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Requiem : la recherche française sur les OGM a été définitivement enterrée le 13 juillet 2013

La liberté de recherche sur les OGM est totalement bridée pour de mauvaises raisons politiques, exposant la France à une nouvelle désindustrialisation, faute d'innovation.

Ci-gît...

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Requiem : la recherche française sur les OGM a été définitivement enterrée le 13 juillet 2013

Le dernier champ de plantes génétiquement modifiées de France vient de cesser ses activités.  Crédit Reuters

L’Histoire retiendra qu’à la veille du 14 juillet 2013, l’INRA a rendu les armes de la bataille des OGM, n’ayant pu lever le siège d’Orléans où se déroulait le dernier essai au champ de plantes génétiquement modifiées en France, en l’occurrence des peupliers (1). Faute de prolongation de l’autorisation par le gouvernement, l’INRA a détruit son expérimentation.

Droite et gauche, tous responsables

Il s’agit là de la dernière conséquence en date de la décision politicienne irréfléchie du président Nicolas Sarkozy de convoquer un grenelle des lobbies de l’environnement. Les OGM furent sacrifiés comme prix du cautionnement du grenelle par les organisations de l’écologie politique (2).

Ces peupliers à la composition en bois modifiée faisaient l’objet de recherches fondamentales, afin d’examiner (entre autres) la possibilité de les utiliser comme biocarburant. Ils s’inscrivaient donc dans la logique de "transition énergétique", un concept-valise porté par le gouvernement de François Hollande. Ayant fait tanguer le Batho de l’alliance avec les Verts, il n’allait pas provoquer une nouvelle tempête en prolongeant un essai, même ancien (2007) et sans aucun risque environnemental ou sanitaire.

Une logique de décroissance

La direction actuelle de l’INRA n’est pas à blâmer, même si sa méthode Coué d’annonces de la  poursuite des recherches (" L'INRA sera prêt à proposer de nouveaux essais au champ et à conduire des recherches sur l’ensemble des enjeux associés") n’apparaît aucunement à la hauteur desdits enjeux et du découragement des chercheurs. Dans une étude historique des destructions d’expérimentation d’OGM, j’ai montré que ceux-ci ont frappé plus de 80 fois la recherche publique en Europe (y compris des essais en milieu confiné) (3). Les arguments rhétoriques contre la domination d’une "multinationale américaine", bouc émissaire facile, ne saurait donc masquer les vrais objectifs des opposants, à savoir empêcher l’innovation (y compris de la recherche publique) pour saboter l’économie "capitaliste".  On peut d’ailleurs noter que les activistes se sont immédiatement tournés, n’ayant plus d’OGM à détruire en France, vers un nouvel "ennemi", les variétés de plantes améliorées par "mutagénèse", avec là aussi utilisation de la violence (en l’occurrence contre les récoltes d’agriculteurs) (4). Tout observateur lucide ne pourra que constater que les cibles de l’écologie politique sont toujours celles qui participent à la croissance économique d’aujourd’hui ou de demain. Rien n’est plus logique pour des adeptes de la décroissance…

Innover pour un redressement productif

Face à des attaques politiquement motivées, les promoteurs des innovations doivent se doter de moyens de communication adaptés. Notons que le centre de recherche britannique de Rothamsted a, lui, su gagner la bataille médiatique et empêcher la destruction par des activistes d’un essai de blé repoussant les pucerons via l’émission d’une substance répulsive naturelle (difficile d’être plus en adéquation avec un autre concept-valise à la mode, l’agro-écologie !). Il est vrai que l’innovation en biotechnologie des plantes est soutenue par le gouvernement britannique, tandis que la gauche au pouvoir en France "est gagnée par un conservatisme de principe" pour reprendre la formule d’André Comte-Sponville.

