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Remaniement : pourquoi Emmanuel Macron a raison de tenir tête aux médias

Le psychodrame qui se joue dans les médias français à propos du remaniement ministériel invite à regarder les choses de plus près.

Calme et sérénité

Publié le
Remaniement : pourquoi Emmanuel Macron a raison de tenir tête aux médias

 Crédit JEAN-PHILIPPE KSIAZEK / AFP

Les faits d’abord. Le départ de Gérard Collomb du ministère de l’Intérieur impose-t-il un remaniement ? Même pas. D’une part, parce que les mauvaises langues diront que sa présence ou son absence n’est sans doute que de peu d’effet sur le fonctionnement du ministère ; d’autre part, parce que rien n’empêche de cumuler des fonctions ministérielles – comme le fait, de manière temporaire, le Premier ministre.

 
Pour autant, s’agissant d’un des principaux ministères régaliens, dont le précédent titulaire a quitté la direction en annonçant explicitement des troubles à venir, dans un pays où le risque terroriste n’est pas exclu et la violence quotidienne, il est en effet souhaitable que ce travail à temps plein trouve enfin preneur.
D’où cette annonce de remaniement qui fait saliver les salles de rédaction, sans doute d’ailleurs plus que le reste de la France…
 
Mais voici le Président de la République aussitôt soumis à trois critiques depuis presque une semaine : le remaniement prendrait trop de temps ; il serait prévu selon des formes insuffisantes ; et il serait en lui-même insuffisant. Que penser de ces arguments ?
 
Sur le temps d’abord, il est assez logique que ce remaniement prenne du temps. D’abord, parce que le principal poste à pourvoir est, on l’a dit, particulièrement important de nos jours ; ensuite parce que le Chef de l’État entend procéder à d’autres changements au sein de l’équipe gouvernementale. Or ce changement plus vaste est soumis à plusieurs freins.
 
Le premier frein, juridique et politique, est la nécessité de faire passer les dossiers au crible de la Haute Autorité pour la Transparence de la Vie Publique. Il est vrai que nommer quelqu’un qui serait conduit à démissionner deux mois après, à la suite de révélations dans la presse, ou traînerait des soupçons de conflits d’intérêt, semble peu compatible avec la « République exemplaire » promise en 2017.
 
Le deuxième frein, purement politique cette fois, réside dans la difficulté de choisir l’orientation nouvelle du gouvernement. On peut retenir quatre solutions : nommer des personnalités de gauche, pour faire face à l’accusation de dérive droitière qui pourrait amener des socialistes convaincus par LaREM de repartir au PS, voire de glisser chez Mélenchon ; nommer des personnalités de centre-droit, pour éviter que ces ralliés, déçus, ne se montrent sensibles aux sirènes de LR – y compris, depuis peu, à celles de Laurent Wauquiez ; nommer des techniciens confirmés, sinon apolitiques, au moins pas vraiment hommes politiques ; nommer enfin des nouveaux arrivants venant de la gauche la plus radicale à la droite la plus dure, mais hors « souverainistes », « nationalistes » ou « eurosceptiques » affirmés, pour bâtir un gouvernement d’union nationale, le justifiant à la fois par les risques de crise économique et par l’approche d’élections européennes dramatisées. On le voit ces choix sont essentiels stratégiquement, et l’on comprend les hésitations comme les éventuelles différences d’approche que certains ont cru déceler entre Emmanuel Macron et Édouard Philippe.
 
Le troisième frein est de trouver des personnalités qui acceptent de jouer le jeu, c’est-à-dire qui pensent que la participation à un gouvernement d’Emmanuel Macron leur rapporte plus que leur situation actuelle – que ce soit financièrement, en termes d’image politique, de plaisir personnel de participer à la direction du pays, ou d’autres encore. La presse se fait l’écho de refus essuyés par l’équipe au pouvoir, mais il serait excessif d’en tirer des conclusions sur son discrédit, car de multiples raisons peuvent entrer en jeu, autres que le peu d’envie que l’on a de mettre le pied sur un bateau qui coule.
 
Les critiques qui portent sur la durée de ce remaniement sont donc infondées, et la « tension » n’est guère que celle de commentateurs qui peinent à trouver quoi dire en attendant… mais seraient bien avisés de ne pas se faire prendre à un possible piège. Car alors que l’on retient son souffle pour savoir qui entrera et qui sortira – ce qui est, disons-le, de peu d’effet sur la politique menée – on oublie de commenter les textes qui sont votés par un Parlement qui n’a pas arrêté son travail, de la loi Pacte à celle sur les « infox » pour reprendre le nouveau terme désignant les fausses nouvelles. Au point que l’on puisse se demander si l’attente du remaniement ne sert pas à égarer l’opinion sur de fausses pistes…
 
 
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Christophe Boutin

Christophe Boutin est un politologue français et professeur de droit public à l’université de Caen-Normandie, il a notamment  publié Les grand discours du XXe siècle (Flammarion 2009)  et co-dirigé Le dictionnaire du conservatisme (Cerf 2017).

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