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"Une Saison en Enfer" : l'une des plus belles performances d'acteur de l'année

Comment un acteur d'une cinquantaine d'années peut donner vie au message du jeune Athur Rimbaud, de l'époque d'"Une saison en enfer"? Comme le fait Jean-Quentin Chatelain, en cherchant avant tout à exprimer ce qu'il y a d'universel dans ce texte. Le résultat est saisissant.

Atlanti-culture

Publié le
"Une Saison en Enfer" :  l'une des plus belles performances d'acteur de l'année
THEATRE
"Une Saison en Enfer" 
d'Arthur Rimbaud
Mise en scène: Ulysse di Gregorio
avec Jean-Quentin Chatelain
 
INFORMATIONS
Théâtre Le Lucernaire
53 rue Notre-Dame-des-Champs
75006 Paris
Jusqu'au 6 mai
Du mardi au samedi à 19h
Réservations: 01 45 44 57 34, 
www.lucernaire.fr ou sur place aux horaires d'ouverture
 
L'AUTEUR
Arthur Rimbaud est né à Charleville. Elève brillant mais au caractère difficile, il écrit des poèmes dès l'âge de 16 ans. 
Attiré par Paris, il parvient à y rencontrer Verlaine avec lequel il a une liaison orageuse: Verlaine, ivre, lui tire deux balles de pistolet dans le bras. 
Aux limites de l'alcool et de la drogue, il recherche un "dérèglement de tous les sens", qu'il décrit dans "Une Saison en Enfer" (1875) et les "Illuminations", écrites jusqu'en 1875 mais publiées beaucoup plus tard.
Il change de vie en 1875: il cesse d'écrire, part pour divers voyages proches , puis en Afrique où il fait de l'import-export jusqu'en 1890.  
Il revient alors à Marseille pour se faire opérer de la jambe et il meurt quelques mois plus tard.
 
THEME
"Une Saison en Enfer" est le seul texte publié de Rimbaud, à Bruxelles, en octobre 1873. Il se situe après l'accident avec Verlaine, du 10 juillet 1873. Rimbaud fait parvenir le texte  à Verlaine alors que celui-ci est en prison.
Rimbaud raconte ses tourments et ses délires, partagé entre des hallucinations liées à toutes formes d'excès et un regard sur sa vie, son éducation rigoriste et chrétienne, sa passion de la poésie et la conception particulière qu'il en a, décrite dans "l'alchimie du verbe"; ses relations tumultueuses avec Verlaine, ses remords, son désir d'anéantissement, brûlé de l'intérieur; mais aussi sa volonté  de sortir de cet enfer pour aller vers une autre vie. L'enfer n'est qu'une saison, qui commence au printemps et se termine au début de l'automne, avec l'apparition d'une "nouvelle aurore".
 
il semble faire ses adieux à la poésie à la fin du texte, mais c'est en quelque sorte une fausse sortie, car il écrira encore jusqu'en 1875, et une bonne partie des "Illuminations" est postérieure à "Une Saison en Enfer".
Cette oeuvre, "monument" de l'histoire de la poésie, est donc à la fois un récit de vie tourmentée et de ses descentes en enfer avec Verlaine, un nouvel art poétique et un adieu à la poésie.
 
POINTS FORTS
1) Cette transposition au théâtre d'une oeuvre poétique est un vrai défi; elle reste fidèle au texte d'origine.
2) L'acteur, Jean-Quentin Châtelain, parvient à rendre ce monologue haletant, en le jouant d'une manière particulière, avec une diction saccadée.
3) Les changements d'état d'esprit de Rimbaud ressortent dans ce jeu: "la nuit de l'enfer", les "délires", "l'époux infernal", les relations ambivalentes avec Dieu, "l'adieu".
4) La folie est toujours là: nous voyons et nous entendons Rimbaud se débattre devant nous, contre ses démons.
 
POINTS FAIBLES
1) J'ai été surprise par l'âge et la corpulence de l'acteur: il a une bonne cinquantaine d'années quand Rimbaud en a dix-neuf. On l'imagine fluet, dans le genre de Pierre Niney. Malgré l'excellence de son jeu, au début le décalage surprend, le texte prenant un  sens plus large chez un homme d'âge mûr que chez un tout jeune homme. Mais on s'y habitue.
2) Le vêtement de l'acteur, constitué d'un large manteau avec une multitude de poches et d'épaisseurs est sans doute symbolique. Mais il fait penser à un SDF plus qu'à un jeune garçon en pleine crise.C'est au moins ainsi que je l'ai perçu...
3) La mise en scène est minimaliste: l'acteur se tient immobile au milieu d'une sorte de "bac à sable" rond, peut-être un cercle infernal qui l'enferme. Il se tient dans une pénombre plus ou moins éclairée, symbolique de la noirceur de son enfer avec des lueurs épisodiques. Cela fait 1h15 bien austère, quoique ce soit un choix délibéré.
 
EN DEUX MOTS
Revenons à l'essentiel: C'est une vraie performance d'acteur, un défi de transposition d'une oeuvre poétique au théâtre, largement réussie.
Une très belle rencontre pour ceux qui aime Rimbaud en particulier ou, tout simplement, la poésie en général.
 
UN EXTRAIT
L'adieu à la poésie, à la fin du texte: "Recevons tous les influx de vigueur et de tendresse réelle. Et à l'aurore, armés d'une ardente patience, nous entrerons aux splendides villes."
 
RECOMMANDATION : EXCELLENT
 
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Françoise Boursin pour Culture-Tops

Françoise Boursin  est chroniqueuse pour le site Culture-Tops.

 
Culture-Tops est un site de chroniques couvrant l'ensemble de l'activité culturelle (théâtre, One Man Shows, opéras, ballets, spectacles divers, cinéma, expos, livres, etc.).

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