Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Jeudi 23 Octobre 2014 | Créer un compte | Connexion
Extra

Sans la menace d'une banqueroute, les banques feront toujours n'importe quoi

Pour Steve Ohana, la meilleure manière de moraliser le système financier est de rendre crédible la possibilité de faillite pour les institutions financières insolvables. Extraits de "Regards sur un XXIe siècle en mouvement" (1/2).

La carotte et le bâton

Publié le - Mis à jour le 4 Septembre 2012

Ce chapitre a été écrit par Steve Ohana

Un des principes fondateurs du capitalisme est que toute personne ou organisation est responsable des conséquences (positives ou négatives) de ce qu’elle entreprend. Or, l’architecture actuelle du système financier a remplacé ce principe par la règle du « pile je gagne, face tu perds » à tous les étages du système.

Le premier dévoiement se situe au niveau de la structure des incitations financières. Les rémunérations des traders, des intermédiaires financiers, des gérants de fonds et des dirigeants de banque sont presque toujours indexées sur des mesures de performance de court terme.

Elles incitent donc à bâtir (ou à recommander) des stratégies comportant une probabilité forte de gains à court terme et un risque plus faible de lourdes pertes à plus long terme, avec des externalités parfois très importantes sur l’économie.

L’aléa moral est également favorisé par le système de garantie implicite offert par le contribuable à l’ensemble du système financier. Devenues explicites lors de la faillite des systèmes bancaires américain puis européen à partir de 2008, ces garanties sont alors apparues extrêmement lourdes à porter pour le contribuable. À titre d’exemple, en novembre 2010, l’État irlandais s’est vu octroyer par
l’Union européenne et le FMI un prêt d’urgence de 85 milliards pour renflouer ses banques, une somme équivalente à la moitié du PIB irlandais. L’augmentation disproportionnée de la taille des établissements financiers a été notamment permise par l’essor spectaculaire du marché du financement à court terme, grâce auquel les banques ont pu s’affranchir du financement traditionnel par dépôt pour emprunter à très court terme directement sur les marchés.

[...]

La manière la plus simple et la plus efficace pour moraliser le système est de rendre crédible la possibilité de faillite pour les institutions financières insolvables.

Pour cela, le régulateur doit revenir au Glass-Steagall Act (aboli en 1999) et à établir très clairement la frontière entre le secteur financier régulé (faisant l’objet de garanties) et le secteur financier non régulé (autorisé de manière crédible à faire défaut). Pour le premier, il s’agira exclusivement de banques de dépôt et d’assureurs participant au financement direct du tissu économique (PME et particuliers notamment). Ces établissements régulés ne seront pas autorisés à se livrer à des activités de marché ni même à s’y financer. Ils seront financés exclusivement par les dépôts de leurs clients et ne seront pas autorisés à nouer des transactions de gré avec gré avec les établissements du secteur non régulé. Les rémunérations variables y seront plafonnées et l’État siégera au conseil d’administration et au comité de rémunération. Ces banques seront soumises à des exigences de fonds propres beaucoup plus strictes qu’aujourd’hui, ne découlant plus de modèles statistiques mais d’une décision politique rendue lisible et transparente pour le citoyen. La rentabilité des fonds propres y sera considérée comme un indicateur de performance parmi d’autres. Un mécanisme contra-cyclique relèvera les exigences de fonds propres à mesure que les signes de bulle sur les prix des actifs (immobilier notamment) deviennent manifestes (voir plus bas pour la caractérisation des bulles). Il n’y aura plus la possibilité de titriser les prêts, ni de les loger dans des véhicules off shore non régulés. Le financement en dernier ressort par la banque centrale pourrait intervenir en cas de faillite mais serait accompagné de contreparties : renvoi du management en place, prise de contrôle par l’État, interdiction de verser bonus et dividendes pendant une période donnée…

À côté des banques de dépôt et des assureurs existeraient des banques d’investissement et des fonds, non garantis par le contribuable, et capables de faire défaut sans conséquence néfaste pour le citoyen. Les activités des banques d’investissement seront hermétiquement séparées entre d’un côté, le conseil à la clientèle (sur l’investissement, la couverture des risques, etc.) et de l’autre, les fonctions de flux (courtage par exemple) pour éviter les conflits d’intérêt. Le conseil financier sera rémunéré de manière indépendante des transactions sur lesquelles il peut éventuellement déboucher pour garantir son indépendance. Les fonds d’investissement sont chargés d’investir l’épargne de leurs clients sans aucune garantie sur le capital investi.

