter, alors (sic)

    Toute exaction est immédiatement imputée au régime sans la moindre vérification tandis que celles dont il est avéré qu’elles ont été commises par des mercenaires djihadistes ou des bandes criminelles locales (exécutions sommaires à base confessionnelle, enlèvements et meurtres de religieux ou de journalistes, pillages et rackets) sont systématiquement ignorées et passées sous silence. (sic)

  • Par lidoledu83 - 23/08/2013 - 21:47 - Signaler un abus Khan al Assal

    les types d'internautes qui tout comme moi diversifient leurs sources d'information (en passant de TF1 à SANA), et Atlantico au milieu, sont au courant de ce massacre de moins d'un mois commis par les rebelles syriens ... On n'en n'a pas entendu parler à l'antenne.

  • Par sheldon - 24/08/2013 - 00:45 - Signaler un abus Pourquoi l'occident soutient tjs le sunnisme et le salafisme ?

    Qu'avons nous à y gagner ? ça a commencé par l' Irak, la position vis à vis de l'Iran est névrotique (que font ils de pire que les sunnites ?), le soutien à Al Qaida en Syrie, qui s'accompagnera du massacre des chrétiens, est difficile à comprendre. La Lybie a plutôt envenimé la situation interne au pays, quant au Mali, comme par hasard l'excision des fillettes n'existerait plus tant on en parle plus ! Si c'est pour être conforme aux demandes de nos amis créanciers il faut le dire !

  • Par Papy Geon - 24/08/2013 - 10:01 - Signaler un abus @ Jackturf

    « Fabius disait Bachar fini il y a un an… » Et si c’était plutôt Fabius, qui est fini ? Il est proche de la retraite, et joue ses dernières cartouches ! Sa fortune est faite, il n’a plus grand-chose à gagner (quoique...). Ce type commence à agacer sérieusement. Il représente en ce moment la tête émergente d’une bande de semeurs de troubles, qui font des centaines de milliers de morts et fabriquent des millions de malheureux. Il œuvre pour quelque-chose qui nous est étranger, c’est évident. Ce comportement honteux ne représente absolument pas l’esprit des Français, et il est important de le souligner. Il en est de même pour le comportent de trop nombreux journalistes, qui devraient réviser d’urgence leur charte.

  • Par rigoubi - 25/08/2013 - 09:42 - Signaler un abus Occident pétri de « bonnes intentions »

    Dans la longue liste de nos essentielles bonnes intentions vis à vis de la Syrie peut on y ajouter celles ci? _Acheminer pétrole et gaz du Moyen Orient (Irak Qatar) à la côte méditerranéenne via la Syrie sans oublier les ressources énergétiques propres à la Syrie. _Faire sauter une pièce ennemie d'Israël, isoler l'Iran, affaiblir la Russie Léon WALRAS

  • Par savoir - 29/08/2013 - 18:27 - Signaler un abus fabius

    il parait que son fils va s'engager pour faire honneur a son pére..

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Alain Chouet

Alain Chouet est un ancien officier de renseignement français.

Il a été chef du service de renseignement de sécurité de la DGSE de 2000 à 2002.

Alain Chouet est l'auteur de plusieurs ouvrages sur l’islam et le terrorisme. Son dernier livre, "Au coeur des services spéciaux : La menace islamiste : Fausses pistes et vrais dangers", est paru chez La Decouverte en 2011.

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