Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Mercredi 18 Juillet 2018 | Créer un compte | Connexion
Extra

Rencontre Sarkozy Merkel à Berlin : pourquoi le défi crucial de la réanimation du couple franco-allemand est loin d'être gagné d'avance après 5 ans de quinquennat Hollande

Ce mardi, Nicolas Sarkozy sera à Berlin pour y rencontrer la chancelière allemande Angela Merkel. Alors que le quinquennat de François Hollande s'est caractérisé jusqu'à présent par des liens plus distants entre les deux pays, le couple franco-allemand est aujourd'hui attendu au tournant dans un contexte compliqué pour les européistes.

Paix des ménages

Publié le - Mis à jour le 24 Juin 2016
Rencontre Sarkozy Merkel à Berlin : pourquoi le défi crucial de la réanimation du couple franco-allemand est loin d'être gagné d'avance après 5 ans de quinquennat Hollande

Atlantico : Ce mardi 21 juin, Nicolas Sarkozy rencontre Angela Merkel à Berlin. Que peut espérer l'ancien Président de cette rencontre avec la chancelière allemande ? Dans quelle mesure est-il aujourd'hui nécessaire de dialoguer avec l'Allemagne lorsqu'on est candidat à la prochaine présidentielle et dans un contexte d'euroscepticisme croissant ?

Jérôme Vaillant : Dans un premier temps, il convient de ne pas surévaluer la visite de l’ancien Président français à la chancelière allemande à Berlin dans la mesure où ce n’est pas la première.

Le 26 janvier 2015, Nicolas Sarkozy a rendu visite à celle-ci au siège du parti chrétien-démocrate (CDU), visite présentée comme une simple rencontre entre chefs de parti. Il avait saisi l’occasion de rappeler qu’il "fallait tout faire pour maintenir la Grèce dans l’Euro". Dans un souci compréhensible de courtoisie et pour éviter tout malentendu, la chancelière avait prévenu François Hollande du passage de Nicolas Sarkozy à la chancellerie un an plus tard, le 28 février 2015, quand celui-ci s’était rendu à Berlin, accompagné de Bruno Le Maire, pour faire un discours devant le Forum européen de la Fondation Konrad-Adenauer, proche de la CDU. Cela avait été, cette fois, l’occasion pour Nicolas Sarkozy de rappeler, en pleine crise grecque et de l’Euro, que "si l’Euro cessait d’exister, c’était l’Europe qui disparaissait". A chaque fois, l’ancien Président français cherchait à se rappeler à l’attention des médias aussi bien étrangers que français, et sans doute plus encore français qu’étrangers, pour mieux se positionner comme candidat à la primaire de la droite et à la présidence de la République française. La nouvelle rencontre Sarkozy-Merkel poursuit, à n’en pas douter, le même double objectif personnel et politique. Le message politique est une façon de confirmer que la qualité des rapports franco-allemands est aujourd’hui comme hier nécessaire à la poursuite de la construction européenne, l’Allemagne et la France, de par leur poids politique et économique en Europe, restants les seuls capables d’entraîner à leur suite les autres Etats européens.

Henri de Bresson : Les relations de Nicolas Sarkozy avec l’Allemagne n’ont jamais été simples. Le ton de ses campagnes électorales à l’égard de l’Union européenne et de l’Allemagne elle-même n’a pas laissé que de bons souvenirs auprès des Allemands et du parti chrétien démocrate que préside la chancelière Angela Merkel. Celle-ci a néanmoins fait le nécessaire pour nouer avec lui une relation de travail, sinon étroite, du moins bonne, lorsqu’il était à la tête de la France. Paris et Berlin ont alors joué un rôle-clé pour sortir l’euro de la tourmente monétaire et renforcer la gestion de la zone euro. On a pu parler du "merkozysme" pour qualifier leur politique européenne. Il n’est pas anormal que la présidente de la CDU reçoive aujourd’hui le président du parti frère, les Républicains, dans cette période préélectorale dans les deux pays alors que d’importantes échéances attendent l’Europe. Mais il y a d’autres candidats à la primaire de la droite qui passent pour plus proches de la droite allemande, à commencer par Alain Juppé qui avait su refonder les relations entre les deux partis lors de la création de l’UMP, ou Bruno Le Maire.

Quels seraient les risques d'un alignement de la France sur les positions d'Angela Merkel, concernant l'économie ou encore la question migratoire ? A l'inverse, un réchauffement des relations entre Paris et Berlin n'est-il pas la condition préalable d'un retour de l’Allemagne à des positions plus compatibles avec les intérêts français ?

Henri de Bresson : On ne peut pas parler d’alignement de la France sur l’Allemagne ou vice-versa. On dit toujours que l’importance de la relation franco-allemande tient à la capacité des deux pays à trouver sur les grandes questions européennes des compromis qui sont repris à leur compte par les autres pays de l’Union. Que ce soit sur la défense, le fonctionnement de l’économie, l’énergie, l’environnement, le fonctionnement de leur démocratie, les deux pays ont longtemps été très différents. Avec peut-être un grand point commun, qui les distingue du Royaume-Uni : la conscience de devoir sauvegarder un système de protection sociale fort. Ces différences se comblent peu à peu mais cela prendra encore du temps. C’est d’ailleurs l’enjeu des réflexions en cours sur la consolidation de la zone. Le bon fonctionnement actuel du modèle industriel allemand suscite naturellement en France des questions qui font l’enjeu du débat politique sur l’adaptation du modèle français. Mais les Allemands font aussi des pas comme l’a montré leur adoption du SMIC. Le passé allemand, le rôle central que jouent encore les Eglises, la capacité de l’économie à absorber des demandeurs d’emploi posent le débat sur l’accueil des réfugiés de manière très différente qu’en France, où la peur domine. Cela n’empêche pas moins les deux pays de chercher ensemble des solutions pour sauver le fonctionnement de la libre circulation dans la zone Schengen, qui leur tient à coeur. Nicolas Sarkozy a là-dessus des positions très arrêtées qu’il ne manquera pas de faire valoir à Berlin.

