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Retour en arrière ou réinvention du commerce international ? Ce que nous réserve le coup d'arrêt au libre-échange décidé par le G20

Pour la première fois depuis 2005, les Etats-Unis n'ont pas répété leur engagement de lutte contre les formes de protectionnismes lors de la réunion du G20. Le ministre de l'économie et des finances Michel Sapin s'inquiète : "La résolution multilatérale des difficultés n'est plus dans les conclusions du G20".

Retour vers le passé.

Publié le - Mis à jour le 24 Mars 2017
Retour en arrière ou réinvention du commerce international ? Ce que nous réserve le coup d'arrêt au libre-échange décidé par le G20

Atlantico : Qu'est-ce que cette situation laisse supposer quant à l'avenir des échanges commerciaux dans le monde ? Fin du libre-échange, mercantilisme, protectionnisme... Quelles sont les évolutions qui vous semblent les plus probables ?

Sylvie Matelly : Le président Trump ne s'est jamais affiché comme un fervent defenseur du libre-échange. La politique commerciale qu'il a annoncé pendant sa campagne peut même être taxée de protectionniste puisqu'il y est question d'instaurer des droits de douane donc des barrières tarifaires alors que depuis 1947 et la signature du GATT, les Etats-Unis étaient clairement engagés dans des négociations qui visaient au contraire à réduire ces droits de douane. Ce choix libre-échangiste américain était d'ailleurs bi-partisan et peu source de controverse dans ce pays depuis cette époque.

C'était une nouveauté pour un pays qui au prétexte de sa "construction" et comme jeune nation au XIXe siècle puis de crise économique après 1929 avait plutôt été protectionniste. On estime que les droits de douane moyens s'élevaient à environ 40% du prix des produits importés en 1944. Ils sont aujourd'hui inférieurs à 3%. La nouvelle administration estime que c'est trop peu, en particulier vis-à-vis de certains pays jugés particulièrement agressifs en termes commerciaux tels la Chine ou le Mexique, peut-être demain, l'Allemagne ou l'Union européenne.

Ces annonces laissent donc penser effectivement un revirement de la politique commerciale américaine. L'autre nouveauté réside dans la volonté d'instaurer des droits de douane à l'encontre de certains pays. Cela est peut-être plus inquiétant encore pour le multilatéralisme car c'est contraire à un principe clés de l'OMC, la cluse de la nation la plus favorisée qui vous engage à appliquer les mêmes conditions tarifaires à tous vos partenaires commerciaux qui sont membres de l'OMC. Dans ce contexte, soit les Etats-Unis restent à l'OMC et ils risquent d'avoir à répondre aux plaintes déposées par d'autres membres de l'OMC pour violation de ce principe, soit ils choisissent de quitter l'OMC. Le départ d'une grande puissance commerciale comme les Etats-Unis, affaiblirait incontestablement une institution, forum incontournable des négociations multilatérales... 

Pour autant, la Chine ne cesse de réaffirmer son engagement multilatéral en matière de commerce international, nul doute qu'après l'échec de TTIP et les controverses autour du CETA, l'Union européenne va également choisir de réinvestir dans une politique commerciale multilatérale. Rien n'est donc encore plié même si les risques sont réels !

Jean-Marc Siroën : Effectivement, le communiqué du G20 n’a pas repris la phrase rituelle sur le rejet du protectionnisme à laquelle les Etats-Unis se sont opposés. Certes, il y avait une certaine hypocrisie dans cette dénonciation, mais le fait de ne pas la renouveler est très significative et extrêmement inquiétante. Elle confirme que non seulement que les Etats-Unis acceptent l’idée de franchir la ligne rouge du protectionnisme. On peut se rassurer en constatant que cette ligne rouge n’a pas été franchie mais au-delà, c’est bien l’idée multilatérale qui est remise en cause. La coopération internationale n’est plus considérée comme "gagnante-gagnante", mais comme un jeu à somme nulle où le simple fait que des pays aient gagné au commerce -la Chine, l’Allemagne,…- suffirait à démontrer que les Etats-Unis ont perdu. Ce constat, que rien ne confirme, les autoriserait à remettre en cause leurs engagements passés en faveur du libre-échange. Le G20 de Baden-Baden montre ainsi que deux mois après sa prise de fonction, le Président Trump n’a pas renoncé à l’idée de durcir sa politique commerciale sans doute en augmentant les droits de douane, ce qui aurait toutes les chances de violer les règles de l’OMC. Le secrétaire au Trésor, Steve Muchin, considère que "certaines parties de l’OMC ne sont pas appliquées" mais sans détailler lesquelles. Car de fait, les Etats-Unis appliquent plutôt plus que les autres pays, les instruments de protection dits "conditionnels" de l’OMC comme les droits antidumping ou les clauses de sauvegarde. Le risque est donc bien une escalade qui conduirait les Etats-Unis à s’exonérer des règles de l’OMC ce qui déclencherait immanquablement une guerre commerciale. Le jeu à somme nulle de Donald Trump deviendrait alors un jeu "perdant-perdant" aussi néfaste, et peut-être plus, pour les Etats-Unis que pour ses partenaires. Néanmoins, il aurait à franchir un obstacle bien plus solide que l’OMC, le Congrès, responsable constitutionnel de la politique commerciale et qui aura du mal à le suivre dans cette voie radicale. 

 
Commentaires

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  • Par ikaris - 21/03/2017 - 13:59 - Signaler un abus Duo de libre échangistes forcenés

    Le ton est de suite donné : le protectionnisme c'est mal et le bonheur c'est d'échanger des marchandises avec le monde entier ! Le consommateur consomme jusqu'à plus soif gràce à la pub et met en concurrence le monde entier ... jusqu'à perdre son boulot mais après c'est pas grave : c'est juste qu'il n'a pas été bien accompagné. Non à ce modèle consumériste et mortifère dont on voit tous les jours les dysfonctionnement sous nos yeux et qui est un de moteurs de l'immigration de masse. Le libre échange profite aux plus forts, les USA l'étaient au sortir de la guerre et ils l'ont imposé pour que leurs multinationales rachètent littéralement le monde. La concurrence de la Chine (que, bizarrement les auteurs ne trouvent pas du tout mercantiliste) et de ses énormes masses de capitaux et de mains d'oeuvre sous payée impose à toute nation un tant soit peu raisonnable d'arrêter ce jeu de dupe.

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Sylvie Matelly

Sylvie Matelly est Docteur en sciences économiques et directrice-adjointe de recherche à l'IRIS, spécialiste des questions d'économie internationale et d'économie de la Défense. 

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Jean-Marc Siroën

Jean-Marc Siroën est économiste. Il enseigne actuellement à l’université Paris Dauphine et est professeur au sein du département Master Sciences des Organisations. Il est spécialiste d’économie internationale. Il participe également au programme de recherche Nopoor, financé par l'Union européenne, sur les politiques de lutte contre la pauvreté. 

 

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