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La Syrie, une guerre climatique ? Retour sur les liens complexes entre sécheresse, migration et conflit

Pour certains, une importante sécheresse survenue en Syrie entre 2007 et 2010 aurait entraîné une migration de masse de la campagne vers les ville, et attisé les braises du soulèvement de 2011. Mais qu'en est-il en réalité ?

Causes et conséquences

Publié le
La Syrie, une guerre climatique ? Retour sur les liens complexes entre sécheresse, migration et conflit

 

Cela fait maintenant plus de six ans que la guerre civile a débuté en Syrie. Vous avez certainement entendu la théorie qui relie ce conflit au changement climatique. Une intense sécheresse, probablement causée par le réchauffement en cours, aurait entraîné une migration de masse de la campagne syrienne vers les villes. Cette hausse de la population urbaine ne serait pas étrangère au soulèvement de 2011, qui a fini par dégénérer en guerre civile.

Cette théorie part du postulat qu’il existe un lien entre sécheresse, exode rural et guerre. Cette connexion n’est pourtant pas si évidente. Et pointer le rôle du climat présente le risque de minimiser celui des facteurs politiques et socio-économiques.

Une sécheresse n’est pas forcément synonyme de conflit.

C’est l’une des conclusions de notre étude sur la sécheresse et la gestion des ressources en Syrie. La fameuse notion de « guerre climatique » méritait d’être étudiée sous deux aspects : le lien entre sécheresse et migration, d’une part, et le lien entre migration et conflit, d’autre part, l’objectif étant de savoir si ces phénomènes sont bel et bien reliés.

Le changement climatique, un facteur parmi d’autres

Nous sommes partis de l’idée même de migration environnementale. Le problème est qu’il est très difficile de déterminer les véritables raisons qui poussent les habitants d’un lieu à quitter ce dernier pour chercher ailleurs de nouvelles opportunités. Le changement climatique n’est certainement qu’un facteur parmi d’autres, et pas forcément le plus important. Disposer de l’argent nécessaire, par exemple, représente un facteur primordial : seuls ceux qui ont les moyens de quitter un lieu touché par la sécheresse peuvent le faire.

Dans le cas de la Syrie, rien ne permet de relier scientifiquement la baisse des précipitations ou les mauvaises récoltes à l’exode rural. Les preuves utilisées dans ce sens proviennent de rapports sur les déplacements de populations publiés par le gouvernement syrien ou par des missions d’évaluation des Nations unies. Ces phénomènes sont censés être liés parce qu’ils coïncident dans le temps. Mais, d’un point de vue scientifique, ce n’est pas suffisant.

Des champs verdoyants dans l’ouest de la Syrie, avant le début de la guerre civile. Jakob Fischer/shutterstock

La sécheresse qui a frappé la Syrie entre 2006 et 2010 est considérée comme longue et sévère. Pourtant, les niveaux de précipitations mesurés en 2006, 2007, 2009 et 2010 étaient proches de la normale, et ce dans toute la Syrie, y compris dans le « grenier à blé » que constitue le nord-est du pays. Seule 2008 a donc été véritablement une année de sécheresse.

La sécheresse n’a touché véritablement la Syrie qu’en 2008. CHIRPS 2.0, Author provided

Le contre-exemple kurde

Une sécheresse peut s’avérer dévastatrice pour une communauté, et beaucoup moins significative chez une autre. Il suffit par exemple de jeter un coup œil au Kurdistan irakien, qui a connu le même épisode de sécheresse que la Syrie, sans pour autant connaître de phénomène massif de migration. La vulnérabilité d’une communauté à la sécheresse est en fait un facteur plus important que la sécheresse en elle-même.

 
Commentaires

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  • Par philippe de commynes - 29/08/2017 - 13:00 - Signaler un abus La question

    est de savoir comment une crise somme toute ordinaire a pu entraîner un tel chaos et une telle succession de catastrophe (y compris le bataclan) , et pourtant la réponse est affreusement simple : la coalition de tous ceux pour qui un dirigeant (assad) à la fois allié du hezbollah et de l'iran ne mérite pas d'être sur terre ... peu importe le prix pour s'en débarrasser ...

  • Par padam - 29/08/2017 - 14:41 - Signaler un abus bavardage fallacieux

    Cet article, sous une forme pseudo-"scientifique", c'est à dire apparemment objective et critique, ne fait en réalité que tourner autour du pot avec l'intention évidente de détourner l'attention sur la véritable cause du conflit syrien. En l'occurrence, et c'est aujourd'hui bien établi, l'ingérence de puissances étrangères, au premier rang desquelles les Etats-Unis, qui voulaient se débarrasser d'Assad jugé pas assez coopératif. Du grand classique...

  • Par Paulquiroulenamassepasmousse - 29/08/2017 - 19:19 - Signaler un abus @padam

    Mais non, article honnête qui désamorce les prétentions de nos climatologues gauchistes de tout expliquer par le réchauffement climatique. ..... De plus pas besoin des américains, on a aussi nos cons qui rêvent d'un éternel printemps arabe, Sarko l'a encourragé en Lybie... On voit le résultat..... Hollande y serait allé ......en Syrie si Obama ne l'avait pas retenu.

  • Par padam - 30/08/2017 - 09:33 - Signaler un abus Aux Pays de l'or noir

    On est bien d'accord: le climat n'a rien à voir dans le chaos moyen-oriental, déclenché par l'intervention en Irak des?... La liquidation du régime de Bagdad était envisagée avant l'activation du soulèvement "spontané" syrien, en raison des désaccords pétroliers. Une banale opération de déstabilisation qui, cette fois, a vraiment mal tourné...

  • Par padam - 30/08/2017 - 09:57 - Signaler un abus correction

    Au lieu de Bagdad, lire évidemment Damas. Les "désaccords pétroliers" signifient en clair le refus obstiné d'Assad de conciliation avec les monarchies pétrolières et leur allié américain.

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Lina Eklund

Lina Eklund est spécialiste du Moyen-Orient et travaille à l'Université de Lund.

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Darcy Thompson

Darcy Thompson est spécialiste du Moyen-Orient et travaille à l'Université de Lund.

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