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Tennis féminin : l'image des joueuses prime sur leur jeu

Le tournoi de Roland Garros l'occasion idéale d'aborder les rapports entre le tennis masculin et le tennis féminin, sa dialectique et ses imaginaires... Et force est de constater que le jeu des joueuse s'apprécie aussi en fonction de leur image.

Roland Garros

Publié le

Le célèbre tournoi de Roland Garros a démarré. Aux aficionados de la raquette et de la terre battue, la simple évocation de cette grande messe annuelle du tennis français produit la même émotion qu’aux passionnés de cyclisme à la veille du Tour de France. Pour les non-aficionados ou les moins passionnés aussi... Bien que faisant partie de la deuxième catégorie, je dois reconnaître que ce rendez-vous hautement médiatique nous fournit une bien belle matière de réflexion s’agissant du jeu des genres, de la construction des identités sexuées, et de l’esthétique symbolique des corps en mouvements dans ce sport à forte charge onirique et érotique.       

Discipline très bourgeoise, presque noble, le tennis fait partie de ces sports où l’on doit faire preuve à la fois d’agilité, de souplesse et d’aisance dans le mouvement, que de performance, de robustesse et de technicité.

Il fait partie de ces domaines où l’art de la mise en scène importe autant que la force. A la fois lieu d’affrontement et d’échange, le tennis apparaît animé en profondeur par une dialectique de la douceur et de la force, subtil mélange de mouvements gracieux et aériens et de gestes techniques, précis et puissants. Le tennis semble se caractériser par cette dimension double,  quasi androgyne, à travers laquelle le sublime de la symbolique ascensionnelle (dans le service par exemple) se conjugue pleinement avec la vigueur quasi bestiale (des rebonds et des revers). Dans cette perspective, l’imaginaire du tennis semble dynamisé par le schème de la duplicité, cette dialectique des genres, cette image de la complémentarité et son pendant unisexe. Sport catégorisé pourtant comme masculin car davantage pratiqué et suivi par les hommes, et nécessitant un effort physique important, le tennis s’est ouvert aux femmes de façon très progressive depuis plus d’un siècle. Dès ses débuts, le tennis féminin et ses championnes, à l’instar de l’historique Suzanne Lenglen, hissée aux rangs de héros national dans les années 1920, ont participé à libérer les femmes du contrôle des corps tout en contribuant à imposer un idéal féminin athlétique quelque peu androgyne.

Le diktat de la jupette

Si à cette époque, hommes et femmes jouaient respectivement en pantalon/chemise et robe longue, ils ont peu à peu délaissé ces tenues strictes et son lot d’accessoires contraignants (tels que les portes jarretelles !) pour adopter des shorts, pour les premiers, et des robes de plus en plus courtes pour les secondes. En privilégiant le confort et le mouvement, tout en conservant élégance et coquetterie, le tennis (notamment féminin) s’est développé en faisant siennes ces considérations esthétiques et corporelles. Si l’on peut souligner l’aspect positif de la libération physique du corps en mouvement par l’adoption de nouveaux textiles et le dénudement de certaines parties du corps, on regrettera que ce dévoilement progressif se soit accompagné d’une forte coercition de l’apparence du corps. Souvent comparées à leurs homologues masculins en ce qui concerne leurs performances, les joueuses de tennis font néanmoins partie de ces sportives qui, comme dans toutes les disciplines fortement médiatisées, ne sont pas prises pour ce qu’elles sont, des pratiquantes d’un sport, mais sont majoritairement décrites sous un angle d’objectivation sexuelle où l’on met en évidence leurs caractéristiques physiques ou vestimentaires. Parmi elles, il suffit d’évoquer les exemples d’Anna Kournikova, de Maria Sherapova ou d’Ana Ivanovic qui, en dépit d’un palmarès mince, sont très médiatisées. Qu’il s’agisse des commentaires ou des photographies qui illustrent le tournoi, la femme est rapportée voire soumise à ce qui se voit d’elle, aux normes de beauté plastique, dans une sorte d’érotisation esthétique permanente de son enveloppe corporelle. Aussi élégant et coquet soit-il, le tennis féminin se résume souvent dans les médias à quelques jupettes bien soulevées, à quelques cris incongrus bien mesurés, voire à quelque « Top 10 des joueuses de tennis les plus sexy » (sic !). La joueuse se doit d’être féminine, attrayante et.... hétérosexuelle : malheur à celles qui ne portent pas la jupette et aux lesbiennes décidément trop masculines !