Il sera néanmoins indispensable, tôt ou tard, d’étendre le concept de "redressement productif" à l’agriculture (plus exactement à celle qui affronte la concurrence internationale). Ne pas comprendre aujourd’hui les apports bénéfiques de la génétique pour une agriculture soutenable nous exposera demain à une nouvelle désindustrialisation. La France ne produit pas d’écrans électroniques, pas de téléphones portables, et en fait de moins en moins de choses… Faut-il qu’elle perde aussi, faute d’innover, des pans de son agriculture ? Il ne s’agit pas là uniquement d’OGM, mais bien d’innovations (les OGM peuvent simplement servir à établir une preuve de concept).

Une liberté d’innover absente

Le message d’Orléans est clair : la liberté de recherche sur les OGM est totalement bridée pour de mauvaises raisons politiciennes, faisant ainsi écho à l’absence de liberté de choix pour les agriculteurs de cultiver des OGM suite au grenelle. Notamment, un maïs qui réduit pourtant l’usage des insecticides chimiques. Cette interdiction de culture, comme nous l’avons montré dans une publication validée par un journal scientifique international (5), est basée sur une fabrication, en 2012, par le ministère de l’Ecologie dirigé par Nathalie Kosciusko-Morizet, de fausses conclusions scientifiques. Nous sommes là dans une démarche politique que nous renoncerons à adjectiver…

Je suis aujourd’hui d’un âge où je peux me permettre de donner quelques conseils expérimentés aux jeunes chercheurs. A la vue des turpitudes politiciennes et étatiques résumées ci-dessus, je ne peux recommander qu’une chose aux jeunes talents : partez construire votre carrière à l’étranger !

Note : ce texte n’est pas une position officielle de la direction du CNRS, qui d’ailleurs n’en a pas sur ce sujet.

________________

  1. 1) http://presse.inra.fr/Ressources/Communiques-de-presse/Inra-essai-peupliers-OGM-dans-le-Loiret
  2. 2) http://www.atlantico.fr/decryptage/nicolas-sarkozy-francois-hollande-agriculture-ogm-marcel-kuntz-311712.html
  3. 3) http://www.marcel-kuntz-ogm.fr/article-vandalism-108181917.html
  4. 4) http://www.marcel-kuntz-ogm.fr/article-tournesols-80585525.html
  5. 5) http://www.nature.com/nbt/journal/v31/n6/full/nbt.2613.html

 

 
Commentaires

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  • Par rafael - 17/07/2013 - 11:47 - Signaler un abus l'environnementalisme comme religion...

    C'était le titre d'une conférence de Michael Crichton. C'était selon lui la religion préférée des athées urbains. C'était bien vu. Pas la peine, Monsieur Kuntz, de chercher à parler science ou raison scientifique avec ces gens là. Science et religion sont incompatibles. Là aussi nous le savons depuis longtemps. Les démarches de conciliation sont condamnées d'avance. Sarkozy n'est pas un idéologue mais un pragmatique, et même un opportuniste. Rappelez-vous comment le parti radical de Borloo a viré casaque sur les ogm quand son mentor a été nommé "ministre d'état". Ils s'en contrefichent des OGM. Sarkozy voulait protéger le nucléaire qui, pour lui, était plus important. Et il n'avait sûrement pas tort dans cette priorité mais manquait de vision et de courage politique. Mais les écologistes radicaux c'est comme les islamistes radicaux, vous leur donnez la main, ils prennent le bras puis le corps tout entier. Hollande s'est marié avec EELV. Tout y passe. Les OGM, on le savait. Le nucléaire. Les gaz de schiste. C'est la régression sur toute la ligne. Fillon est le seul à trouver le courage de dire "stop" dernièrement. Aura-t-il le courage politique de continuer ? Je l'espère.

  • Par camsd - 17/07/2013 - 11:50 - Signaler un abus La recherche SUR ou EN FAVEUR des OGM ?

