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Référendum sur le Brexit, élections en Espagne, bras de fer entre l'Allemagne et la BCE : l'Europe face à la semaine de tous les dangers

Référendum sur le Brexit, jugement de la Cour constitutionnelle allemande sur le rachat de titres de dette par la BCE, élections espagnoles : les résultats de ces échéances cruciales pourraient sérieusement menacer la stabilité politique et économique de l'Union européenne. Chacun de ces dossiers témoigne de la profonde déligitimation dont souffre l'Europe et dont il faut s'inquiéter.

Tournant critique

Publié le - Mis à jour le 24 Juin 2016
Référendum sur le Brexit, élections en Espagne, bras de fer entre l'Allemagne et la BCE : l'Europe face à la semaine de tous les dangers

Atlantico : Cette semaine auront lieu des échéances cruciales pour l'avenir de l'Union européenne : jugement de la Cour constitutionnelle allemande sur le rachat de titres de dette par la BCE, référendum sur le Brexit, élections espagnoles. Au-delà des conséquences techniques immédiates, en quoi les résultats de ces différentes échéances pourraient-ils sérieusement menacer la stabilité politique et économique de l'Union à moyen/long termes ?

Alexandre Delaigue : La vraie combinaison inquiétante est la Cour constitutionnelle et le référendum britannique. Si la Cour constitutionnelle allemande déclare que les opérations d’OMT de la Banque centrale européenne sont contraires à la Constitution, la Bundesbank pourrait devoir sortir de ces opérations, menaçant ce dispositif dont le déclenchement est considéré comme ayant arrêté la spirale de crise dans la zone euro.

Au minimum, cela contraint la capacité de la BCE à mener ces opérations en cas de problèmes.

Un vote de sortie de la Grande-Bretagne créerait, de son côté, pas mal d’incertitudes sur le sort des banques, étant donné le poids de la place financière de Londres. Toute une série d’opérations financières reposent sur les "petites lignes" des contrats : ces conditions qui précisent que telle transaction est compatible avec la réglementation financière européenne pourraient être mises en cause si brusquement la Grande-Bretagne ne se soumet plus à cette réglementation. Cela peut sembler obscur mais ce sont ces petites conditions qui ont causé l’arrêt brutal des marchés monétaires pendant la crise de 2007. Or les banques sont déjà en situation fragile. Donc une combinaison de BCE dont les moyens d’actions sont réduits + Brexit peut être dangereuse.

L’élection espagnole est moins déterminante, mais rappelle la crise de légitimité des partis traditionnels dans les pays européens, mais également que la crise est loin d’être terminée.

Christophe Bouillaud : Les résultats de ces différentes échéances ne nous sont pas connus, mais il faut souligner qu’il n’y a ,en réalité, aucun drame à attendre de l’issue que la presse européenne présente généralement comme des issues négatives de ces échéances. Si une majorité de Britanniques votait pour le Brexit – ce qui à mon avis est devenu très improbable suite à l’émotion suscitée par l’assassinat d’une députée travailliste pro-européenne – le statut du Royaume-Uni ne serait pas si difficile à négocier. Ce ne serait pas "la fin de la civilisation occidentale" comme s’en est inquiété Donald Tusk, le président du Conseil européen. Contrairement à ce que Merkel et Macron racontent pour effrayer un peu plus l’électeur britannique, on saurait bien négocier un statut ad hoc, avantageux pour les deux parties, le Royaume-Uni et le reste de l’Union européenne. Les diplomates savent faire. On fait dans cette affaire comme si la Suisse, l’Islande ou la Norvège n’existaient pas, et n’étaient pas des pays en réalité parfaitement intégrés à l’économie européenne et mondiale.

Si la Cour constitutionnelle allemande critique le rachat de dette par la BCE, il y a fort à parier - à se rappeler ses jugements précédents (Maastricht et Lisbonne en particulier) - qu’elle le fasse de façon telle à permettre à l’euro de  continuer à subsister.

