Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Dimanche 21 Octobre 2018 | Créer un compte | Connexion
Extra

Surmenage, stress et autres burn-outs : ces risques que vous prenez si vous n’êtes pas encore partis en vacances cette année

La recherche scientifique a démontré les effets néfastes du surmenage et la nécessité de s'octroyer du repos dans l'année.

Congés bien mérités

Publié le
Surmenage, stress et autres burn-outs : ces risques que vous prenez si vous n’êtes pas encore partis en vacances cette année

 Crédit PHILIPPE HUGUEN / AFP

Atlantico : Les développements récents de la recherche semblent démontrer les effets du surmenage, et de la nécessité de s'octroyer du repos. Ainsi, une étude publiée en 2012, s'étalant sur une période de 50 années a pu montrer une augmentation de 80% des risques de maladie coronarienne, pour les deux sexes, pour les personnes travaillant plus de 10 heures par jour. Que sait-on aujourd’hui des dégâts médicaux potentiels relatifs au surmenage ?

 
François Baumann : Effectivement 10 heures par jour ça commence à faire beaucoup. Mais cette étude n'indique pas le nombre de jours travaillés. S'agit-il de trois jours par semaine? Une semaine complète? Est-ce sur toute l'année? Il manque quelques éléments. Mais globalement, ce nombre d'heures peut entraîner un surmenage oui. Le surmenage, ou de façon plus générale, le stress au travail est pourvoyeur de plusieurs pathologies. La reconnaissance relative du burn-out, montre que bien que l'épuisement au travail est un cas avéré.
Cela entraîne une fatigue chronique, qui apparait de façon aigüe dans un premier temps puis se transforme petit à petit en une fatigue chronique. Une autre pathologie commence aussi à apparaitre, le "brown-out", qui est au final un dérivé de ce surmenage au niveau physique. L'ensemble de ces différents troubles sont autant du au surmenage, qu'au stress excessif qu'il procure.   
 
Il existe une maladie au Japon, et dont on commence à parler en France, qui s'appelle le "Karochi". Ou plus simplement la mort au travail.  On parle de gens qui font tellement d'heures supplémentaires, 300 par mois, qui meurent sur leur lieu de travail. Ces décès ne sont pas d'origine cardiaque, mais d'une insuffisance surrénale aigüe qui devient chronique. Les glandes surrénales, les glandes du stress  où l'on trouve l'adrénaline, sont épuisées et ne permettent de faire face au stress et aux divers chocs et on en vient à mourir dans une sorte de coma.     
Tous ce qui va épuiser l'employé, par définition, agit comme une usure sur l'ensemble de l'organisme. Que ce soit les fonctions rénales, nerveuses, digestives…
 
Xavier Camby : Peut-être pouvons-nous d'abord rappeler ce qu'est le surmenage : est surmené celui ou celle qui ressent une profonde fatigue morale, psychique, intellectuelle et parfois physique (pour les sportifs, par exemple), suite à une activité trop intense, mais aussi à sa perception de cette activité. De nombreux troubles psychique ou du comportement résultent du surmenage (agressivité, impatience, crises de tristesse ou d'angoisse, crise de boulimie ou d'apathie...). Est en surmenage celui ou celle qui, pour une raison ou une autre, a cessé de se ménager, de doser ou de répartir son effort et de prendre soin de soi. Le travail n'est donc pas la seule causse de surmenage et de cette perception (erronée parfois, d'une surcharge d'activité). On voit des femmes au foyer surmenées, des retraités ou des enfants surmenés. Mêmes des chômeurs ! Et des travailleurs travaillant 6 jours sur 7, des 10 à 12 heures par jour, en pleine santé et en très heureuse forme.
 
Une vrai question : pourquoi se surmène-t-on ? Ou pourquoi acceptons-nous de nous surmener, de nous voir imposer cette contrainte objectivement empoisonnée qu'est le surmenage ?
 
