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Sommet social européen : pourquoi il est urgent que les chefs d’Etat de l’Union adoptent enfin des discours et des objectifs RÉALISTES

Dans une tribune, l'économiste Dani Rodrik rapporte les propos d'un dirigeant européen : "Nous accusons les populistes de formuler des promesses qu’ils ne peuvent tenir, mais nous ferions bien d’adresser cette critique à nous-mêmes". Un constat de lucidité face à des électeurs lassés des promesses non-tenues ?

Une question de réalisme

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Sommet social européen : pourquoi il est urgent que les chefs d’Etat de l’Union adoptent enfin des discours et des objectifs RÉALISTES

Atlantico : Ce vendredi 17 novembre s'ouvre le ​Sommet social de l’Union européenne, à Göteborg en Suède, notamment en présence d'Emmanuel Macron. Un sommet qui a notamment pour objectif de répondre à la problématique de la montée du populisme en Europe. Dans une tribune publiée par "project syndicate", l'économiste Dani Rodrik rapporte les propos d'un dirigeant européen en indiquant « Nous accusons les populistes de formuler des promesses qu’ils ne peuvent tenir, mais nous ferions bien d’adresser cette critique à nous-mêmes ».

 En quoi les dirigeants européens doivent-ils en effet accepter une telle réflexion entre les promesses de la construction européenne et la réalité du terrain en 2017 ?

Edouard Husson : La remarque de cet ancien ministre européen est lucide. L’européisme, version régionale du mondialisme, et le populisme sont des frères jumeaux: l’essor du Front National est exactement contemporain du ralliement du PS, en 1983, au programme centriste, libéral et européiste d’un Delors, qui ressemblait furieusement à la politique qu’avait menée Giscard. C’est à ce moment que droite et gauche de gouvernement sont devenues strictement interchangeables. Et le Front National s’est installé dans un droite-gauche populiste qui répondait exactement au centrisme au pouvoir. Lorsque Jean-Marie Le Pen dit en 2002, dans l’entre-deux-tours, « je suis économiquement de droite, socialement de gauche et nationalement de France », cela fait curieusement écho au triptyque giscardien, réduit à l’échelle française; c’est la France contre l’Europe. Mais, en politique, affirmer « je veux l’Europe » ou « je veux la France » ne veut strictement rien dire. C’est comme dire « je veux le beau temps » ou « je suis contre la maladie ». De quelle Europe, de quelle France parlez-vous? Au jeu populisme contre mondialisme, le mondialisme l’emporte parce qu’il tient les leviers du pouvoir et a plus d’argent. Mais les électeurs renvoient de plus en plus dos à dos populisme et mondialisme dans la mesure où les deux nous privent de ce qui fait vivre la démocratie: un débat entre une droite et une gauche. De quelle Europe? De quelle France parlons-nous? Si le débat entre droite et gauche disparaît, alors nous avons une opposition classe contre classe; les riches l’emportent sur les pauvres tandis que les classes moyennes s’évaporent et la démocratie s’étiole.

​En partant d'un tel constat, quelles seraient les propositions, sur un terrain économique et social, qui pourraient apparaître réalistes​, et ainsi en finir avec des promesses intenables par les gouvernements ? Au regard de la configuration actuelle de l'ensemble, et des jeux de pouvoirs européens, quelles sont les réformes envisageables sur ces questions ?

Par définition, la politique est l’art de choisir entre plusieurs possibilités d’organisation. Le grand politique identifie un levier, qui lui permettra de mettre en mouvement la société de manière rapide et décisive. Pardonnez-moi cette évidence mais les grands politiques sont rares car il faut des hommes et des femmes qui sachent à la fois voir loin et se concentrer, en même temps, sur les  détails qui leur permettront de débloquer des situations. Tenir les deux bouts n’est possible que si l’on a du caractère, du courage politique. Pour être politique, il faut accepter le débat, la joute; il faut assumer clivage, mise à distance. La politique vit du débat entre une droite et une gauche. La France, l’Europe, s’étiolent parce qu’on y voit aucun débat politique. Macron est l’homme du « en même temps ». Angela Merkel n’a cessé de répété « Il ‘y a pas d’alternative ». Réconcilier les peuples avec l’Europe ne dépend pas de la capacité à « faire peuple » des dirigeants. Lorsque Giscard est allé « dîner chez l’habitant » ou a invité des éboueurs au petit déjeuner à l’Elysée, cela ne lui a rapporté aucune voix; cela a même dû lui en faire perdre. Regardez Sarkozy; je me souviens d’un de ses amis d’adolescence racontant en s’amusant: « pendant longtemps, Nicolas ne connaissait que deux lieux en France, Neuilly et Saint-Tropez - peut-être trois avec la station-service à mi-chemin. »; et pourtant Sarkozy a su parler à la France tant qu’il a assumé d’être de droite et proposé des politiques tranchées. Mais, très vite, Sarkozy s’est « giscardisé »: il a pratiqué « l’ouverture »; il a accepté le Traité de Lisbonne; et il est devenu de plus en plus « franco-allemand ». Aujourd’hui, l’enjeu pour l’Europe, c’est que la France mette l’Allemagne au pied du mur: refaire Schengen; avoir une autre lecture du traité d’Union Monétaire, qui implique une politique de change active etc....

