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De jeunes juifs orthodoxes refusent des femmes comme surveillantes d'examen: et il n’y aurait pas de problème avec la laïcité en France

Une cinquantaine de garçons venant d'une école privée juive et portant la kippa ont refusé d'être surveillés par deux femmes lors des épreuves du Brevet dans un collège de Seine-Saint-Denis.

Persona non grata

Publié le - Mis à jour le 17 Juillet 2013

Un rectificatif de cet article a été publié : Polémique sur de jeunes juifs orthodoxes qui auraient refusé des femmes comme surveillantes des épreuves du brevet en Seine-Saint-Denis : pourquoi ça ne s’est pas passé comme on vous l’a dit

On a appris que, dans un collège de Seine-Saint-Denis (1), semble-t-il même plus précisément au collège Pablo Neruda de Gagny, lors des épreuves du Brevet des collèges, qu’il s’est produit un événement qui a lui seul témoigne de l’état de crise de nos valeurs collectives.

Une cinquantaine de garçons portant la kippa sont installés pour l’épreuve, ils viennent d'une école privée juive. Il faut rappeler ici que l’interdiction du port de signes religieux ostensibles dans les collèges et lycées publics qu’a imposé la loi du 15 mars 2004 n'est pas de mise au cours des examens, comme le précise la circulaire d'application de cette loi.

Deux jeunes femmes sont censées surveiller ces garçons en kippa. Mais ceux-ci refusent d'être surveillés par des femmes durant les épreuves. L’administration de ce collège a sans doute été très embarrassée… Le responsable de leur établissement d'origine aurait même téléphoné à son collègue du public dans ce contexte. Un coup de téléphone dont l'existence a été évoquée par un professeur du collège de Gagny qui s'en est émue auprès de militants pro-laïcité mais que le principal de l'établissement religieux dément catégoriquement. Ce qui semble s'être produit en tous cas, c'est que les deux femmes aient bien été remplacées par deux hommes...

Le principe d’égalité, et particulièrement en ce qui concerne l’égalité entre hommes et femmes, inscrit à l’article premier de notre Constitution, ne vaudrait donc rien face aux exigences religieuses ? Ceux qui sont en charge de la responsabilité d’encadrer des épreuves dans un établissement public, de faire autorité en matière de respect des cadres dans l’école elle-même, cette fameuse école laïque conquise de haute lutte par la République, ne devraient rien céder sur les principes au lieu de laisser s’imposer ici des critères culturels et religieux dans le déroulement d'un examen.

Il est déjà bien regrettable que des élèves puissent, dans un établissement public, imposer lors d’examen leurs signes religieux qui ne sont pas neutres vis-à-vis d’un contenu des épreuves qui est d’un caractère relevant de connaissances scientifiques, au regard duquel on devrait pouvoir mettre de côté ses différences. On voit d’ailleurs où conduit cette tolérance finalement, tels que les signes ostensibles l’expriment comme objets relevant du sacré : au rejet de la loi commune, du droit positif.

C’est laisser accréditer l’idée chez certains que les droits de dieu sont supérieurs aux Droits de l’homme… Et avec quelles conséquences demain au bout de cette logique ? La laïcité est précisément le contraire de cela, c’est de porter au-dessus de nos différences le bien commun, l’intérêt général. Et on ne devrait accepter aucune dérogation à ce principe, seule façon de nous protéger contre ce genre de remise en cause catastrophique pour tous, croyants ou pas. C’est laisser mettre entre nous ces différences pour nous séparer, interdire tout mélange…

De plus, c'est la justification de la remise en cause de la mixité lors des examens, à travers le fait que des garçons ainsi regroupés puissent interdire à des femmes de les surveiller, une marche arrière toute de l'histoire.

L’école est au cœur des enjeux de la laïcité parce que c’est le lieu de diffusion des savoirs et de la formation du citoyen. L’école doit rester un lieu qui ne se voit imposer de l’extérieur ses règles et ses contenus, un véritable lieu de liberté d’accès à l’instruction. Laisser à l’entrée de l’école le poids de la tradition, de la religion, c’est la seule façon de donner à chaque enfant sa chance de pouvoir se construire sa propre liberté ; c’est bien de cela dont il est question, particulièrement pour les filles.

 
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Guylain Chevrier

Guylain Chevrier est docteur en histoire, enseignant , formateur et consultant.

Il est membre du groupe de réflexion sur la laïcité auprès du Haut conseil à l’intégration.

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