Il existe mille situations différentes, mais tous les surmenés que j'ai pu rencontrer ont PEUR ! Non pas une peur réelle, objective et tangible. Mais une peur sans objet, sans matérialité, qu'on appelle l'angoisse et dont les effets sont dévastateurs. Les neuro-sciences sont en train de le démontrer : les somatisations infiniment variés dont nous souffrons sont d'origine émotionnelle négative. Que se soit au travail (peur de l'échec, peur du patron ou des syndicats, peur de manquer, peur des autres, peur du chômage) ou à la maison (peur de mal faire, peur de mal éduquer ses enfants, peur de perdre son conjoint) ou ailleurs, ceux qui acceptent -inconsciemment, le plus souvent- d'être surmenés ont peurs. 
 
Cette émotion négative, le plus souvent refoulée dans l'inconscient, fermente peu à peu et tricote malignement, dans notre psychisme comme dans notre biologie, beaucoup des troubles dont nous souffrons. Cela reste à inventer, mais je crois qu'on peut travailler 10 heures par jour, sans aucun stress -et sa dévastatrice, épuisante production de cortysol-, sans peur ni angoisse, sans l'abrutissement des tâches inutiles -mais qui rassure leurs commanditaires, eux-mêmes en panique. C'est le management du futur, pour ce qui concerne le travail, qui permettra une meilleure santé. Et la prévention des maladies coronariennes ou autres !
 

En 2012 encore, une autre étude (baptisée Whitehall II) indiquait qu'un travail quotidien dépassant 11 heures doublait la probabilité de connaître un épisode dépressif majeur. Que sait-on des risques du surmenage sur la santé mentale ?

 
François Baumann : Sur le plan psychique, on pense essentiellement au burn-out, qui effectivement donne des dépressions. Ou plus exactement des syndromes dépressifs, mais qui ne sont pas des dépressions typiques. Elles sont induites par le travail, elles n'arrivent pas de nulle part comme une maladie mentale, là il y a une cause. Et en connaissant la cause, on va réussir plus rapidement à modifier l'état dépressif. Mais la symptomatologie, la perte de sommeil, l'irritabilité, les crises de sommeil, de larmes, est à mettre sous le sceau commun de la dépression. L'impossibilité d'action est importante. On ne peut plus bouger !  
 
Xavier Camby : Il convient d'être assez prudent concernant les résultats d'études quantitatives qui voudraient se montrer prédictives : beaucoup d'erreurs majeures en matière de sciences médicales se fondent justement dans cette approche un peu trop exclusivement statistiques. Il est cependant incontestable -et de simple bon sens- que si l'on n'aime pas son travail, y être contraint à 70% de sa vie éveillée peut détériorer gravement et irrémédiablement la santé psychique ou mentale. Permettez-moi cependant, sans être aucunement médecin, mais en me fondant dans mon expérience de faire une distinction entre la dépression et le Burn-out. les symptômes sont identiques, mais les causes très différentes. Si le Burn-out, né du surmenage au travail est parfaitement rémissible (à condition d'être bien soigné), la dépression apparait de plus en plus comme une maladie grave, pour laquelle les guérisons définitive semble très rare. S'il peut l'invoquer souvent, le dépressif est rarement surmené car il n'aime pas travailler. A l'inverse du Burn-outé.
 

De plus, d'autres études ( http://pss.sagepub.com/content/23/10/1117 ), (http://aje.oxfordjournals.org/content/169/5/596.full) indiquent également que le surmenage conduirait également à un affaiblissement des capacités cognitives, alors qu'un temps de repos favoriserait la créativité. En quoi le repos peut-il être un atout pour le travail lui-même ?