Toujours selon Dani Rodrik  "il est naturel que les électeurs se lassent des promesses qu’ils formulent, et qu’ils se laissent séduire par des candidats de l’antisystème, dont ils peuvent raisonnablement attendre un changement par rapport aux politiques habituelles". D'un point de vue politique, comment permettre une reprise de contact entre les populations et un tel projet européen "réaliste" ?

Les élites doivent tout faire pour organiser un débat en leur sein. Il est bon qu’il y ait des libéraux. Il est dommage qu’en face d’eux on ne trouve pas plus de conservateurs. La seule façon qu’aurait la droite française de déstabiliser Macron, c’est de développer un programme conservateur au sens britannique du terme. Personne n’est contre la paix et la prospérité mondiale; personne n’imagine une nouvelle guerre européenne; eh bien, justement, au nom du bien commun - du « Commonwealth »! - il est urgent d’opposer à la politique de Monsieur Macron: 1. Une renégociation de Schengen. 2. L’instauration d’une politique de change active de la zone euro 3. Une politique d’investissement massif, privé comme public, dans l’éducation et la recherche 4. Une politique de soutien aux familles. 5. L’instauration de la souveraineté des Français et des Européens sur les données numériques etc.... Sur chacun de ces dossiers, on voit bien comme le verrouillage des débats par les institutions européennes et le consensus merkelien peut être un obstacle. Tant mieux: il y aura débat; la France réapprendra à exiger la défense de ses intérêts en Europe; il y aura peut-être même cassure avec les partenaires sur tel ou tel point. Il faut être prêt à l’assumer. Et qu’on ne nous raconte pas qu’une nouvelle politique de la chaise vide mettrait en danger l’Europe! Au contraire, c’est la seule façon de la sauver. Il ne s’agit pas, d’ailleurs, de chaise vide! Angela Merkel ou un autre chancelier allemand si cette dernière ne réussissait pas à construire de coalition, arriveront profondément affaiblis par les dernières élections allemandes. La France a la chance d’avoir un président fort au moment où la chancelière est très affaiblie. Il est grand temps de restaurer politique et débat au sein des institutions européennes. C’est d’ailleurs à cette occasion que nous allons voir si notre président est vraiment fort.

 
Commentaires

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  • Par Deudeuche - 17/11/2017 - 10:02 - Signaler un abus Wishful thinking

    Si ma tante en avait...

  • Par vangog - 17/11/2017 - 10:24 - Signaler un abus Ça veut dire quoi « populiste »?...

    Ah oui! « Proche des aspirations du peuple »...et « anti populiste »?...ben, « éloigné des aspirations du peuple ». Existe-t-il des gouvernements populistes pour corroborer l’accusation « formuler des promesses qu’ils n’en peuvent pas tenir »?...non! Existe-t-il des gouvernements anti-populistes pour corroborer l’accusation « formuler des promesses qu’ils n’en peuvent pas tenir »?...oui! cqfd...

  • Par kelenborn - 17/11/2017 - 11:14 - Signaler un abus Ahhh

    Moi qui n'ai pas besoin de démontrer que je suis mauvais public, je dois dire que je lis chaque phrase de Husson avec délice! Bon Dieu!!! Ici on n'est pas sur Causeur, au moins! Juste une remarque: quand Husson énonce ce que devrait être un programme "conservateur à la britannique" , je ne vois pas en quoi c'est conservateur: les axes qu'il propose sont marqués au coin du bon sens ( j'y aurais ajouté- mais il est implicite- la mise hors la loi du principe de précaution) et ils auraient du être défendus par une sociale-démocratie qui n'aurait pas tahii les idéaux du peuple. J'insiste sur ce point: ce ne sont pas les conservateurs (quelles que soient leurs qualités) qui sont les défenseurs du peuple entendu comme Tiers-Etat, c'est la gauche et elle a failli au delà de ce qui pouvait être imaginé de honte!

