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Réformes des retraites : vraie révolution ou énième réforme comptable pour décaler le moment où nous allons heurter le mur ?

L’unification des régimes de retraite est un gigantesque chantier qui peut potentiellement concerner tous les actifs travaillant en France, soit plus de 30 millions de personnes.

Deux voies, un choix

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Réformes des retraites : vraie révolution ou énième réforme comptable pour décaler le moment où nous allons heurter le mur ?

Atlantico : Alors que le débat relatif à l'ambition réformatrice d'Emmanuel Macron sur la question des retraites s'est animé ces derniers jours autour de la question des pensions de réversion, que penser de la logique du système envisagé par Emmanuel Macron, reposant notamment sur l'idée «d'un euro cotisé donnant les mêmes droits pour tous» ? Faut-il y voir une révolution réelle ou une nouvelle réforme comptable repoussant les difficultés à plus tard ? Quelles en sont les difficultés politiques ?

Philippe Crevel : Lors de la sa campagne présidentielle, Emmanuel Macron avait promis « qu’un système universel avec des règles communes de calcul des pensions sera progressivement mis en place. Il a émis le principe qu’un euro cotisé doit donner lieu aux mêmes droits de retraite. Toujours, dans son programme figurait l’idée de la suppression des régimes sociaux. Il est depuis plus discret sur ce sujet. En revanche, Emmanuel Macron a réaffirmé son intention de réformer les régimes de retraite en ne touchant « pas à l’âge de départ à la retraite » qui devrait rester fixer à 62 ans, « ni au niveau des pensions ».

Si cette réforme était menée à son terme, ce serait la première fois depuis 1945 que la France s’engage dans une réforme systémique de ses régimes de retraite. Depuis 1993, les gouvernements ont opté pour des mesures de nature paramétrique. Ils ont joué sur la quasi-totalité des curseurs des régimes par répartition sans pour autant remettre en cause leurs grands principes. Ainsi, les pouvoirs publics ont agi sur la durée de cotisation, l’âge légal de départ à la retraite, les règles d’indexation, etc. Une convergence entre les différents régimes de base a été entreprise mais sans pour autant aboutir à une unification et un alignement de toutes les règles. L’instauration d’un régime unique des retraites est, depuis la fin des années 80, régulièrement soulevée mais tous les gouvernements ont refusé jusqu’à maintenant de s’y engager. La loi portant réforme des retraites de 2010 qui a reporté l’âge légal de départ à la retraite de 60 à 62 ans prévoyait que la création d’un régime unique par points soit étudiée à compter de 2013. Ce projet d’étude ne vit pas le jour. Sept ans plus tard, la question refait surface.

L’unification des régimes de retraite est un gigantesque chantier qui peut potentiellement concerner tous les actifs travaillant en France, plus de 30 millions de personnes. Les 16 millions de retraités pourraient échapper à la réforme en restant soumis aux règles actuelles pour leurs pensions.

Cette unification, en fonction des modalités qui seront retenues, créera des gagnants et des perdants qu’il conviendra de traiter. Il faudra également instituer un dispositif de lissage pour éviter que les actifs se situant à quelques années de leur départ à la retraite ne soient pénalisés. La réforme systémique pose également la question du mode de gouvernance qui est actuellement de nature paritaire. Que deviendront les caisses de retraite, les institutions de retraite paritaires, les salariés qui y travaillent ?

 
Commentaires

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  • Par vangog - 22/06/2018 - 10:51 - Signaler un abus quelle unification????? et la SNCF?...

    et les régimes spéciaux?...gros enfumage macroniste, en perspective! sortez vos masques à gaz...

  • Par ajm - 22/06/2018 - 13:08 - Signaler un abus Grande manipulation opaque.

    Cette réforme menée par des personnes dont pratiquement aucune ne relève du regime de droit commun du secteur privé ( politiques, députés, hauts fonctionnaires, synficalistes d'entreprises publiques) risque de se faire principalement au détriment des cadres et des professions libérales dont les pensions ( avec des taux de remplacement qui ne depassent pas 50% et souvent nettement moins) sont plus élevées que la moyenne. Les reserves de leurs régimes seront pillées par Bercy, et la retraite des fonctionnaires sera adossée au nouveau régime sans que ses spécificités soient gommees .Cela se fera comme EDF où des soultes très sous-evaluees ont été versées aux regimes de droit commun pour compenser en théorie la charge nouvelle censée compenser la structure démographique très déséquilibrée du regime spécial.Tout ce fera dans une grande opacité avec des campagnes orientées par les medias aux ordre qui pointeront des cas hors norme ( style veuve de cadre dirigeant qui touche une grosse pension de reversion..) pour mieux jeter l'anathème sur les futurs catégories destinées à etre sacrifiées. A la fin on aura un système très centralisé quasi soviétique à la main de Bercy .

  • Par ajm - 22/06/2018 - 13:25 - Signaler un abus Quadrature du cercle.