Ont participé à l'ouvrage : Clémence Aubert ; Nicolas Aubouin ; Adil Bami ; Yoann Bazin ; Julien Billion ; Ana Colovic ; Thibault Duchêne ; Frédéric Farah ; Aymeric François ; Héger Gabteni ; Nicolas Gardères ; Anna Glaser ; Serge Guérin ; Jean-Max Koskievic ; Emmanuel Kujawski ; Olivier Lamotte ; Alexandre Le Chaffotec ; Vincent Levrault ; Halim Madi ; Steve Ohana ; Thomas Péran ; Simon Porcher ; Thomas Porcher ; Christophe Schalck ; Benjamin Silverston ; Stephan Silvestre ; Jean-Paul Susini ; Julien Tarby ; Jérôme Villion.

______________________________________________

Extrait de "Regards sur un XXIe siècle en mouvement" chez les éditions Ellipses (août 2012)

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par ghislfa - 01/09/2012 - 10:44 - Signaler un abus L'idée de Jacques Cheminade

    est de mettre le système bancaire en redressement judiciaire afin de faire le tri entre les "bonnes" et les "mauvaises" créances et obliger les responsables à faire face à leurs responsabilités.. Je ne suis pas un fan de cet homme mais cette idée est excellente. Les bonnes créances sont celles qui concourent à développer l'activité économique réelle. Les créances spéculatives doivent être purement et simplement annulées. Çà dégagera quelques milliards de milliards qu'on utilisera de façon plus fructueuse.

  • Par vangog - 01/09/2012 - 14:11 - Signaler un abus Assez d'accord avec Thomas!

    Il leur faut un garde-fous à ces financiers, genre permis à points .

  • Par sbgf43 - 01/09/2012 - 18:08 - Signaler un abus Dette..????

    Et si l'on arrêtait de rembourser les intérêts de la dette.....voir même a renégocier une réduction comme la Grèce.???

  • Par Gégé Foufou - 02/09/2012 - 08:28 - Signaler un abus EVIDENCE

    Je ne comprend pas "les marchés" qui espèrent que nos pays Européeens remboursent un jour leurs dettes. l y en a pas un qui aura le courage de leur faire un bras d'honneur. oui, ils se contentent du paiement des intéret qui sont plus interressants que le capital lui même. Et bien d'accord vc sbgf43, arrêtons aussi de payer les intêrets et on verra bien, la gueule dans le mur demain ou dans un ou 2 ans c'est kif kif

  • Par Ganesha - 02/09/2012 - 09:15 - Signaler un abus Emprunts Russes

    En 1917, les "emprunts russes" étaient de jolis papiers décorés... Lorsqu'on fermera définitivement les Bourses, il y aura quelques ordinateurs à vendre d'occasion !

  • Par Atlante13 - 02/09/2012 - 09:21 - Signaler un abus Loi Universelle

    Entièrement d'accord. Et de plus, j'ajouterais que c'est valable dans tous les domaines. Mais comment voulez-vous rendre responsables les banques quand nos élus, nos juges, nos hommes d'affaires, nos "intellectuels", bref notre société toute entière plaide pour l'irresponsabilité?

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Thomas Porcher

Thomas Porcher est Docteur en économie, professeur en marché des matières premières à l'ESG-MS et chargé de cours à l'université Paris-Descartes.

Son dernier livre est Le mirage du gaz de schiste (Max Milo Editions, mai 2013).

Il a coordonné l’ouvrage collectif Regards sur un XXI siècle en mouvement (Ellipses, aout 2012) préfacé par Jacques Attali.

Il est également l'auteur de "l'indécence précède l'essence" ed. Max Milo sortie le 9 février 2012.

Voir la bio en entier

En savoir plus
Je m'abonne
à partir de 4,90€