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Répression et vague d'arrestations : le prince héritier saoudien fait le ménage en prévision d'une succession qui pourrait bien s'accélérer

En Arabie Saoudite, une nouvelle vague d'arrestations d'intellectuels et de prédicateurs est survenue alors que les rumeurs de successions s'amplifient entre le Roi et le Prince héritier.

L'art de prévoir

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Répression et vague d'arrestations : le prince héritier saoudien fait le ménage en prévision d'une succession qui pourrait bien s'accélérer

Atlantico : Quel lien peut-on raisonnablement établir entre les deux  et comment Riyad justifie ces arrestations ?

Roland Lombardi : Je tiens tout d’abord à souligner que Riyad ne justifie aucunement de manière officielle ces arrestations. Nous ne pouvons donc qu’essayer de les comprendre au prisme de la situation géopolitique et surtout des crises internes du Royaume, comme je l’ai fait, il y a quelques semaines dans un article traitant de ce sujet[1]. En effet, une rumeur persistante annonce une éventuelle et possible abdication du roi Salman, âgé de 81 ans et très malade, au profit de son fils, le jeune Mohammed Ben Salman. Et pour parler crûment, on peut dire que, depuis janvier 2015 et l’arrivée sur le trône de son père, ce dernier est littéralement en train de faire le « grand ménage » parmi les 10 000 princes du royaume comme parmi les potentiels opposants. De fait, le jeune prince héritier a su jusqu’ici écarter, par la ruse et la force, tous les rivaux dans sa course fulgurante vers le pouvoir.

D’autant plus que celui-ci, en Arabie saoudite se transmettait jusqu’ici de manière adelphique, c'est-à-dire de frère en frère. Et donc, la petite « révolution », lors de sa nomination (dont la cérémonie officielle fut d’ailleurs émaillée d’incidents protocolaires très révélateurs) comme unique successeur au trône n’a fait qu’envenimer les tensions et les rivalités, entre les diverses tribus et jusqu’au sein même de la famille royale… C’est la raison pour laquelle, les redoutables services de sécurité du royaume, aux mains du jeune prince, ont intensifié leur traque impitoyable des rares opposants ainsi que les princes « dissidents » sur le territoire mais également à l’étranger (« disparitions » plus ou moins mystérieuses et enlèvements de princes en exil comme celles des princes Saoud Ben Saif al-Nasr, Sultan Ben Turki Ben Abdulaziz et Turki Ben Bandar). Ainsi, les assignations à résidence et les séjours dans des prisons clandestines, comme des procédés plus expéditifs, se multiplient…

L’exemple le plus frappant de la détermination de Mohammed Ben Salman est le cas du puissant et incontournable prince Mohammed ben Nayef Al Saoud (57 ans et propre cousin du jeune prince), ancien « Monsieur Sécurité et anti-terrorisme » du royaume et véritable version bédouine d’un Joseph Fouché ou d’un J. Edgar Hoover. Il a été évincé en juin dernier de son ministère de l’intérieur, de son poste de vice-Premier ministre et surtout de son statut de prince héritier... Tout cela engendre frustrations, rancœurs et fait de nombreux mécontents parmi les élites et les notables écartés du pouvoir.

Gustave Le Bon disait : « lorsque la haine remplace chez l’inférieur le respect du supérieur, une révolution est proche ». Surtout, lorsque l’ « inférieur » se considère comme l’égal d’un « supérieur illégitime »… Quoi qu’il en soit, comme César, le prince Mohammed reste cerné d’ennemis. Mais ne perdons pas de vue que nous sommes en Orient. Et ici, il ne suffit pas, comme en Occident, de faire fuiter quelques révélations compromettantes dans la presse pour détruire la carrière et anéantir les ambitions d’un adversaire politique… Les méthodes sont beaucoup plus radicales, c’est le moins que l’on puisse dire…

 
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Roland Lombardi

Roland Lombardi est consultant indépendant et analyste chez JFC-Conseil. Il est par ailleurs docteur en histoire et chercheur associé à l'IREMAM, Institut de recherches et d’études sur le monde arabe et musulman d’Aix-Marseille Université, également membre actif de l’association Euromed-IHEDN.

Il est spécialiste des relations internationales, particulièrement de la région du Maghreb et du Moyen-Orient, ainsi que des problématiques de géopolitique, de sécurité et de défense.

Sur Twitter @rlombardi2014

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