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Remaniement : Emmanuel Macron rattrapé par son mode de conquête du pouvoir

Pendant que le Canard Enchaîné révélait les tensions existantes entre Elysée et Matignon concernant le nom du prochain ministre de l'intérieur, Libération indiquait que Christophe Castaner aurait menacé de démissionner s'il n'avait pas le poste. C'est aujourd’hui le cœur de la macronie qui semble affecté, malgré la loyauté affichée de ces deux personnalités.

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Publié le
Remaniement : Emmanuel Macron rattrapé par son mode de conquête du pouvoir

Atlantico : En quoi Emmanuel Macron paye-t-il ici une problématique de personnalisation du pouvoir insuffisamment ancrée dans un projet politique défini ?

Les Arvernes : La personnalisation du pouvoir n’est pas l’invention d’Emmanuel Macron. Elle est largement inscrite au cœur de la Vem République.

Pourtant, avec Emmanuel Macron, elle atteint des niveaux très préoccupants, pour plusieurs raisons.

Première raison, l’arrivée d’Emmanuel Macron, contrairement à ceux qui croient au sens de l’Histoire, est une sorte de miracle. En d’autres termes, il n’aurait jamais dû être élu. Rappelons que sans les paroles en l’air d’Arnaud Montebourg, il aurait quitté la politique. Que si Alain Juppé avait gagné la primaire, il n’avait pas d’espace. Pas plus d’ailleurs que si François Hollande s’était représenté, si François Fillon n’avait pas fait une campagne catastrophique etc. Bref : le macronisme est une anomalie.

C’est la rencontre d’un homme qui a eu une Baraka inouïe, à un moment bien spécial de l’histoire de notre système politique. Dans ce contexte il est logique qu’il soit arrivé largement sans équipe constituée.

Deuxième raison, Emmanuel Macron a le même problème que Nicolas Sarkozy : il s’estime suffisamment intelligent pour diriger un pays comme la France, malgré sa complexité, malgré la complexité du monde, seul avec deux ou trois personnes, et en réalité avec une seule, Alexis Kohler. C’est évidemment une erreur tragique.
Troisième raison, plus profonde, et qui ne concerne pas que la France : Emmanuel Macron est arrivé au pouvoir à un moment bien précis de l’histoire de nos démocraties, celui où le vivier politique est complètement asséché. Pour faire court, l’Occident, avec la chute du mur de Berlin, s’est laissé intoxiquer par la vulgate anglo-saxonne, selon laquelle la politique passait après le marché et l’économie. C’est une erreur terrible, que tout l’Occident paye. Pour le dire simplement, les occidentaux ont oublié cette évidence : il faut, à la tête des pays, une partie des meilleurs, c’est à dire des plus intelligents, des plus compétents, des plus vertueux au sens de l’article 6 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789. Aujourd’hui, c’est un secret de Polichinelle : les hommes politiques sont médiocres.

Comment comprendre le paradoxe d'une conquête réussie du pouvoir qui a pu se construire sur une ambiguïté programmatique et ce qui ressemble aujourd’hui à la facture du "en même temps" ?

Ce n’est pas un paradoxe. Cette conquête du pouvoir est un accident, une effraction, une aberration. Cela ne signifie nullement qu’Emmanuel Macron est dénué de qualités. Il en a au moins une, mais elle est essentielle : l’audace.

Ce que l’on appelle le « en même temps », ce n’est pas une pensée complexe du monde. C’est la recette d’un artifice, grâce auquel Emmanuel Macron a su conquérir le pouvoir. Dans un monde politique marqué par une immense médiocrité, Emmanuel Macron sait trouver dans son charme et dans la raison technicienne la capacité de tenir en même temps tous les discours, même les plus contradictoires. Ceci nous amène, selon nous, au cœur du personnage, qui, dans toute sa complexité, est un imposteur.
Imposteur de nature, car derrière le « en même temps », derrière la posture du Président littéraire, derrière l’échec à Normale Sup, dont il ne se remet pas, se cache au fond l’irrésistible envie non pas de politique, mais de culture, d’art, c’est à dire de représentation.

 
Commentaires

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  • Par cloette - 11/10/2018 - 11:37 - Signaler un abus J'ai rarement lu un article

    J'ai rarement lu un article aussi pertinent, une analyse aussi fine qui décrit bien la situation !

  • Par cloette - 11/10/2018 - 11:37 - Signaler un abus J'ai rarement lu un article

    J'ai rarement lu un article aussi pertinent, une analyse aussi fine qui décrit bien la situation !

  • Par Ex abrupto - 11/10/2018 - 11:55 - Signaler un abus MM les Arvernes bon, maintenant...

    ...on fait quoi? Avec macron qui ne peut être jeté dehors.... J'ai hâte de vous lire.

