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Six choses sur lesquelles on a tout intérêt à mentir (ou pas) dans un entretien d'embauche

C'est un vilain défaut, et pourtant : les mensonges les plus fréquents ont lieu lors des entretiens d'embauche... Parfois à raison ! Voici six questions essentielles sur lesquelles vous devez bien réfléchir avant de choisir comment y répondre.

Centre d'intérêt :"boire des bières"

Publié le - Mis à jour le 15 Février 2016
Six choses sur lesquelles on a tout intérêt à mentir (ou pas) dans un entretien d'embauche

Comme je l’évoque dans mon livre "Mentir, pour mieux vivre ensemble ? Psychologie du mensonge" (éd l’Archipel), nombre de manuels dédiés à la rédaction de CV et la préparation d’entretiens d’embauche encouragent à mentir, sous prétexte que tout le monde ment. Si bien que tout recruteur ou chasseur de tête sait que nous mentons, alors que peut-être nous disons la vérité ! Aussi comment faire la différence ?

Car les études démontrent que trouver un emploi et maintenir son poste sollicitent les mensonges les plus fréquents, après les mensonges auprès sa famille. Il me semble important de manier un "soupçon" de mensonge par omission autant que la vérité, afin d’atteindre ce fameux sésame qui est l’entretien, où l’on pourra se présenter, et, à travers une rencontre, montrer et dévoiler qui nous sommes et en faire un atout.

1. Ne pas mentionner sur votre CV toutes vos expériences, et pas les expériences négatives, seulement les positives.

Même si le gouvernement va mettre en place des mesures afin de repérer les faux diplômes et autres... un CV doit permettre d’identifier les expériences les plus significatives d’un parcours progressif et évolutif.

Aussi, une expérience négative peut-être décrite en montrant l’apport positif acquis à ce jour. L’entretien le permet davantage, d’autant plus à travers des questions type "quelles sont vos 3 qualités et vos 3 défauts ?".

Je conseille de les lister chez soi, sans tabou, et de travailler sur ces sujets afin de montrer ensuite comment une qualité peut devenir un défaut et inversement. Cela montrera notre propre propension à l’introspection, à nous connaître, et à pouvoir maîtriser, moduler et laisser s’exprimer dans un bien-vivre ensemble une personnalité qui fait la richesse d’une équipe.

2. Ne pas dire que vous "aimiez tout le monde dans votre ancienne équipe".

Il est évident que l’on ne peut pas aimer tout le monde, comme nous ne pouvons être aimés de tout un chacun, et selon des degrés divers. Le monde de l’entreprise n’est pas celui des Bisounours. Il serait jugé comme naïf d’avoir aimé tout le monde.

Mais chaque rencontre nous apprend sur ce que nous sommes et ne sommes pas. Or chaque rencontre nous apporte. Aussi, il peut être intéressant de préciser 1 ou 2 personnes, 1 ou 2 rencontres qui ont eu de l’importance dans le cadre de la formation et de l’évolution professionnelle.

Qu’ai-je appris ? Mais aussi, qu’ai-je transmis ?

3. Ne pas mentionnez vos vrais centres d'intérêt s'ils ne correspondent pas au profil recherché (exemple : boire des bières avec vos copains, regarder 10 épisodes d'une série de suite, ect).

Toutes les entreprises jettent un œil aux réseaux sociaux... et portent un regard juste sur notre vie et nos centres d’intérêts. Inutile de tricher.Trop calquer à un stéréotype lié à l’entreprise et sa culture reviendrait à se présenter tel un clône. Et ne vivre que dans la culture pourrait être jugé que comme une non-vie en dehors le travail.

Un individu est une personnalité et un ensemble de centres d’intérêts. La diversité apporte beaucoup à l’entreprise, en terme de réflexions, de créativité, de savoir-faire, de réseau... Lors d’un entretien, le recruteur souhaite savoir qui il a en face de lui.

4. Encenser votre ancien patron.

Un patron n’est ni un mentor ni un dieu vivant. L’amour et la haine se conjuguent. La passion détruit. Je pense que ces mots suffisent à mesurer les excès quant à encenser son ancien patron.

Aussi, je pense que livrer avec son cœur et ses ressentis les qualités et défauts de son ancien patron revient à se livrer également sur qui nous sommes.

Sur ce qui a pu nous plaire et nous déplaire, mais finalement après réflexion, après s’être "cognés" à une telle personnalité, faire en sorte que nous sommes nous-même.

Parler de l’autre, c’est parler de soi.

5. Dire qu'on postule à ce poste car cette offre paraissait trop géniale pour y résister.

Nous ne pouvons pas cacher l’enthousiasme face à un poste qui nous semble nous correspondre.

Il est important de rappeler l’alliance qui existe entre le plaisir du travail et le travail du plaisir.

Pourquoi cacher notre désir, bien évidemment sans en faire le rêve d’une vie ?

La mesure est gage d’un équilibre psychique et professionnel, à la hauteur d’un futur investissement professionnel en lien avec le plaisir de se lever et prendre du plaisir à aller au travail. C’est un luxe dans notre société actuelle.

6. Partager sa réelle plus grande faiblesse.

A nouveau, lors d’un recrutement, ce n’est pas la faiblesse qui sera discriminatoire. C’est l’incapacité à l’avoir identifiée et la difficulté à la dépasser. Nous avons tous nos points faibles et une faiblesse particulière. Avons-nous peur de la dévoiler craignant qu’elle se transforme en arme contre nous ? En avoir conscience nous en préserve.

Dans les toutes premières minutes, nous savons à qui nous avons affaire. Cela est un reste de notre cerveau reptilien qui rapidement discerne confiance ou méfiance. Je n’ai pas connu un seul DRH qui ne se fiait pas à ses ressentis plutôt que CV, tests, entretiens... qui ne viennent qu’étayer ce qu’un recruteur ressent immédiatement.

Le cerveau s’emballe, les racines conscientes et inconscientes observent, testent, évaluent... Aussi, je pense qu’il ne faut pas oublier que le but d’un entretien reste de dire à son interlocuteur que l’on est la personne à recruter.

Personne n’est parfait. Tout le monde a à apprendre, à s’adapter, à se remettre en question. Toute capacité évolutive, sur un socle de compétences reconnues, sera privilégiée lors d’un recrutement, au détriment d’un caméléon dont la personnalité fera surface au fil du temps et auquel ne sera pas oublié le mensonge. Or, toute société condamne le mensonge.

CONCLUSION : Un entretien réussi, c’est celui où l’on est soi-même, dans la connaissance et la diffusion de cette connaissance de soi, dans un désir d'amélioration, bénéficiant de nos compétences, dans un environnement que nous ne connaissons pas, auquel nous devrons nous adapter, pour continuer à apprendre, à apporter, et à transmettre.

Toute entreprise recherche les compétences et une personne qui connaît ses limites du mensonge : le futur embauché qui ne se ment pas à lui-même.

 
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Pascal Neveu

Pascal Neveu est directeur de l'Institut de Psychanalyse Active (IPA) et secrétaire général du Conseil Supérieur De la Psychanalyse Active (CSDPA). Il est responsable national de la cellule de soutien psychologique au sein de l’Œuvre des Pupilles Orphelins des Sapeurs-Pompiers de France (ODP).

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