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En Syrie, la France continue de miser sur le mauvais cheval

Dimanche, "Les amis de la Syrie" se réunissent en Turquie. Aucune solution ne semble se profiler. La France est montée en première ligne dans l'opposition internationale au régime de Bachar al-Assad. Pour mobiliser l'effort populaire sur place, Paris a tout misé sur le Conseil national syrien. Une entité sulfureuse et non représentative qui ne parvient pas à dégager d'unité nationale dans la révolte. Pendant ce temps, les djihadistes montent en puissance.

Stratégie perdante

Publié le

Alors que le Congrès des « Amis du peuple syrien » se tient ce dimanche à Istanbul, on peut rétrospectivement s’interroger sur la position de la France quant à la crise syrienne depuis maintenant près d’un an. Une action diplomatique qui se voulait en apparence avant-gardiste, dans la foulée du « succès » libyen et qui semble largement avoir manqué sa cible. La question qui se pose est maintenant est de savoir s’il est possible de faire volte-face.

Dès les débuts du conflit, la diplomatie française, sans doute persuadée d’un chute rapide du régime, a encouragé une montée aux extrêmes, suivant en cela le régime lui-même, débarrassé d’avoir à compter sur une négociation avec des interlocuteurs crédibles, issue de l’opposition intérieure.

Dès le départ, il y a eu de la part du ministre des Affaires étrangères Alain Juppé une erreur d’appréciation fondamentale. Tout se passe comme si la diplomatie française avait sciemment et au mépris de ce que tous les observateurs, y compris au Quai d’Orsay prévoyaient,  sous estimé la capacité de résistance du régime, soudé autour de l’assabiya alaouite et disposant d’une armée mal équipée mais bien entraînée.

Ce que n’ont pas vu aussi les Occidentaux c’est que l’environnement régional immédiat, notamment la proximité de l’Irak a joué et continué de jouer un rôle largement dissuasif dans l’attitude majoritairement attentiste voire loyaliste de la population syrienne, y compris parmi la bourgeoisie sunnite. Le spectre du terrorisme et des affrontements entre communautés en Irak a ainsi servi de repoussoir et chaque nouvel attentat à Damas ou à Alep vient rappeler cruellement cet engrenage de la violence. Pour les voisins immédiats de la Syrie, y compris Israël, toute intervention étrangère était également à exclure, en raison des résonnances territoriales de la question kurde, de la présence des chiites, etc.

Mais alors pourquoi avoir feint de tout essayer? Est-ce pour se rattraper de n’avoir pas vu venir le « printemps arabe » au Maghreb et dans l’ivresse court-termiste du succès libyen que la diplomatie française s’est lancée dans une surenchère volontariste ? Auprès du Conseil de Sécurité d’abord pour une intervention militaire dont Russes et Chinois avaient clairement indiqué qu’ils ne voudraient pas : après les entorses  au droit international commises sur le terrain par les forces de l’Otan à la résolution 1973 en Libye, il était évident qu’après avoir eu l’impression d’être flouées, la Russie et la Chine refuseraient de donner un blanc-seing aux Occidentaux en Syrie.

Dès les débuts de la révolte en Syrie, certains observateurs ont mis en garde contre le risque de guerre civile en cours tandis que la France ne voulait voir dans les insurgés syriens que des « révolutionnaires » et des activistes. Il lui a fallu près d’un an pour admettre et reconnaître à demi-mots que l’opposition armée à Bachar el Assad était totalement multiforme, surtout pas le fait unique d’une « Armée syrienne libre » aux contours assez flous mais de plus en plus le fait de groupes armés d’inspiration djihadiste. Sans doute que la situation chaotique qui règne dans la Libye « démocratique » post-Kadhafi a pu faire réfléchir les responsables français, mais que de temps perdu ! Et quelle illusion de feindre que les aspirations démocratiques des Syriens pourraient être portées sur les fonts baptismaux par des puissances aussi peu crédibles sur le plan des droits humains que les Saoudiens et les Qataris. La diplomatie française a ensuite en janvier 2012, à la suite de l’Arabie Saoudite, fait tout pour enterrer et faire passer pour un échec la Mission des Observateurs de la Ligue Arabe, mission certes imparfaite mais qui donnait un autre son de cloche sur la réalité du terrain.

 
Commentaires

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  • Par JO94 - 01/04/2012 - 13:17 - Signaler un abus BACHAR ELASSAD responsable du cas MEHRA

    Comment un carrossier du côté de Toulouse peut-il se payer 20000 euros d'armes avec des casses sans faire du traffic de drogue, spécialité du milieu marseillais, qui via des petites frappes a menacé des opposants syriens dans le sud est..... Il faut s'interroger? La famille El ASSAD et leur copains iraniens partagent la responsabilité du cas MERHA. Ils ont oublié qu'ils avaient financé CARLOS et les attentats de la rue des rosiers. Nous nous avons de la mémoire, qu'ils n'oublient pas KHADAFFI....La France rend toujours la monnaie de sa pièces à ses ennemis

  • Par zygo - 01/04/2012 - 18:15 - Signaler un abus C'est malheureux de voir ça...?

    La France se trompe ou fait semblant de se tromper ou bien c'est une stratégie du pire...? Tous les régimes Arabes qui sont tomber sont remplacés par des régimes islamistes radicales...? Comme dirait l'autre, il vaut mieux rouge que mort donc gardons la Syrie avec son régime actuel et presser ce dernier de faire des reformes démocratiques...? La Russie et la Chine arriveront peut-être à persuader Bachar du bien fonder d'une ouverture démocratique du pays...? La Libye à feu et à sang, l’Égypte va basculer dans l'Islam radicale, l'Irak à feu et à sang,la Tunisie cherche sa route, retour des talibans en l’Afghanistan, avec le mollah Omar comme chef sur sa mobylette...? Franchement pour un printemps Arabe, il y a mieux ...! Et encore, le Président ose parler du printemps Arabe, c'est un désastre planétaire et on a pas tout vu, quand tous ces régimes s'installeront à la tête de ces pays...? Qui vivra verra...?

  • Par Diego - 01/04/2012 - 19:11 - Signaler un abus Syrie

    La politique européenne est de suivre les américains. Or les américains alliés des très islamistes Qatar est Arabie Saoudite, jouent à fond la carte de l'islam dans les pays arabes.

  • Par bob - 01/04/2012 - 19:13 - Signaler un abus Mohamed Merah, même combat

    Comment peut-on prétendre en France lutter contre les islamistes et les encourager en Syrie? Juppé et Sarkozy sont véritablement inconséquents sur ce dossier...

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Frédéric Pichon

Frédéric Pichon est diplômé d’arabe et de sciences-politiques. Docteur en histoire contemporaine,  spécialiste de la Syrie et des minorités, il est chercheur associé au sein de l'équipe EMAM de l'Université François Rabelais (Tours).

 Il est également l'auteur de "Syrie : pourquoi l'Occident s'est trompé" aux éditions du Rocher,  "Voyage chez les Chrétiens d'Orient", "Histoire et identité d'un village chrétien en Syrie" ainsi que "Géopolitique du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord".

Il anime en parallèle le site Les yeux sur la Syrie.

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