  • Par Eface - 11/10/2018 - 13:10 - Signaler un abus Un article à reprendre

    Par TOUS les médias qui ont une responsabilité certaine dans l’élection de Macron. Merci pour cette analyse très pertinente

  • Par Thierry27 - 11/10/2018 - 13:36 - Signaler un abus Fillon : une belle campagne, un assassinat

    Je souscris totalement à cet article. Ce n'était pas faute de prévenir les Français pendant cette campagne complètement pourrie de 2017... 2 remarques. D'abord N. Sarkozy n'est pas un homme vulgaire. Surtout, F. Fillon (dont je ne suis pas inconditionnel, j'étais juste enthousiasmé par son projet et son professionnalisme) n'a pas fait une "campagne catastrophique". Il a été assassiné par une meute de merdias roses et de juges rouges concentrée dans quelques officines parisiennes. C'est tout. Il s'est plutôt bien défendu face aux attaques, il a su promouvoir son projet puissant et précis, mettre en garde contre l'imposture Macron. Mais tout a été fait pour l'étouffer, et ses soutiens avec. Je garde encore un souvenir sordide de cette période de février à avril 2017 où nous avions beau dire, écrire, tracter que Fillon était l'homme de la situation et Macron un Hollande bis, rien n'y faisait, les sarcasmes de vierges effarouchées reprenaient le dessus comme si Macron était parfait. Après ce lynchage, 20% fut plutôt un succès ! Le rouleau compresseur des législatives a asséné le coup de grâce. Quand est-ce qu'on REVOTE, pour de bon cette fois et sans irruption des juges rouges ?!?

  • Par Citoyen-libre - 11/10/2018 - 14:35 - Signaler un abus Très bien

    Un tableau extrêmement lucide de la situation. Mais ce qui m'interpelle le plus c'est cette mise en évidence que dans la politique on retrouve beaucoup de médiocres. Peut-être faudra t-il admettre un jour, que Sciences PO et l'ENA, fabriquent des gens cultivés mais tout de même médiocres et incompétents quand à la gestion d'un pays. Et deuxième interrogation, pourquoi la politique attire tant les médiocres : Leur narcissisme se satisferait plus de paroles que d'actes ? Ce serait donc une question de profil dès la sélection ? Castaner qui se voit ministre de l'intérieur, un tel culot est tout de même hallucinant ! Il faudrait peut-être faire en sorte que ces gens redescendent de leur pied d'estale et qu'il redécouvre l'humilité. Mais pour ça, il nous faudrait des médias de haute volée.....pour assurer un vrai contre pouvoir. En tout cas, merci à Atlantico pour ce type d'article.

  • Par cloette - 11/10/2018 - 15:36 - Signaler un abus Le dernier trio à Paris

    Le moins pire fut quand même Sarko ...

  • Par lili57 - 11/10/2018 - 15:41 - Signaler un abus contente

    de lire que Sarkozy n'était pas un président vulgaire, contrairement à ses successeurs dans leurs paroles et dans leurs actes, sans beaucoup d'indignation de la part des journalistes.

  • Par Bobby Watson - 11/10/2018 - 16:38 - Signaler un abus Lucidité

    Une analyse lucide et implacable, sans rancœur , qui analyse bien les ressorts de la Macronie, en premier lieu de son chef. On espère que Laurent Wauquiez la fera sienne pour proposer une alternative raisonnable au pouvoir actuel.

  • Par xenophon - 11/10/2018 - 17:26 - Signaler un abus Probablement exact

    Malgré une carte de visite séduisante, Macron pourrait bien se confirmer comme un histrion imposteur un brin paranoïaque. Il reste à espérer que certaines de ses "réformes" ne soient pas inutiles. Ce sera toujours ça de gagné. Le problème qui apparait progressivement dans toute son importance, c'est celui de l'après Macron. L'opposition fracassée pourra-t-elle se restructurer?Dans quel état sera la France?

  • Par vangog - 11/10/2018 - 22:31 - Signaler un abus Ah merde! Un comédien raté qui venge ses frustrations...

    en manipulant les gogos....ça ressemble un peu à l"histoire du socialiste Hitler, celle de Macrouille...

  • Par del1968 - 12/10/2018 - 00:13 - Signaler un abus Baraka inouie ... ou savamment orchestrée ?

    Ecouter l’analyse de Michel Onfray sur le sujet. Pour le reste hélàs bien d’accord avec l’analyse. Comme Ex Abrupto, maintenant on fait quoi ? On attend 4 ans en se lamentant pour constater l’étendue des dégâts ? Avec un contrat social en lambeaux et un pays apauvri ?

  • Par lemillanh - 12/10/2018 - 23:19 - Signaler un abus inutile de refaire la campagne présidentielle

    mais les Français ont cru bon d'accoucher d'une illusion. FF défendait le bon programme pour remettre la France en marche et dégonfler le Mammouth. AJ a été balayé avec raison, au bout du compte FF a mordu la poussière autour de ses affaires privées et de son péché pour le luxe et il a très chèrement payé la jalousie de certains électeurs boostés par les médias et l'acharnement de certains juges, il a collecté plus de voix que Chirac en 2002 mais il a perdu... Quand à Macron le vainqueur aucun des protagonistes n' a su exploiter ses failles: son revenu à 100 000 € par mois à la banque et son absence de patrimoine, sa capacité à glisser sur tous les sujets par son admirable maitrise du dogme "du en même temps" sa phraséologie de réussir à ne rien dire sur un sujet qu'il ne maitrisait pas ( la remarque de MLP) et une certaine attitude autoritaire qui sera éclatante le jour de la passation de pouvoir nous avons eu droit à l'arrogance de sa réussite indiscutable si on a rit de VGE ouvrant sa table aux boueux je suis triste de voir un président enlacé avec un repris de justice ou surmonté d'un doigt d'honneur qui une insulte non pas au couple présidentiel mais à nous gaulois/e

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