Ces dimensions esthétiques, frivoles et érotiques entourant les joueuses, qui paraissent tout à fait réductrices voire machistes, illustrent pourtant fort bien la duplicité qui caractérise l’imaginaire du tennis en ce moment de transformation sociétale que nous connaissons : si l’objectif premier et rationnel du tennis est bien de parvenir à la performance au moyen d’un geste technique précis, la mise en spectacle de ces gestes, de ces efforts, de ces tournois s’accompagnent nécessairement de grâce, d’esthétique, de beauté et de mise en valeur des virtuoses du corps. A coté d’une Vénus Williams, très féminine et décrite comme « bling bling », on a aussi une Serena très musclée et virile ; toutes deux repoussent les limites du genre et semblent réinventer une corporéité androgyne qui participe de cette Erotique du tennis dont parle Franck Evrard (Ed. Hermann, 2011), à la fois étrange et fascinante,profondément archaïque et désormais hybride.

 
Commentaires

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  • Par LeditGaga - 28/05/2011 - 13:46 - Signaler un abus Arrêtez de décoder...

    Ou même de déconner...! Je veux bien croire que notre civilisation soit à l'agonie, quand on voit des pervers sexuels accéder au plus haut niveau, mais un article pareil, écrit par une femme, me laisse pantois ! Non, il ne faut pas voir dans le tennis autre chose qu'un sport individuel qui met en avant des valeurs ignorées par la rédactrice de l'article, qui n'y perçoit, elle, que pornographie !

  • Par benj117 - 28/05/2011 - 14:45 - Signaler un abus LeditGaga

    bon, je suis d'accord avec vous!!! on peut quand admettre qu'elles pourraient toutes jouer, avec de longs shorts, comme les hommes.. le mini short féminin est quand méme un moyen d'attirer l'attention!! perso, j'avoue, deux belles femmes qui joue au tennis, c'est plus plaisant que deux moches qui jouent au tennis!

  • Par LeditGaga - 28/05/2011 - 15:07 - Signaler un abus @benj117

    Merci pour votre soutien ! Il est vrai que les féministes, prônant à corps et à cri une égalité "hommes/femmes", devraient oeuvrer pour que lesdites joueuses de tennis soient vêtues de la même façon que les hommes, ce qui au demeurant nous éviterait ce type d'article absolument inepte ! Vive le sport pour ce qu'il est !

  • Par LAgrandetraversée - 28/05/2011 - 16:35 - Signaler un abus avec l'être humain

    l'imagination sera toujours au rendez-vous y compris celle à deux sous du vieux con

  • Par LAgrandetraversée - 28/05/2011 - 16:37 - Signaler un abus à deux sous

    quelque soit l'âge et le sexe

  • Par LeditGaga - 28/05/2011 - 17:30 - Signaler un abus @grandetraversée

    "Quels que soient l'âge et le sexe" serait plus précis et, partant, plus compréhensible ! Je donne des cours d'alphabétisation dans ma commune et, si vous n'êtes pas trop loin, vous y serez accueillie chaleureusement ! Ah bien sûr, les cours sont gratuits !

  • Par LAgrandetraversée - 28/05/2011 - 18:04 - Signaler un abus dont acte

    dont acte

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Emilie Coutant

Emilie Coutant est sociologue, consultante en mode, médias, tendances, risques et addictions.
Docteur de l’Université Paris V, elle a soutenu une thèse intitulée “Le mâle du siècle : mutation et renaissance des masculinités. Archétypes, stéréotypes, et néotypes masculins dans les iconographies médiatiques” (2011). Fondatrice et dirigeante de la société d’études qualitatives et prospectives Tendance Sociale, elle réalise études et enquêtes sociologiques pour le compte d’entreprises ou d’institutions. Enseignante dans diverses universités et écoles de mode, elle est également Présidente du Groupe d’Etude sur la Mode (GEMode), rédactrice éditoriale des Cahiers Européens de l’Imaginaire et secrétaire du Longeville Surf Club.

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