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Réforme du Code du travail : les dangers du projet de loi El Khomri

Le Parisien a dévoilé en avant-première le projet de texte El-Khomri réformant le Code du Travail. Derrière les rideaux de fumée sur les assouplissements affichés, les employeurs peuvent se faire quelques soucis à la lecture des 105 pages de loi…

Mauvaise nouvelle

Publié le - Mis à jour le 29 Février 2016
Réforme du Code du travail : les dangers du projet de loi El Khomri

La loi El-Khomri, cheval de Troie du communautarisme

Les employeurs qui sont confrontés au délicat problème des revendications communautaires en entreprise en seront pour leur grade. Ils ne savaient déjà pas bien comment réagir face aux salariés qui demandent des menus spéciaux à la cantine, ou un aménagement de leur temps de travail pour pouvoir prier pendant leur service. La reprise in extenso des propositions Badinter en article 1 de la loi va leur compliquer encore plus la tâche.

Rappelons que l’un des principes, sorti de nulle part sauf du chapeau de Robert Badinter, invente un tout nouveau droit pour les salariés:

La liberté du salarié de manifester ses convictions, y compris religieuses, ne peut connaître de restrictions que si elles sont justifiées par l’exercice d’autres libertés et droits fondamentaux ou par les nécessités du bon fonctionnement de l’entreprise et si elles sont proportionnées au but recherché.

Certains imaginaient que la vocation d’un salarié était de travailler. Ceux-là découvrent aujourd’hui que le contrat de travail ouvre la liberté de « manifester ses convictions, y compris religieuses » dans l’entreprise. Ce principe grotesque mériterait une bonne psychanalyse. Pourquoi Badinter transforme-t-il les entreprises en annexe des mosquées?

La loi El-Khomri et la disgrâce des TPE

Pour le reste, la loi El-Khomri prévoit la possibilité de déroger négativement à la loi, c’est-à-dire d’appliquer dans l’entreprise des dispositions dérogatoires moins favorables que celles prévues par le Code du Travail. Elle limite toutefois la possibilité de dérogation aux seules situations où un accord d’entreprise ou de branche le permet. La décision unilatérale de l’employeur est bannie.

Les grandes entreprises s’en réjouiront. Toutes celles qui ont plus de 50 salariés et des institutions représentatives du personnel partageront cette joie. Celles qui disposent d’un délégué du personnel pourront caresser l’espoir de signer un accord autorisant ces dérogations.

En revanche, les très petites entreprises et les entreprises qui n’ont pas de délégué du personnel parce qu’aucun salarié n’est candidat à cette fonction seront exclues du dispositif. Elles devront attendre un hypothétique accord de branche pour obtenir la transposition de la mesure. L’écrasante majorité des entreprises françaises se trouvera dans ce cas.

La loi El-Khomri sera-t-elle applicable?

Pour le reste, le projet de loi prévoit de nombreuses dispositions permettant de « durcir » le Code du Travail, notamment en augmentant la durée du travail et en dégradant les conditions d’emploi (sur le forfait-jour, sur le travail de nuit, sur les apprentis, etc.) Toutefois, il comporte une astuce qui complique singulièrement les possibilités de mise en place effective dans les entreprises.

Dans son article 11, il limite en effet les dérogations aux cas d’accords majoritaires à 50%, au lieu des 30% actuellement. Toutefois, dans l’hypothèse où les entreprises obtiennent seulement une majorité de 30% et non de 50% sur un accord, les organisations syndicales pourront demander l’organisation d’un referendum. Ces dispositions diminuent fortement la probabilité d’une mise en place effective de la loi dans les entreprises.

 
Commentaires

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  • Par clint - 17/02/2016 - 21:12 - Signaler un abus La RATP deviendrait elle le modèle du "vivre ensemble" ?

    Inadmissible de faire entrer dans l'entreprise les pratiques religieuses, celles qui avilissent les femmes notamment. Si la loi va dans cette direction elle aura comme conséquence de défavoriser les personnes de prénoms et noms musulmans de peur d'avoir avec leurs embauches des problèmes dans l'entreprise. Ce qui conduira à des règles de discrimination positive. Et les Juppé et autres seront les premiers à les voter !

  • Par vangog - 17/02/2016 - 22:18 - Signaler un abus Je n'ai pas tout compris sur les dérogations à la loi...

    une nouvelle niche sociale?...

  • Par Ganesha - 19/02/2016 - 00:51 - Signaler un abus Hôpital psychiatrique Sainte Anne à Paris

    Belle analyse de mr. Verhaeghe, qui, lui au moins a lu ce projet de loi ! Je reste stupéfait par l'idée d’accroître la place de l'Islam dans les entreprises ! Ce soir, aux ''Guignols'' de Canal +, on présentait cette loi comme directement dictée par Pierre Gattaz, et c'est bien ce qui risque d’apparaître aux yeux des français. François Hollande est-il devenu complètement fou ? Cherche-t-il à convaincre l'ensemble des électeurs de gauche de ne plus jamais voter, en aucun cas, pour le PS ? Imagine-t-il que, par reconnaissance, les électeurs de droite vont se rallier à son ''panache blanc'' ? De toutes façons, en 2016, cette loi aura à peine le temps d’être votée, pas encore d’être appliquée, quant à voir ses résultats… L'élection de 2017 donnera-elle donc à choisir entre un ou une candidat(e) promettant de l'abolir et un autre promettant de l'appliquer ? Et tiendra-t-il ou elle ensuite sa parole ? Ma recommandation : internement d'urgence de François Hollande dans l’hôpital psychiatrique Ste Anne à Paris !

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Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe est le fondateur du cabinet Parménide et président de Triapalio. Il est l'auteur de Faut-il quitter la France ? (Jacob-Duvernet, avril 2012). Son site : www.eric-verhaeghe.fr
 

Diplômé de l'Ena (promotion Copernic) et titulaire d'une maîtrise de philosophie et d'un Dea d'histoire à l'université Paris-I, il est né à Liège en 1968.

 

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