  • Par Ganesha - 17/11/2017 - 12:43 - Signaler un abus Thérésa May

    Je pense que par ''conservateur britannique'', mr. Husson veut dire, ce qui semble actuellement être le programme de Thérésa May. Les articles de ce chroniqueur sont une oasis de fraîcheur dans la pourriture de la propagande capitaliste libérale de ce site...

  • Par kelenborn - 17/11/2017 - 12:49 - Signaler un abus OUI

    Oui je crois: Theresa May a parfaitement compris que le problème du pays est qu'il était désindustrialisé!!! et sortir de cette ornière suppose des investissements publics et privés conséquents et de larguer les marres avec lla perspective de sous-développement durable offerte par l'Europe La France est dans une situation identique: l'industrie ne représente plus que 15 % du PIB et l'agriculture 2 % Or ce sont les deux secteurs exportateurs!!! CQFD! Même pb aux USA et Trump a très bien saisi!

  • Par J'accuse - 17/11/2017 - 16:23 - Signaler un abus La politique, c'est l'art de... duper les peuples

    Que croyez-vous qu'il va sortir de ce sommet ? Tout le monde le sait: des promesses et des vœux pieux, comme toujours. Répondre à la montée des populismes ? Ça ne fera que les amplifier. De toutes façons, ils ne savent rien faire d'autres que dénoncer ce qu'ils appellent les populismes pour se dédouaner d'être des incapables. S'ils savaient être efficaces, ça se saurait depuis longtemps.

  • Par Anouman - 17/11/2017 - 19:27 - Signaler un abus Bien

    Moi je crois que la droite va d'abord se trouver un chef, et quand elle l'aura, une partie de cette droite essaiera de le flinguer pour prendre sa place. Mais je peux me tromper.

  • Par Deneziere - 17/11/2017 - 21:11 - Signaler un abus Je me gausse

    Il est plutôt savoureux de voir certains commentateurs, qui d’habitude conchient Filllon, mouiller leurs petites culottes devant cet article - très bon au demeurant - qui énonce des propositions dont celles de Fillon étaient les plus proches lors de la campagne du premier tour.

  • Par kelenborn - 17/11/2017 - 22:29 - Signaler un abus Denezière

    C'est un peu ennuyeux parce que Fillon étant un exemple de celui qui fait le contraire de ce qu'il dit: parangon d'honnêteté à l'entendre mais ripoux jusqu'à la moelle, sévère avec l'islam mais adorant inaugurer les mosquées ( Sarko ne dit-il pas de lui: il n'a qu'à venir au conseil des ministres avec son tapis de prière et ses babouches) Fillon le preux chevalier qui a bouffé son slip pendant cinq ans à Matignon: bref la réincarnation de Tartuffe en moins drôle mais , il est vrai, sans qu'on ait à payer l'entrée ce qui est bien puisqu'il est sorti avant la fin de la pièce: j'arrête parce que je vais faire du Marcel Prout, ce qui est le domaine réservé de Debout la classe!

  • Par Ganesha - 18/11/2017 - 07:42 - Signaler un abus Deneziere, comique au 1er ou second degré ?

    Question d'humeur... Quand mr. Husson nous présente sa proposition n°2 : ''L’instauration d’une politique de change active de la zone euro'', que veut-il dire exactement ? Ce sont ''les marchés'' qui décident des taux de change entre le dollar, l'euro et la monnaie chinoise. L'idée que mr. Husson veut donc exprimer, c'est que les nations européennes devraient adopter la proposition de Marine Le Pen au second tour : le retour à une forme améliorée de ''serpent monétaire''. On peut donc trouver, selon son humeur, rigolo ou pathétique quand ''Deneziere'' écrit que c'était ''quasi exactement les propositions de François Fillon'' ! Ensuite vient la proposition n° 3 de mr. Husson : '''Politique d’investissement massif, privé comme PUBLIC''. Pour ceux qui comprennent le français, cela veut dire creusement du déficit budgétaire ! Mais, là aussi, notre ami Denezière, qui est décidément ''complètement bouché'', s'écrie : ''C'est exactement ce que proposait Fillon'' !

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Edouard Husson

Edouard Husson est historien. Ancien vice-chancelier des universités de Paris, ancien directeur général d'Escp Europe, il a fait ses études à l'Ecole normale supérieure et à Paris Sorbonne, dont il est docteur en Histoire. Edouard Husson a été chercheur à l'Institut für Zeitgeschichte de Munich (1999-2001) et chercheur invité au Center For Advanced Holocaust Studies de Washington (en 2005 et 2006). Il a également été fait docteur honoris causa de l'Académie de Philosophie du Brésil (Rio de Janeiro) pour l'ensemble de ses travaux sur l'histoire de la Shoah.

Il est aussi vice-président de l'université Paris Sciences et Lettres (www.univ-psl.fr)

 

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