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Quel avenir pour le riz,
vital pour de nombreux pays ?

L'EDITORIAL DE GILLES KLEIN. Plus que le prix du pétrole, celui du riz est vital pour la stabilité politique et l'alimentation dans de nombreux pays.

EDITO

Publié le

La production mondiale annuelle de riz atteint 6 à 700 millions de tonnes, on en parle peu dans nos médias occidentaux, mais c'est la nourriture de base pour 3 milliards de personnes, particulièrement en Asie, où il est produit en majorité. Cela permet de comprendre pourquoi les gouvernements s'inquiètent quand la récolte est en baisse, ou quand le prix de vente sur le marché mondial, ou pour le consommateur de base, monte provoquant grogne, manifestation ou même risque de crise sociale et politique.

Contrairement aux producteurs de pétrole avec l'OPEP, les producteurs de riz n'ont pas une organisation qui leur permettraient de se coordonner. Mais comme pour l'Arabie Saoudite, très gros producteur de pétrole dont les décisions peuvent faire monter ou baisser le prix du baril de brut et influencer les économies occidentales, les interventions de la Thailande, premier producteur mondial de riz peuvent affoler les cours de cette denrée.

Les projets de la Thailande pour son riz ne provoquent pas encore de panique mais ils soulèvent beaucoup de questions et d'inquiétude. Comme il l'avait annoncé pendant la campagne électorale, le parti Peu Thai, de l'actuelle Premier ministre, madame Yingluck Shinawatra a confirmé son intention d'acheter la récolte de riz des producteurs thailandais à un prix nettement supérieur à celui cours actuel.

Shinawatra n'est autre que la soeur de Thaksin Shinawatra, renversé par les militaires en 2006. Il a  suffit de quelques semaines pour que cette femme de 44 ans qui a fait des études supérieures aux USA, passe du statut d'inconnue à celui de Premier ministre.

A partir du 7 octobre, le riz paddy blanc serait payé 15.000 baths (360 euros) par le gouvernement alors qu'il vaut environ 9.000 baths (216 euros) sur le marché actuel. Une mesure destinée à soutenir les producteurs, mais qui pourrait se révéler très couteuse pour les contribuables thailandais.

La récolte 2011/2012 étant estimée à 30 millions de tonnes de riz paddy, le gouvernement pourrait prendre le contrôle de 90% soit 27 millions de tonnes, cela pourrait coûter entre 135 et 50 milliards de bath (soit 6 milliards d'euros). Mais surtout, cette subvention massive va faire augmenter le prix de vente du riz thailandais qui risque de perdre sa compétitivité sur le marché mondial aux yeux de l'association thailandaise des exportateurs de riz.

Il est clair que d'augmenter de 40 à 50% un produit pourrait donner l'occasion à d'autre pays exportateurs de prendre la place de la Thailande sur le marché mondial. De plus, ceux qui vont profiter de cette manne gouvernementale, ce sont les plus gros fermiers, ceux qui ont les moyens d'avoir de gros silos de stockage et tous les intermédiaires thailandais qui n'ont rien à voir avec les petits producteurs qui survivent avec difficulté.

Enfin il est assez paradoxal de voir un pays dépenser des milliards d'euros pour soutenir une activité dans laquelle il est le leader mondial, alors que tous ceux qui ont eu l'occasion de voyager en Thaïlande, savent que ce pays a beaucoup de secteurs prioritaires urgents qui manquent de fonds.

Du coup l'indice du prix établi par l’Organisation des Nations unies pour l’agriculture et l’alimentation (FAO)  ne cesse de monter, s'établissant à un record jamais atteint depuis plusieurs années : "Le changement de politique en Thaïlande – premier exportateur mondial de riz –, qui devrait avoir pour effet d’augmenter le prix d’achat au producteur à un niveau supérieur à celui du marché, a contribué à accentuer encore cette hausse." explique la FAO.

Une mauvaise nouvelle pour tous ceux qui n'ont que du riz à manger tous les jours, et un risque de déstabilisation pour certaines économies. Cessons donc de ne regarder que le prix du pétrole à Londres ou à New York : il y a d'autres indices aussi importants pour l'économie mondiale, c'est le cas du riz.

