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Sanctions contre la Pologne : Bruxelles vient-elle de faire sonner l’heure de vérité pour l’Europe ?

C'est une décision sans précédent : mercredi, la Commission européenne a déclenché, l’article 7 du traité de l’UE, encore jamais utilisé, estimant qu’"il y a un risque clair d’une violation grave de l’Etat de droit en Pologne". Et les conséquences pourraient être lourdes.

Pour qui sonne le glas

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Sanctions contre la Pologne : Bruxelles vient-elle de faire sonner l’heure de vérité pour l’Europe ?

Atlantico : Au lendemain de la rencontre entre le nouveau Chancelier autrichien, Sebastian Kurz, et Jean Claude Juncker, qui a pu provoquer quelques "grincements de dents" en Europe, la Commission européenne a choisi de déclencher, ce 20 décembre, l'article 7 du traité de l'UE, en raison des risques de violation grave de l'Etat de droit en Pologne. Alors que la mise en place de sanctions effectives suppose l'unanimité des membres, et que la Hongrie s'y est d'ores et déjà opposée, quels sont les moyens dont dispose la Commission pour ne pas en rester au stade verbal ?

Rémi Bourgeot : Dans le contexte politique actuel, et notamment avec le positionnement de la Hongrie, la Commission ne dispose pas de véritables moyens pour contraindre le gouvernement polonais. On évoque un conditionnement des aides structurelles au respect des décisions et des valeurs de l’UE. Cela reste floue et difficilement praticable mais, surtout, cela ne pourrait qu’enclencher un cycle de surenchères. La réforme polonaise du système judiciaire pose problème, cela ne fait guère de doute. Il convient néanmoins de s’interroger sur le sens et les conséquences de l’interventionnisme de la Commission. Le débat sur ces réformes existe en Pologne, et même jusqu’au sein des milieux du PiS, le parti populiste au pouvoir, puisque le Président Andrzej Duda avait lui-même mis son véto, de façon tout à fait inhabituelle, à certaines de ces lois l’été dernier.

La Commission bénéficie du soutien peu impliqué de la plupart des dirigeants d’Europe de l’Ouest, mais on peut douter de la volonté des gouvernements européens de monter au créneau et d’engager un véritable bras de fer avec Varsovie. Angela Merkel a affirmé son soutien à la Commission, tout comme Emmanuel Macron, mais les relations étant déjà exécrables entre Berlin et Varsovie, on avait vu la Chancelière en retrait en août dernier lorsqu’Emmanuel Macron avait tenu des propos incendiaires sur la Pologne, dans un contexte de confrontation sur le travail détaché mais en s’emportant bien au-delà de ce dossier sur la question des valeurs. La Pologne comme tout le « groupe de Višegrad » dans son ensemble a fait l’objet d’une très forte intégration économique avec l’Allemagne, devenant une sorte d’arrière-cour manufacturière de l’appareil industriel allemand depuis les années 1990. D’un côté les liens économiques sont très étroits, sur la base d’un gigantesque réseau de sous-traitance, et de l’autre, on voit un rejet très fort partout en Europe centrale de la centralisation européenne à Bruxelles et Berlin. Comme souvent on a essayé de diviser ces pays entre bons et mauvais élèves de l’intégration européenne mais cette dichotomie artificielle ne tient pas l’épreuve des faits, comme en a témoigné la récente victoire d’un autre parti populiste en République tchèque. L’évolution politique de l’Europe centrale vient, malgré le phénoménal rattrapage économique de la région, invalider une vision économiciste et politiquement idéaliste.

 
Commentaires

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  • Par Borgowrio - 21/12/2017 - 08:52 - Signaler un abus Pas de réponse de l'Europe à l'urgence de la situation

    L'Europe par la voix de ce chroniqueur , se donne une apparence d'autorité . Elle ne pourra qu'envenimer la situation . La Pologne est la partie visible de l' iceberg . Déjà 12 pays européens ont basculé dans ce que la gauche européenne appelle l'extrême droite . Déni de démocratie . Le peuple polonais a voté pour un programme , il est appliqué , n'en déplaise à ceux qui se nomment eux même "progressistes " et qui ne sont que les fossoyeurs de L'UE

  • Par Anguerrand - 21/12/2017 - 09:44 - Signaler un abus Jamais l'avis des français n'a été pris en compte