    Ce système très centralisé obligera beaucoup de catégorie de Français à se constituer eux mêmes une retraite complémentaire sans pour autant payer moins au nouveau regime soviétique où, au nom de la solidarité, ils cotiseront largement à fonds perdus. La hausse indéfinie de la CSG reduira la capacité de financement de ces regimes prives complementaires.Des "happy few" continueront à avoir des pensions hors normes : certains regimes spéciaux qui demeureront , cadres dirigeants de grandes entreprises à retraites chapeau payées par l'employeur. Sur le fond, il faut comprendre que si on veut geler à 14% du PIB ( à peu près comme en Allemagne ou en Italie ) la charge des pensions, sachant que l'espérance de vie continue à grimper et que l'on ne veut pas toucher à l'âge de la retraite , il y a une quadrature du cercle . Les Français en bonne santé devraient travailler plus tard mais comment faire quand dans beaucoup d'entreprises on commence à vous trouver vieux à 45 ans et que des dirigeants sont nommés parfois à moins de 40 ans quand autrefois ces fonctions étaient atteignables uniquement en fin de carrière ?

  • Par DESVESSIESPOURDESLANTERNES - 22/06/2018 - 18:14 - Signaler un abus Écrêtons les retraites

    À 3000 e/mois ( puisque c’est de la répartition -c’est souvent oublié - ) et augmentons les taux sur le seul impôt équitable :l’impôt sur le revenu ,on y verras plus clair .

  • Par ajm - 22/06/2018 - 20:35 - Signaler un abus Plafonner les pensions, deplafonner les cotisations.

    Si on plafonne les pensions sans plafonner en proportion les cotisations, c'est le socialisme, nom savant pour spoliation

  • Par Anguerrand - 23/06/2018 - 08:05 - Signaler un abus Une façon de faire payer les retraites du public

    par le privé. Une même caisse pour tous et l’etat pourrait ainsi se désengager des régimes spéciaux et des fonctionnaires qui, chacun sait est financé actuellement par le budget de l’etat, donc nous. Bien sûr une fois de plus c’est le privé qui sera lésé. C’est du moins le projet Macron qui lésera le privé une fois de plus. C’est sa manière de faire des ÉCONOMIES

  • Par Citoyen-libre - 23/06/2018 - 11:20 - Signaler un abus Scénario déja écrit

    Le petit jeu de la communication va consister à opposer les gens entre eux, relayer à longueur de journée, par les laquais médiatiques, comme cet abruti de Cohn Bendit, tous les soirs sur LCI. Dans "l'Etat" d'esprit actuel, le but final étant d'appauvrir tous les retraités (à part quelques uns bien évidement) en réduisant d'une manière ou d'une autre les pensions. Cela va prendre des mois et des années, mais ils y parviendront, avec cynisme, machiavélisme et détermination. La finance qui a, à son service les gouvernants, a compris depuis longtemps que ce calcul ne pourrait qu'augmenter le PIB et donc la croissance. 2022 étant déjà plié, d'ici 2027 l'eau de la résignation pourra allègrement couler.

  • Par Yves Montenay - 23/06/2018 - 18:31 - Signaler un abus Utile, difficile et compliqué certes, mais ...

    ...Ne résout pas le problème global, qui ne peut être résolu que par le retard de l'âge de départ. Je comprends que le gouvernement ne veut pas se mettre tous les problèmes sur le dos à la fois, mais ce recul de l'âge ne saurait tarder, quel que soit le système, même en cas de capitalisation : https://www.yvesmontenay.fr/2018/06/14/financer-les-retraites-ne-suffira-pas-il-faut-revoir-lage-du-depart/ L'idéal serait bien sûr que chacun parte quand il veut, avec une pension ajustée actuariellement, mais cela nécessiterait également que l'âge à « 100 % » passe assez rapidement à 65 ans. Nous traînons toujours la décision démagogique de Mitterrand !

  • Par DESVESSIESPOURDESLANTERNES - 24/06/2018 - 11:04 - Signaler un abus À ajm

    Dans socialisme : il a a social qui n’est pas un gros mot , et tu oublies bien volontiers que la retraite est un régime par répartition et pas de capitalisation, qu’en vertu du principe boboiste les zelites se gavent en laissant croire au péquin de base que lui aussi arrivera à se gaver

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Philippe Crevel

Philippe Crevel est économiste, directeur du Cercle de l’Épargne et directeur associé de Lorello Ecodata, société d'études et de conseils en stratégies économiques.

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Jacques Bichot

Jacques Bichot est Professeur émérite d’économie de l’Université Jean Moulin (Lyon 3), et membre honoraire du Conseil économique et social.

Ses derniers ouvrages parus sont : Le Labyrinthe aux éditions des Belles Lettres en 2015, Retraites : le dictionnaire de la réforme. L’Harmattan, 2010, Les enjeux 2012 de A à Z. L’Harmattan, 2012, et La retraite en liberté, au Cherche-midi, en janvier 2017.

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