    Alors dans cet article je trouve qu'il y a de tout ! Personnellement je désapprouve l'utilisation des OGM. Loin de limiter l'utilisation de pesticides et l'apport en eau, ils sont bien plus gourmands et appauvrissent le sol. Cela conduit à un cercle vicieux d'apport d'engrais et de pesticides au vue des maladies qui attaquent la plante. Il y a énormément de raisons à lutter contre la généralisation des OGM. Les multinationales qui les vendent nous asservissent car chaque année il faut racheter les plans, qui sont au passage très coûteux. L'agriculture avait jusqu'à présent réussi à se développer car les paysans réutilisaient les semences d'une année sur l'autre et pratiquaient la rotation des cultures. Aujourd'hui on est dans la culture unique, généralisée et bourrée de produits chimiques. Ce qui me gêne dans l'article c'est que la recherche sur les OGM ne doit pas s'arrêter. Non pas celle qui permet de développer de nouvelles techniques, la nature est en fait bien plus performante que tout ce que l'on peut créer ! Par rapport il faut encourager les recherches sur les conséquences à long terme des OGM sur la santé et les sols, de manière indépendante bien sûr !

  • Par camsd - 17/07/2013 - 11:54 - Signaler un abus @Rafael

    Je comprends vos angoisses concernant l'insistance des écologistes sur divers sujets. Je vous invite à lire le dossier sur la transition énergétique produit par Greenpeace. Un document sérieux qui non seulement critique mais surtout propose des solutions viables. L'insistance que mettent les écolos à s'insurger contre certaines technologies est à la hauteur du danger que nous courons à les utiliser. Je crois que l'on a peur de ce que l'on ne connaît pas. Lisez quelques articles sur l'état actuel de la région de Fukushima au passage. Lisez également les articles qui expliquent pourquoi l'extraction hydraulique des gaz de schiste est très dangereuse pour l'environnement et l'Homme. Vous ne vous forgerez une opinion que lorsque vous aurez une vue complète des arguments pour et contre !

  • Par rafael - 17/07/2013 - 13:02 - Signaler un abus @Camds

    Merci mais je connais ces différents dossiers - certains mieux que d'autres - et beaucoup d'ingénieurs et scientifiques de ces différentes filières. Ce que vous affirmez est absolument sans fondement. J'ai d'ailleurs bien souri quand j'ai lu votre credo sur la performance de la nature. Pour répondre à votre suggestion, il est hors de question que je perde cinq minutes de mon temps à lire les enclycliques de cette organisation très gouvernementale qu'est Greenpeace tout comme je ne perds pas mon temps à lire les prêches de toute nature. J'ai été formé à instruire sur la base des faits et pas de fantasmes. Pour aller dans le sens de Marcel Kuntz, il se trouve que je travaille et réside à l'étranger, et que ce qui se passe en France ne donne absolument pas envie d'y revenir. Mais comme je me doute que ceux à qui vous portez une oreille favorable n'ont aucune envie de voir des gens comme nous revenir, nous sommes quittes. Un député européen EELV annonçait à la tribune de l'UNESCO vouloir "en finir avec l'idéologie du progrès"... cela a le mérite d'être clair. Vous avez compris que ma vision du monde est incompatible avec ces idéologues de la décadence et leurs alliés.

  • Par gliocyte - 17/07/2013 - 16:08 - Signaler un abus Faute

    Faute de prolongation de l'autorisation du gouvernement, donc du gouvernement socialiste! Il est bon de le rappeler. Le problème est complexe et il est dommage que ce chercheur ne fasse pas aussi le procès de Monsanto dont le monopole en la mat!ère, le refus de prendre en compte des risques biens réels, leur incroyable suffisance, leur implantation occultée dans des territoires sous le couvert de noms d'emprunt, sont largement responsables de l'aversion actuelle vis à vis des OGM. Maintenant voyez l'hypocrisie et le scandale de tous ces politiques soit disant écologiques: Niet à l'étude des OGM mais da pour la recherche sur l'embryon!