    Depuis des décennies, nos politiques ont décidé pour nous que nous devions devenir une société multiraciale. Pas un seul référendum n'a jamais été organisé pour nous imposer les 13,5 millions de musulmans dont la plus grande partie est devenue française ou pire double nationalité. Cette minorité veut la transformation de notre société à leur image et avec l'aide de nos juges gauchistes y parvient très bien. Jusqu'où ? Il est certain que meme actuellement un référendum obtiendrait un énorme NON à l'immigration et à ce qu'elle exige de nous. De quel droit nous imposent- on un changement de societe sans notre accord ? De quel droit accepte t on ces immigrés il n'y a pas que l'Europe a islamiser, il y a des pays où l'islam existe déjà, mais pourquoi ces pays n'en veulent pas ? Qu'à fait le FN à part des discours, il avait la possibilité soi d'organiser un grande manif ou d'organiser, soi legalement un référendum ?

  • Par philippe de commynes - 21/12/2017 - 09:56 - Signaler un abus Qui t'a élu commissaire européen Timmermans ?

    Pour que tu puisses faire la leçon à un gouvernement démocratiquement élu et qui s'il devait y avoir aujourd'hui des élections généralisées à travers toute l'europe serait l'un des gouvernements les plus confortablement réélus ? " En effet, il est incompréhensible pour la Pologne qu'un commissaire européen nommé et non élu, en l'occurrence M. Timmermans, dont le parti a été désavoué dans son propre pays et qui ne représente plus que 5,7 % des voix, condamne, sans procès, un gouvernement élu confortablement et qui est au plus haut dans le sondage. Et tout cela parce que le gouvernement polonais veut mettre à la retraite d'office des juges de l'ancien régime communiste et réformer un système judiciaire qui s'auto-contrôle, telle qu'on peut l'imaginer dans une technocratie et non une démocratie". http://www.lefigaro.fr/vox/politique/2017/12/15/31001-20171215ARTFIG00211-rencontre-macron-morawiecki-et-si-paris-et-varsovie-relancaient-ensemble-l-ue.php

  • Par philippe de commynes - 21/12/2017 - 10:00 - Signaler un abus @enguerrand

    Très bien dit.

  • Par cloette - 21/12/2017 - 10:18 - Signaler un abus on ne peut pas

    aller contre le choix profond des nations , c'est à dire le choix des populations.

  • Par A M A - 21/12/2017 - 10:22 - Signaler un abus Longtemps soumis à l'URSS et

    Longtemps soumis à l'URSS et au communisme, les pays du Pacte de Varsovie rêvaient d'autonomie et de liberté.. Ce n'est pas pour se retrouver incarcérés dans une entité bruxelloise tatillonne et oppressive, qui, par ailleurs, a l'air de prendre l'eau. Pour le devenir de l'Europe, reste à savoir ce que souhaitent Washington et Moscou: Union ou démantèlement.

  • Par Péache - 21/12/2017 - 11:00 - Signaler un abus Aimer l'Euroope de bruxelle ?

    Article intéressant pour visualiser les erreurs d'appréciations et de jugements de nos commentateurs. Depuis qu'on a bafoué notre referendum de 2005, on sait, en France que le peuple a mauvaise presse. Il est souverain de par la constitution, mais nous savons guillotiner nos souverains ! L’Europe, telle que vue par nos pseudos élites, ne prend pas en compte les aspirations fondatrices des peuples, à savoir les nécessités immédiates, les sécurités puis les conforts. Nécessités immédiates de survie civilisationnelle, de cohabitation, de salaires décents, selon les régions où s'achète le pains quotidien ; les sécurités diverses, cohabitation encore, respect des autres, voisins ou nations, ingérences constructives plutôt que destructrices, en chacune de nos nations, ou extérieures à l'Europe, sécurités du lendemain pour les chômeurs ou ceux en puissance dans les monopolys de prédateurs économiques ; confort, qui tiennent à tous ces superflus bien nécessaires, salaires qui laissent une capacité à choix personnels, rêve et vacance pour s'extraire de l'immédiat, PROJETS personnels, industriels, dans la culture, ... Et on voudrait nous la faire aimer d'amour ! O pensée dominante castatrice

  • Par vangog - 21/12/2017 - 11:09 - Signaler un abus Le vent de l’histoire souffle à l’Est!