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par Le gorille - 21/06/2016 - 09:40 - Signaler un abus Mais à quel titre ?

    Sarko n'a pas de fonction officielle aujourd'hui. Être chef d'un parti étranger ne lui donne pas de légitimité pour exposer des avis, à son initiative qui plus est, à un chef d'Etat, quasi plénipotentiaire en Europe. Il faut vraiment croire que FH n'a aucune crédibilité auprès de Mme Merkel pour que celle-ci reçoive NS !

  • Par Le gorille - 21/06/2016 - 09:48 - Signaler un abus CDU - LR

    Quelle gymnastique ! Faut vraiment arrondir les angles...

  • Par Le gorille - 21/06/2016 - 09:49 - Signaler un abus Et s'il n'est pas élu ?

    Quelle bouillabaisse cette politique !

  • Par Piwai - 21/06/2016 - 10:01 - Signaler un abus tres bon article

    Une analyse qui me semble remarquable par sa pertinence et encore plus rare, par la qualité de son objectivité! Merci atlantico de ne pas vivre de subventions, vos articles n'en sont que meilleurs....

  • Par arcole 34 - 21/06/2016 - 10:08 - Signaler un abus @Le gorille - 21/06/2016 - 09:49

    Bonjour, vous ne pouvez pas empêcher les dirigeants anciens ou nouveaux d'avoir des relations personnelles d'amitiés et d'estime réciproque?. Par exemple je vous invite si vous ne la connaissez pas déjà de vous connectez sur la Fondation Konrad Adenauer section de Paris et vous verrez qu'un certain candidat actuel à la primaire de la droite et du centre s'y est exprimé de part le passé ( ce n'est pas NS ). Je suppose que NS sans présumer de l'avenir fait un déplacement à titre privé ou à l'invitation d'une fondation ou club de réflexion politique et en aucun cas il ne parle au nom de la France n'ayant pas reçu pour cela le mandat des électeurs. Et puis vous savez très bien que l'Europe fut fondée à l'origine sur le couple Franco-Allemand , rappelez la rencontre du Gal de Gaulle et du Chancelier Adenauer. Puis plus tard les relations VGE/Schmidt et Mitterrand/Khol etc. Après nous ne pouvons deviner à l'avance quelles seront les attitudes de nos cousins germains quand à la future alternance et cela quelque soit le président qui sera élu?. et puis à ce niveau de pouvoir je suppose que les dirigeants des pays ont un calepins de relations assez fournis en noms prestigieux . Cordialement

  • Par GP13 - 21/06/2016 - 10:08 - Signaler un abus Aveuglement

    Toujours plus d'intégration, toujours plus d'abandons de pans entiers de souveraineté...... C'est une course à l'abime, quand les nations se révolteront face au sens nouveau de l'histoire, celle de la mondialisation, qui les privent de liberté....

  • Par zouk - 21/06/2016 - 10:18 - Signaler un abus Rapprochement franco-allemand

    Certes difficile, mais indispensable à la reconstruction d'une UE dont les instances seraient enfin compréhensibles aux citoyens, le contraire même de ce que craint GP13, et cela repose sur une bonne entente des dirigeants français et allemands.

  • Par l'enclume - 21/06/2016 - 11:51 - Signaler un abus Vous me copierez 100 fois le mot souveraineté

    GP13 - 21/06/2016 - 10:08 - Quant on a 20100 milliards de dettes, on a plus aucune souveraineté, de plus lorsque c'est la solidité financière allemande qui nous garantit des prêts à des taux très bas.

  • Par D'AMATO - 21/06/2016 - 12:14 - Signaler un abus Cette réanimation a peu de chances d'être efficace...

    ....on insuffle de l'air...mais on oublie le massage cardiaque.... C'est raté!...

  • Par GP13 - 21/06/2016 - 15:31 - Signaler un abus A Zouk et l'Enclume

    Oui à une bonne entente des dirigeant français et allemands. Cela a un nom : alliance. Le peuple souverain ne s'attache pas aux milliards de dettes dont il n'a que faire. C'est bien pourquoi le tragique est devant nous..... à moins que l'on consente à réformer l'union européenne pour en faire une Europe des Nations dans laquelle la subsidiarité sera appliquée chaque fois qu'elle est possible.

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Jérôme Vaillant

Jérôme Vaillant est professeur émérite de civilisation allemande à l'Université Charles-de-Gaulle Lille 3 et directeur de la revue Allemagne d'aujourdhuiIl a dirigé le dernier dossier avec Rudolf Herrmann publié dans le numéro 212 (avril-juin 2015) intitulé "Les réformes territoriales en France et en Allemagne". Jérôme Vaillant vient de codiriger avec Joachim Umlauf un cahier sur la situation de l’enseignement de l’allemand en France et sur l’enseignement du français en Allemagne dans le numéro 215 de la revue Allemagne d’aujourd’hui (janvier-mars 2016) , consultable ici

Voir la bio en entier

Henri de Bresson

Henri de Bresson a été chef-adjoint du service France-Europe du Monde. Il est aujourd'hui rédacteur en chef du magazine Paris-Berlin.

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€