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Extra

Quand la sur-protection des joueurs de tennis français par le système
de formation finit par nuire
à leur mental !

Mais pourquoi les joueurs de tennis français semblent-ils si mous par rapport à leurs adversaires ? Pourquoi ne sont-ils pas motivés par la rage de vaincre ? Les réponses sont à chercher du côté de leur encadrement psychologique.

Mental d'acier...émoussé

Publié le - Mis à jour le 11 Juin 2012

Atlantico : Comment les préparateurs psychologiques motivent-ils et préparent-ils leurs sportifs avant une échéance importante. Comment éviter qu'ils ne se fassent happer mentalement par l'enjeu ?

Hubert Ripoll : Ce n’est pas vraiment une question de motivation. C'est une chose est de préparer quelqu’un toute une année et c'en est une autre est de le préparer pour un évènement précis. Il y a deux types de joueurs : celui qui est habitué à être confronté à ce type d’évènement et celui qui ne l’est pas.

Par exemple Rafael Nadal est bien plus habitué aux finales de Roland-Garros que Novak Djokovic.

Ainsi, quelqu’un comme Nadal va rentrer dans sa routine. En effet, chaque individu à une routine de préparation, certains ont besoin de s’exciter, d’autres ont besoin d’une décontraction maximum. Il y a des rituels et une façon d’y arriver qui sont primordiaux et quand vous êtes avec un sportif qui connaît bien son travail parce qu'il sait quel type d’évènement il va rencontrer, il faut le laisser faire, il doit trouver son rythme et ses routines. Ce qui est compliqué, c’est d’arriver à coacher quelqu’un qui n’a pas l’habitude de si grands enjeux. Prenez cette Italienne, Sara Erani, 20ème joueuse mondiale et qui se retrouve en finale à Roland-Garros.

Son coach doit réussir à la sécuriser, à lui faire peser le pour (ce qui se passe si je gagne) et le contre (ce qui se passe si je perds). Il lui faut éviter de dramatiser en revenant sur des notions de plaisir, c'est-à-dire, savoir retirer tout le positif de cette rencontre. Cela fait, il faut lui apprendre à gérer les moments de crise permanents. Il faut temporiser, gagner du temps, se reconcentrer, finir le jeu mal engagé et quand on arrive sur le nouveau jeu reprendre ses routines. Les joueurs doivent gérer tout cela afin qu’ils ne se brûlent pas sur le court.

La préparation est donc beaucoup plus complexe avec un sportif qui n’a pas eu l’habitude d’aller si loin dans une compétition. Sans nier l’importance du moment, il faut toutefois l’aider à dédramatiser l’enjeu. La positon de l’outsider peut être dramatique s’il veut à tout prix gagner, et très confortable s’il comprend qu’il est en train de jouer un coup qui a priori n’était pas gagné d’avance, et qu’il sait en tirer tout le plaisir. Les psychologues ont des tas de routines psychologiques qui s’accordent avec chaque moment de jeu. Toutefois, il y a des routines que le sportif acquiert tout seul, il ne faut surtout pas essayer de les lui retirer car elles l’équilibrent. Il faut donc combiner des routines psychologiques qui sont valables pour tout le monde et celles qui sont spécifiques au sportif. On ne peut pas préparer tout le monde comme Fédérer et Nadal.

On voit des sportifs qui ne lâchent rien même quand la situation semble désespérée. Prenez par exemple le quart de finale entre Novak Djokovic et Jo-Wolfried Tsonga. Le Français a eu à plusieurs reprises l'occasion de clore le match mais Novak s'est montré plus solide mentalement. Comment expliquer que certains sportifs réussissent à garder le cap ? 

Dans le cas de Jo-Wilfried Tsonga, ce n’était pas un moment de crise. Dans un premier temps, il avait en face de lui, un joueur exceptionnel pas seulement par son jeu mais parce qu’il est capable de renverser le jeu au moment critique. Souvent un match de cinq sets se joue sur environ trois ou quatre balles, statistiquement elles sont remportées par le joueur le plus mûr et celui avec le plus gros mental. Et dans cette rencontre-là c’était Djokovic.

 
Commentaires

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  • Par LSD - 10/06/2012 - 19:58 - Signaler un abus interessant

    article, le cocon fédéral n encourage effectivement pas a la rage de vaincre et le depassement de soi. En France les gens n ont pas assez faim mais ils ne sont egalement pas assez mis dans des conditions de concurrence,de compétition. De la a dire que c est propre au modèle socialiste appliqué au sport il n y a qu un pas..que j ose franchir

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Hubert Ripoll

Hubert Ripoll est psychologue du sport et essayiste. Il a travaillé auprès de plusieurs équipes de France et avec de nombreux champions olympiques et champions du monde. Il est aussi l'auteur de plusieurs ouvrages sur la psychologie des champions et des coachs sportifs. Il a publié Le mental des champions (Payot, 2008), Le mental des coachs (Payot, 2012), La résilience par le sport (Odile Jacob, 2016).

On peut retrouver l’ensemble de son travail et de ses analyses sur les blogs Le mental des champions, Le mental des coachs, La résilience par le sport.

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