    L'éveil des Nations européennes se poursuit...et ça fait mal aux fesses des conservateurs et reacs de tous bords, dont ce Rémi Bourgeot, qui n’a décidément rien compris à la dynamique de ces partis. Non, M.Bourgeot, le Front National n’est pas favorable au statu-quo gauchiste français! A l’inverse, les patriotes veulent tout changer, et ça fait peur aux frileux...Ce n’est pas le FN qui décide, ni les partis nés-trotskystes d’ailleurs, mais l’histoire qui décide pour l’Europe ce que sera son destin. Et son destin est une union de Nations, Commercant librement, conservant leur liberté démocratique, et non soumises à la nouvelle tyrannie du politburo europeiste, CEDH, CJUE, BCE...il n’y a plus à tortiller!

  • Par Anguerrand - 21/12/2017 - 11:35 - Signaler un abus Enfin vangog vous ne pouvez ignorer que le FN

    doit avoir la moitié de ses militants de gauche. Philippot était bien de gauche et vous l’avez soutenu jusqu’a son départ. Pour le reste je suis plutôt d’accord avec vous et n’oubliez pas qu’il n’y a pas que les sympathisants FN qui sont des patriotes, et heureusement pour le pays.

  • Par Henrik Jah - 21/12/2017 - 13:42 - Signaler un abus @Anguerrand

    Honnêtement les gens de gauches au FN il ne doit pas y en avoir beaucoup, sur le nombre significatif d'électeurs que je connais aucun n'a jamais voté à gauche, les adversaires politiques traitent ce parti de gauchiste pour le décrédibiliser mais il n'a rien de gauchiste, il est seulement moins libéral que l'UMPS. Vous êtes un patriote et vous pouvez être fier de défendre notre beau pays par vos commentaires. Si seulement les patriotes pouvaient se concentrer sur ce qui nous rassemblent à savoir le rejet de l'immigration de masse, la défense de nos traditions et de nos valeurs ça serait génial.

  • Par gerard JOURDAIN - 21/12/2017 - 15:14 - Signaler un abus ils vont jusqu'au bout

    c'est marrant l'histoire se répète... le politique va jusqu'au bout de sa survie... le raisonnement? ce qui est pris , n'est plus à prendre. aucune vision pour les citoyens que nous sommes...

  • Par Liberte5 - 21/12/2017 - 23:51 - Signaler un abus C'est mal parti pour l'Europe telle qu'elle est vue.............

    ...par les hauts fonctionnaires, les technocrates. Ce qu'ils veulent imposer de force aux peuples (changement d'identité, multiculturalisme , suppression des États nation, etc..) est un déni de démocratie. Jusqu'à quand? Beaucoup de pays se révoltent déjà, d'autres suivront, mais la France semble paralysée..

  • Par bern4243 - 22/12/2017 - 08:22 - Signaler un abus quoique !!

    la pologne s'assoit sur certains principes , c'est son droit après tout. mais elle doit aussi assumer et après tout elle reçoit plus de l'UE qu'elle ne cotise alors si elle s'en va cela ne me fera pas pleurer, d'autant plus qu'elle n'a jamais trop favoriser l'UE dans ces choix économiques. Mais quand un pays comme la france qui est contributeur net au budget de l'UE n'arrive pas a se faire entendre , ça m'inquiété plus sur la volonté de nos dirigeants.

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Rémi Bourgeot

Rémi Bourgeot est économiste, chercheur associé à l’IRIS et spécialiste des marchés de capitaux. Il a poursuivi une double carrière de stratégiste de marché dans le secteur financier et d’expert économique sur la zone euro et les marchés émergents pour divers think tanks.

Sur la zone euro, ses études traitent des divergences économiques, de la BCE, du jeu politique européen, de l’Allemagne et des questions industrielles.

Parallèlement à ses travaux, il enseigne l’économie de l’Union européenne dans le cadre de l’IRIS-Sup. Il est diplômé de l’Institut supérieur de l’aéronautique et de l’espace (SupAéro) et de l’Ecole d’économie de Toulouse.

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Cyrille Bret

Cyrille Bret, ancien élève de l'Ecole Normale Supérieure, de Sciences-Po Paris et de l'ENA, et anciennement auditeur à l'institut des hautes études de défense nationale (IHEDN) est haut fonctionnaire et universitaire. Après avoir enseigné notamment à l'ENS, à l'université de New York, à l'université de Moscou et à Polytechnique, il enseigne actuellement à Sciences-Po. Il est le créateur avec Florent Parmentier du blog Eurasia Prospective.

Pour le suivre sur Twitter : @cy_bret

 

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