Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Lundi 24 Septembre 2018 | Créer un compte | Connexion
Extra

Sanctions contre l’Iran (et contre les entreprises qui y travaillent) : pourquoi l’Europe se révèle incapable de résister aux pressions américaines

Les grandes entreprises cèdent une à une au chantage de l'administration Trump. Pour peser dans cette guerre commerciale, l'Europe devrait apporter une réponse unie et faire bloc mais ce n'est visiblement pas pour tout de suite.

Guerre commerciale

Publié le
Sanctions contre l’Iran (et contre les entreprises qui y travaillent) : pourquoi l’Europe se révèle incapable de résister aux pressions américaines

 Crédit MARK WILSON / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

Atlantico : Après de nombreuses entreprises française comme Total, Airbus, ATS, Peugeot, Renault ou encore BNP Paribas, c'est autour du groupe français de transport maritime CMA CGM de cesser ses activités en Iran, cédant ainsi aux pressions de l'administration Trump. Comment expliquer que tous les groupes industriels cèdent à cette pression ?

Michel Ruimy : Le dossier du nucléaire iranien est tout d’abord l’histoire d’une promesse qui s’est évaporée en moins de 3 ans. 

Le 14 juillet 2015, les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU, l’Union européenne et l’Iran signent un accord stipulant la levée d’une partie des sanctions pesant sur le pays à condition qu’il restreigne considérablement son programme nucléaire. Cette concession s’accompagne d’une promesse d’afflux d’investissements étrangers censés dynamiser une économie exsangue dont les besoins en infrastructures, ponts, routes, ports, aéroports, usines de traitement des déchets ou d’épuration de l’eau sont gigantesques.

Un espoir fou pour les entreprises du monde entier car le marché iranien comprend un peu plus de 80 millions d’habitants, dont 40% ont moins de 25 ans. Un marché quasiment vierge, comme on n’en avait pas connu depuis la chute du mur de Berlin. A l’époque, le cabinet McKinsey tablait sur 1 000 milliards de dollars d’investissements étrangers dans le pays sur les vingt prochaines années quand le gouvernement iranien rêvait, lui, de 50 milliards par an...

Après la signature de cet accord, les entreprises françaises, qui ont vu de grandes opportunités en Iran, ont été parmi les premières à investir. Elles souhaitaient profiter de la levée des sanctions. Ainsi, Airbus a vendu près d’une centaine d’avions aux compagnies Iran Air Tours et Zagros Airlines pour 8 milliards d’euros. Total s’est engagé avec la National Iranian Oil Companysur l’exploitation du champ gazier South Pars, dans le golfe Persique, considéré comme le plus grand gisement de gaz naturel du monde, pour une capacité de production de 400 000 barils équivalent pétrole par jour, avec une première phase d’investissement évaluée à 2 milliards de dollars. PSA, qui détient 30% du marché local, a signé deux accords avec des partenaires locaux, Iran Khodro et Saipa, pour produire des Peugeot et des Citroën. Le groupe a vendu 445 000 voitures l’an dernier. Renault, quia vu ses ventes augmenter de près de 50% en 2017, a vendu 162 000 véhicules.Les groupes automobiles françaisont ainsi fourni la moitié des véhicules neufs achetés l’an dernier par des Iraniens. Et on pourrait continuer encore. Au total, en 2017 par rapport à 2015, les importations françaises de biens iraniens, tirées par les achats de pétrole brut par Total, sont passées d’environ 60 millions à plus de 2 milliardsd’euroset les exportations vers l’Iran sont passées de plus de 650 millions à 1,5 milliard d’euros.Quant aux investissements français en Iran, ils ont triplé pour atteindre un peu moins de 2 milliards d’euros.

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par Marie-E - 10/07/2018 - 09:00 - Signaler un abus vision economique du probleme

    pose non pas par l'iran mais par les ayatollahs fanatiques. Si les sanctions peuvent eradiquer le regime theocratique, aucun probleme. Il ne faut pas oublier le pouvoir de nuisance de ce gouvernment. Dernier geste sympathique du commandant des gardiens de la revolution : Le commandant-adjoint des Gardiens de la révolution islamique, Hossein Salami, s’est vanté dans un récent discours que "l’armée islamique en Syrie", sur le plateau du Golan, attend les ordres pour éradiquer le "régime diabolique" d’Israël.Il a également précisé que le groupe terroriste du Hezbollah soutenu par Téhéran disposait de 100 000 missiles destinés à Israël."Nous créons des forces au Liban pour combattre notre ennemi depuis ce pays avec toute notre puissance", a-t-il affirmé.(I24). Avec des furieux pareils, l'accord de 2015 est une vaste rigolade.

  • Par xenophon - 10/07/2018 - 20:54 - Signaler un abus C'est clair!

    Nous devons courber l'échine! Si seulement ça nous incitait à en tirer les conséquences sans drame à la clé.

  • Par aristide41 - 11/07/2018 - 06:48 - Signaler un abus Nous vivons une période difficile

    mais ô combien riche d'enseignements. La dépendance à l'Amérique économique et militaire est vraiment criante. C'est la première fois que nous les considérons comme des ennemis. Trump est en train de massacrer la notion d'Occident. Mais c'est peut-être une chance de grandir, de s'affirmer face à l'oncle Sam.

  • Par Olivier62 - 11/07/2018 - 12:40 - Signaler un abus Une nouvelle démonstration de "l'utilité" de l'UE !

    Sur ce dossier les européistes fanatiques d'habitude si bavards se montrent très discrets. L'appartenance à l'UE qui nous avait été vendue comme nous donnant un moyen d'acquérir une puissance suffisante face aux USA et à la Chine se révèle une fois de plus une illusion. Et inutile de compter sur notre cher freluquet présidentiel M. Micron de Rothschild !

  • Par Alain Proviste - 12/07/2018 - 16:04 - Signaler un abus AHURISSANT

    La rapidité avec laquelle on a obtempéré est incroyable, et sans contester plus que ça. Cette incapacité à défendre ses intérêts est étonnante, entre la religion des Droits de l'Homme et la soumissions aux Yankees, il ne faut pas s'étonner que tout se délite. L'UE a encore raté l'occasion de servir à quelque chose. Vladimir Volkoff, anticommuniste s'il en est, avait bien raison quand il disait que depuis la chute du Mur de Berlin les Américains faisaient tout pour justifier leur appellation d'impérialistes.

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Michel Ruimy

Michel Ruimy est professeur affilié à l’ESCP, où il enseigne les principes de l’économie monétaire et les caractéristiques fondamentales des marchés de capitaux.

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€