 
Commentaires

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  • Par Ganesha - 01/10/2011 - 16:07 - Signaler un abus Complement d'enquête

    Votre raisonnement suppose que d'autres pays producteurs ont des réserves de riz à proposer à l'exportation, que l'Asie pourrait encore augmenter sa production... Le drame, ce sont tous ces pays d'Afrique, du Moyen-Orient, Haiti et ailleurs, qui se sont "offert" une démographie qu'ils ne peuvent pas nourrir et sont entièrement dépendants de cette importation pour ne pas mourir de faim...

  • Par Septentrionale - 01/10/2011 - 17:12 - Signaler un abus @Ganesha

    Haïti l'éternel incapable, l'éternel assisté comparons l'histoire Haïti / République dominicaine et regardons avec lucidité les points communs problématiques de ces pays d'Afrique, du Moyen-Orient, etc, avec Haïti une chose est certaine ça permet à des ONG, avec la main sur le coeur pour porter assistance, surtout d'en vivre

  • Par Skagerrak - 01/10/2011 - 17:23 - Signaler un abus L'Afrique et le riz

    Les africains devraient consommer des nourritures issues de cultures vivrières correspondant à leur climat . Le riz exige tellement d'eau . Il a été introduit au moment de la clolnisation avec les riz du Viet-Nam , d'Indonésie ...En Afrique on peut cultiver tous les légumes racines , les courges , les fruits .

  • Par Skagerrak - 01/10/2011 - 17:27 - Signaler un abus L'Afrique et les riz

    Les Antillais ont redécouvert leur jardin . Pourquoi acheter des endives hors de prix , venant de métropole ? Ils ont commencé à bouder ce qui arrive par bateau ou avion . Et la cuisine créole faite de produits locaux est délicieuse !

  • Par Skagerrak - 01/10/2011 - 17:30 - Signaler un abus L'Afrique et le riz

    Comment peut-on distribuer du riz aux populations assistées alors qu'elles n'ont pas d'eau pour le cuire ? Il leur faut des aliments directement consommables .

  • Par Carcajou - 01/10/2011 - 19:29 - Signaler un abus Aide sous condition

    Il faut lier l'aide alimentaire à des contreparties.On ne peut laisser les populations que nous aidons continuer à augmenter outrancièrement si elles ne peuvent se nourrir. Au risque de choquer, les famines à grandes échelles dans la corne de l'Afrique sont liées à l'aide médicale qui a fait chuter la mortalité infantile et au refus de la régulation des naissances.

  • Par Skagerrak - 01/10/2011 - 22:02 - Signaler un abus L'aide à l'Afrique

    C'est vrai qu'il y a là un cercle infernal . Le complément idéal à cette nourriture serait l'instruction et l'éducation pour les femmes . Un pays peut se sortir de la misère grâce aux femmes , et les africaines ne manquent pas de courage . Elles travaillent plus que les hommes ...

  • Par esurlo - 03/10/2011 - 18:41 - Signaler un abus Aussi

    Certains pays "riches" n'hésitent plus à acheter des terres agricoles en Afrique, pour les faire cultiver et rapatrier la production alimentaire.Cela génère quelques mallettes de billets pour ces régimes en difficultées., et me fait penser à ces contrats mirifiques que nos pays signent pour quelques milliards de plus au Budget , mais en exportant savoir-faire et emplois.....Business is business

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Gilles Klein

Gilles Klein, amateur de phares et d'opéras, journaliste sur papier depuis 1977 et en ligne depuis 1995.

Débuts à Libération une demi-douzaine d’années, puis balade sur le globe, photojournaliste pour l’agence Sipa Press. Ensuite, responsable de la rubrique Multimedia de ELLE, avant d’écrire sur les médias à Arrêt sur Images et de collaborer avec Atlantico. Par ailleurs blogueur, Le Phare depuis 2005, et utilisateur quotidien de Twitter depuis 2007.

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