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SOS citrons verts : comment les cartels mexicains ont pris en otage les amateurs de Margarita

Le citron a beau être vert, il vaut de l'or comme n'importe quel lingot jaune. C'est du moins ce que semble penser le crime organisé puisqu'il se livre désormais à des razzias sur cette pépite du Mexique.

Narcocitrons

Publié le - Mis à jour le 10 Avril 2014
SOS citrons verts : comment les cartels mexicains ont pris en otage les amateurs de Margarita

Le prix du citron vert au Mexique a augmenté de 200 % depuis décembre.  Crédit wikipédia

Atlantico : Le prix du citron vert au Mexique a augmenté de 200 % depuis décembre. Le prix au kilo est passé à 4,50 €, soit plus cher que le salaire minimum mexicain. Parmi les raisons invoquées à cette hausse, une offensive du crime organisé contre cet agrume précieux pour l'économie mexicaine. Pourquoi les bandes organisées s'attaquent-elles aujourd'hui au citron vert ?

Alain Rodier : Le narcotrafic au Mexique est une économie dans l’économie. Les narcotrafiquants ne s’occupent donc pas uniquement de commercialiser de la drogue. Le Mexique de toute façon n’est pas un grand producteur de drogue, bien que cela se développe, c’est surtout un intermédiaire vers des pays comme les Etats-Unis ou même certains pays d’Europe. Les narcotrafiquants ne font que commercialiser la drogue qui vient entre autres du Pérou et de Colombie. Ils ne produisent pas, bien que ça soit en train de changer petit à petit.

Ceci étant dit, ils s’attaquent à toutes les activités criminelles possibles et imaginables, et en particulier les kidnappings, dont on parle très peu mais qui rapportent beaucoup d’argent, les attaques à main armée et le racket. Le cas du citron vert rentre dans ce domaine. Les organisations criminelles qui tiennent des régions ont pénétré de nombreuses entreprises, celles du pétrole jusqu’au petit commerce et l’agriculture, et notamment le citron vert.

S'attaquent-ils à d'autres denrées ?

Ils s’attaquent vraiment à tout, même à des choses très curieuses comme le fer qui est exporté vers la Chine. L’industrie du tourisme est également régulièrement visée. N’importe quel commerce, restaurant, etc. est racketté dès son ouverture. Pour en revenir au citron, il est produit principalement dans la province du Michoacan, donc le racket du citron vert ne concerne presque que cette région. Cette province est principalement dominée par les Chevaliers Templiers, une organisation qui ressemble à une secte et qui a pénétré l’économie du Michoacan. Ces Chevaliers dépendent d’un des deux grands camps criminels du Mexique. On a d’un côté le cartel de Sinaloa et de l’autre les Zetas. Les Chevaliers sont affiliés au cartel de Sinaloa, qui a fait parler de lui récemment étant donné que leur chef, El Chapo, a été arrêté. Il faut savoir qu’au Mexique, il y a une véritable guerre civile qui fait plus de morts qu’en Syrie. Les Chevaliers templiers dans le Michoacan sont combattus par les forces de sécurité et également par des vigilants. Il s’agit en fait de milices composées de propriétaires terriens, et notamment des citronniers, qui commencent à lutter contre les narcotrafiquants avec la bénédiction des forces de sécurité.

La drogue n'est-elle plus un revenu suffisant ?

Le revenu que procure la drogue est amplement suffisant. Les bandes organisées sont immensément riches. Ce n’est pas vraiment les villas et les voitures de luxe qui les intéressent, c’est surtout le pouvoir. La drogue reste le premier rapport d’argent mais il faut ajouter à cela tous les autres trafics, et notamment le trafic des êtres humains, qu’on fait passer de l’autre côté de la frontière américaine, puis qu’on exploite, et le trafic d’armes.

 
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Alain Rodier

Alain Rodier, ancien officier supérieur au sein des services de renseignement français, est directeur adjoint du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R). Il est particulièrement chargé de suivre le terrorisme d’origine islamique et la criminalité organisée.

Il est l’auteur en 2015 de "Grand angle sur les mafias" et de " Grand angle sur le terrorisme" aux éditions UPPR (uniquement en version électronique), en 2013 "le crime organisé du Canada à la Terre de feu", en 2012 "les triades, la menace occultée", ces deux ouvrages parus aux éditions du Rocher, en 2007 de "Iran : la prochaine guerre ?" et en 2006 de "Al-Qaida. Les connexions mondiales du terrorisme" aux éditions ellipse, Il a également participé à la rédaction de nombreux ouvrages collectifs dont le dernier "la face cachée des révolutions arabes" est paru chez ellipses en 2012. Il collabore depuis plus de dix ans à la revue RAIDS.

 

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