Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Samedi 23 Septembre 2017 | Créer un compte | Connexion
Extra

RSI, sécurité sociale: l’ambition "orwellienne" d’Emmanuel Macron

Édouard Philippe devrait annoncer aujourd'hui le plan du gouvernement pour adosser le RSI au régime général. Il s'agit d'un fragment parmi d'autres d'une ambition plus générale qu'Emmanuel Macron qualifie de beveridgienne pour la protection sociale. On préfère la qualifier d'orwellienne.

Réforme à haut risque

Publié le
RSI, sécurité sociale: l’ambition "orwellienne" d’Emmanuel Macron

Il faut relire l'interview d'Emmanuel Macron au Point pour comprendre qu'il ne s'agit pas d'un hasard. Les réformes d'Emmanuel Macron dans le domaine de la protection sociale, qu'il s'agisse de la CSG, du RSI ou des retraites, ne tombent pas comme un cheveu sur la soupe. Elles obéissent à une vision qui n'est pas clairement exposée.

Une ambition beveridgienne?

Officiellement, Emmanuel Macron explique qu'il porte une ambition beveridgienne, comme disent les spécialistes des questions de sécurité sociale. L'expression est technique et paraît neutre. En réalité, elle mérite au moins une discussion de fond. 

En effet, l'expression de modèle "beveridgien" fait allusion à la fonction de solidarité des politiques sociales.

Dans le plan Beveridge de 1942, l'impôt finance des couvertures minimales pour tous les Britanniques. Il s'oppose ici au modèle de sécurité sociale inventé par Bismarck à a fin du dix-neuvième siècle. Ce dernier avait posé le principe de la contribution: il faut cotiser pour avoir droit.

L'originalité de Beveridge est double: financer des prestations universelles non contributives (l'impôt paie là où il n'y a pas eu de cotisation) et plafonner ces prestations à un minimum en laissant le "marché" prendre en charge les fractions supérieures des assurances sociales. 

L'apparence beveridgienne de la politique de Macron

En apparence, mais en apparence seulement, le programme d'Emmanuel Macron correspond bien à cette logique. 

Lorsque le Président préconise la nationalisation de fait de l'assurance chômage, ou lorsqu'il propose de remplacer les cotisations salariales par une contribution sociale généralisée, il s'inscrit bien dans une dynamique de fiscalisation. S'il suffisait de fiscaliser la protection sociale pour la qualifier de beveridgienne, alors on pourrait dire qu'effectivement le projet macronien est beveridgien. 

On dira de même de l'adossement du RSI. Créer une grande caisse publique de protection sociale, monopolistique, répond bien à une logique beveridgienne. 

La fiscalisation et la compétitivité

On ira même plus loin en disant du bien de ce projet fiscal.

De fait, on ne voit plus pourquoi 36% du coût du travail sont plombés pour financer, notamment, la santé des Français de plus de 65 ans. Fiscaliser les recettes de l'assurance-maladie a du sens. C'est à la fois une mesure de justice fiscale et de relèvement de la compétitivité du pays, puisqu'elle débarrassera le travail des poids morts qu'il doit financer aujourd'hui. 

D'un point de vue économique, les choix politiques d'Emmanuel Macron répondent bien à une rationalité économique. 

Fiscalité n'est pas solidarité...

Simplement, la doctrine beveridgienne ne se limite pas à fiscaliser le financement de la protection sociale obligatoire. Il repose aussi sur un principe de solidarité: autrement dit, il vise à financer un minimum et non un maximum de prestations. 

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par Wortstein - 05/09/2017 - 12:58 - Signaler un abus très bon article

    montrant la mise en place d'un système monopolistique communiste et liberticide.

  • Par vangog - 05/09/2017 - 21:03 - Signaler un abus L'hyper-inter-national-socialisme!

    Les convictions macroniennes commencent à se faire jour, après son élection ultra-minoritaire: internationaliste, ultra-socialiste, ultra-protectrices, anti-nationales et dilutionnistes...une tuerie pour l'esprit gaulois et sa creativite. La tentation orwellienne de soumettre un peuple d'esclaves était déjà dans son élection...le petit fasciste se révèle...

  • Par cloette - 06/09/2017 - 08:25 - Signaler un abus C'est ce que certains ( ou beaucoup dont moi) pressentaient

    Terriblement lucide cet article !

  • Par J'accuse - 06/09/2017 - 11:15 - Signaler un abus Le mystérieux dessein divin

    Nos félicitations à M. Verhaeghe pour avoir réussi à décrypter une partie (une petite partie) de la pensée complexe de notre dieu olympien. On pourra à la fin réaliser que cette pseudo-complexité sert à masquer la mise en tutelle du peuple ignorant.

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe est le fondateur du cabinet Parménide et président de Triapalio. Il est l'auteur de Faut-il quitter la France ? (Jacob-Duvernet, avril 2012). Son site : www.eric-verhaeghe.fr
 

Diplômé de l'Ena (promotion Copernic) et titulaire d'une maîtrise de philosophie et d'un Dea d'histoire à l'université Paris-I, il est né à Liège en 1968.

 

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€