  • Par dona Ferentes - 17/07/2013 - 17:42 - Signaler un abus Aux fous !

    Une secte de mystiques et de fanatiques a donc la haute main sur les décisions qui engagent l'avenir scientifique -donc économique- du pays. Pour des raisons de combines électorales et parce qu'ils ne comprennent pas grand chose à l'affaire, des incapables politiques donnent un os à ronger à ces fous furieux, espérant sans doute un retour sur investissement. Erreur à coup sûr car trotskistes et mao-spontex repeints en vert (mais sectaires comme en 68) n'agissent qu'au nom de leur idéologie de substitution au marxisme qui renferme aussi le culte de la décroissance... Comme on sait, l'idéologie, quelle qu'elle soit, n'est pas tenue à l'obligation de preuve. La science, si. Et cela tombe bien car la preuve d'un danger objectif des OGM est toujours à faire depuis que les résultats de Séralini ont été totalement invalidés . Au fait, prend-on bien soin de cacher au khmer vert atteint d'un diabète insulino-dépendant que son insuline quotidienne est fabriquée par une bactérie OGM ?...

  • Par gliocyte - 17/07/2013 - 18:26 - Signaler un abus Relativisation

    Il ya une différence entre faire produire, par manipulation génétique une molécule dont on connait parfaitement l'action et la cible et la manipulation des plantes pour en faire des espèces que la nature ne reconnaît pas, uniquement pour en accroitre le rendement à l'hectare, ce qui d'ailleurs n'est pas forcément au rendez-vous (Voir coton). Pour connaitre les effets sur la santé, on laisse tout reposer sur des études de vigilance qui, ne rapportant rien, ne sont pas réalisées dans les meilleures conditions. Tout étude coûtant très chère, le retour sur investissement doit être rapide et se fait donc au dépend de la sécurité sanitaire. Comme on dit "chi va piano, va sano et va lontano"

  • Par sheldon - 18/07/2013 - 00:39 - Signaler un abus Complètement inféodé à la secte verte Hollande liquide la France

    OGM, gaz de schistes, nucléaires, ce "grand président" est surtout un otage de la secte verte et de son bras armé Green Peace. La France devient ce que furent ces villes qui refusèrent la construction d'une gare sur leur territoire et qui l'ont payé très cher dans leur développement. L'avenir de la France dépend du bon vouloir des gens du Larzac, et autres gauchistes !

  • Par Ambrebalte - 18/07/2013 - 15:42 - Signaler un abus Revenir plus tard, ou peut-être jamais

    Monsieur, Je salue votre courage, dans le simple fait d'écrire cet article. Je suis partie construire ma carrière ailleurs. Je suis revenue il y a trois ans. J'aime ce pays, mais je ne peux plus y vivre. Le pouvoir est à la rumeur, aux pseudos sciences, à une sub-aculture télévisuelle, au jugement lapidaires et définitifs. Ailleurs aussi sans doute, mais il y a encore des espaces de créations sans incessantes accusations, usantes et sans fondements. Nous sommes trop nombreux, il n'y a plus de place pour un temps d'élaboration et de pensée, pour une politique de la Recherche, Appliquée ou Fondamentale qui ne soit l'otage de clivages éculés. Je repars en fin d'année, un peu triste, mais déterminée. J'aime ce pays tant qu'il sera là, de plus en plus comme un souvenir.

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Marcel Kuntz

Marcel Kuntz est biologiste, directeur de recherche au CNRS dans le laboratoire de Physiologie Cellulaire Végétale.

Il est également enseignant à l’Université Joseph Fourier, Grenoble.

Il tient quotidiennement le blog OGM : environnement, santé et politique et il est l'auteur de Les OGM, l'environnement et la santé (Ellipses Marketing, 2006). Il a publié en février 2014 OGM, la question politique (PUG).

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