 
François Baumann : Tout le monde sait qu'il y a une baisse de concentration considérable quand on travaille trop, trop longtemps. A l'image des récréations d'enfants, on devrait s'arrêter toutes les deux heures, que ce soit 15-20 minutes, pour  arrêter l'activité cérébrale tant que possible. Changer de thématique aussi, d'où la nécessité de prendre des vacances. La sieste aussi est importante. Souvent les gens dorment mal, et on l'a déjà dit, c'est l'un des premiers signes de la dépression. Certains pays scandinaves ont bien analysé cette situation,  et ont imposé un régime de sieste ou du moins d'arrêt plus complet.  Et quand on arrive à faire la sieste , 10 – 15 minutes maximum, on récupère nos capacités. Le sport peut compenser assez largement l'épuisement intellectuel aussi. Et si on se ménage des plages d'entraînement physique, on peut travailler plus longtemps et éviter les coronaropathies.
 
Xavier Camby : Là encore les neuro-science progressent très vite et attestent en effet que le repos d'une partie du cerveau -pendant le sommeil ou des moments intenses de perte de notion du temps, lorsque que par exemple nous sommes passionnés ou que nous sommes dans le plaisir- permet d'avantage la libre expression d'une autre partie, créative et intuitive. Ainsi donc, alterner des périodes de travail et de repos, de loisir et d'action, même sur un rythme soutenu, favorise l'invention et l'innovation. Là encore nos si belles et précieuses émotions -les grandes méprisées de la révolution rationaliste- nous sont essentielles lorsqu'elles sont positives et létales lorsque contraires. S'il y a beaucoup de neuroscientifiques que je voudrais honorer, dont Antonio Damasio, il convient peut-être de redorer le précieux travail de Paul McLean. Son approche systémique du fonctionnement du cerveau retrouve aujourd'hui toute son originale valeur, permettant d'échapper aux méandres des approches anatomiques, encore trop limitatives.
 
Pour finir, permettez-moi de vous parler d'une cause ignorée du surmenage "domestique" ou "laborieux", dont tous en civilisation occidentale, nous souffrons. Notre corps est programmé, en fonction de l'intensité lumineuse des jours, pour travailler ou se reposer. Travailler l'été et se reposer l'hiver, au gré des naturelles variations photoniques, Cependant et depuis plus de 2 siècles, nous vivons à l'envers de notre biologie : nous travaillons intensément l'hiver et nous nous reposons l'été. C'est idiot et très malsain. Pour la petite histoire, les grandes vacances d'été furent inventées afin de permettre aux enfants des campagnes d'aider leurs parents aux champs, pour l'intense travail des récoltes et des vendanges. Nous ne sommes plus une civilisation majoritairement agricole depuis des années. Mais nous conservons ce cycle anti-naturel et destructeur ! Je crois qu'il y a là une explication très rationnelle à de trop nombreux surmenages ! Un peu d'écologie humaine nous ferait beaucoup de bien.
 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par Anouman - 10/08/2018 - 20:18 - Signaler un abus Travail

    Il n'y en a pas tant que ça qui travaillent 10 heures par jour. Mais si on ajoute à la journée de travail les temps de transport (transports en commun merdiques ou embouteillages) ça fait plus de monde. Et dans tout ce petit monde il y en a quelques uns qui s'emmerdent vraiment au travail ou qu'on emmerde vraiment (les systèmes de management sont de plus en plus consternants et inefficaces de surcroît).

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Xavier Camby

Xavier Camby est l’auteur de 48 clés pour un management durable - Bien-être et performance, publié aux éditions Yves Briend Ed. Il dirige à Genève la société Essentiel Management qui intervient en Belgique, en France, au Québec et en Suisse. Il anime également le site Essentiel Management .

Voir la bio en entier

François Baumann

François Baumann est médecin généraliste, fondateur de la Société de Formation Thérapeutique du médecin Généraliste (SFTG). Intéressé par toutes les dimensions des Sciences Humaines et Sociales qui participent à une meilleure santé des hommes, il a publié de nombreux ouvrages sur ces thèmes. Il est également enseignant à l'Université Paris V et membre du comité Scientifique International de l'UNESCO (département de Bioéthique).

Il est auteur de Burn Out : quand le travail rend malade, paru aux éditions Josette Lyon. "Après le burn-out" sort en librairie le 30 septembre 2015. En janvier 2016, il publiera également "Le bore-out, quand l'ennui au travail rend malade".

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€