Enfin, il ne faut pas oublier que quel que soit le vainqueur des élections espagnoles, il s’agira d’un parti européiste : c’est évident pour le PP, le PSOE ou bien Ciudadanos, mais on oublie aussi un peu vite - quand on s’inquiète - que Podemos et son allié de gauche sont aussi des partis européistes. Podemos et Cie, ce ne sont les communistes "staliniens" du KKE grec ! Bref, du point de vue technique, il ne faut pas exagérer les dangers.

Par contre, ce qui se trouverait éventuellement en cause à travers les résultats que semble tant craindre la grande presse européenne, c’est la légitimité des élites qui ont gouverné l’Union européenne jusqu’ici, et par contrecoup, si ces élites ne veulent pas céder la place ou changer de politique européenne, c’est la légitimité même de l’Union européenne qui se trouverait mise en cause. Nous n’en sommes pas encore là, la stabilité politique et économique à moyen/long termes peut être sauvée si des sérieuses corrections de trajectoire sont effectuées.

Selon un récent rapport du FMI (voir ici), la zone euro est à un tournant critique. Le FMI recommande notamment une politique centralisée de soutien à la demande et un plus grand partage des risques. Pourquoi le consensus intellectuel sur les politiques à mener pour relever l'Europe économiquement et susciter l'adhésion des populations ne se traduit-il pas en réformes concrètes ?

Alexandre Delaigue : Les processus de décisions européens ne sont pas très efficaces pour traiter ce genre de situation, tout simplement. Cela dit, les recommandations du FMI sont les mêmes que depuis bien longtemps. On aurait pu lire les mêmes l’an dernier, il y a deux ans… Si on voulait résumer, les différents pays européens font des politiques nationales sans se préoccuper de l’impact que cela aura sur les autres, se contentant de discours moralisateurs lorsqu’il s’agit de parler du reste du monde. L’Allemagne vertueuse ou dictatoriale, les pays du Sud de l’Europe, victimes ou dépensiers systématiques… Mais cette approche par pays est ce qui apparaît à chaque problème. L’approche est la même pour la gestion de la crise des réfugiés, par exemple.

Il ne faut pas être entièrement négatif. Au delà des grandes propositions macroéconomiques, dans l’ensemble, la BCE fait ce qu’elle peut ; la politique budgétaire est moins restrictive qu’elle était ; et l’idée maintenant est d’essayer de faire fonctionner l’Union bancaire, un sujet technique qui ne fait pas les gros titres, mais qui est le plus important. De ce point de vue, les choses évoluent dans la bonne direction, même si on pourrait espérer que cela aille plus vite.

C’est la même chose pour la principale source de déséquilibres, le sous-investissement des entreprises et la stagnation salariale en Allemagne, deux choses qui ont tendance à se réduire petit à petit.

 
Commentaires

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  • Par zouk - 20/06/2016 - 09:34 - Signaler un abus Brexit et UE

    Une reconstruction de l'UE serait probablement plus facile sans le Royaume Uni, en raison des nombreuses exemptions dont il bénéficie et de son opposition de principe et totale à tout renforcement de la structure de gestion de l'UE

  • Par Ganesha - 20/06/2016 - 10:16 - Signaler un abus Inspiration

    J'ai vraiment l'impression que cet article est inspiré par un commentaire que j'ai publié hier, à 16h35, dans l'article sur Giscard. Je vous en fais un copié-collé : Choisissez la métaphore qui vous conviendra : l'Europe est au bord du précipice, de l'explosion, de l'effondrement. Pour, éventuellement, la sauver, il faudrait une improbable conjonction d'évènements quasi miraculeux : dans les jours qui viennent, un Brexit en Angleterre, une victoire de Podemos en Espagne. Pourra-t-on tenir jusqu'en 2017, que Marine Le Pen soit élue ? La condition ''sine qua non'', c'est de chasser honteusement l'impératrice Merkel : législatives en Allemagne entre août et octobre 2017. Les chefs d'état européens pourront alors créer le bases d'une ''Nouvelle Alliance''. Si vous etes croyant, c'est le moment d'allumer des bougies et de faire bruler des batonnets d'encens !

  • Par cloette - 20/06/2016 - 10:24 - Signaler un abus Faire bouger les choses

    Ça veut dire quoi ?

  • Par Ganesha - 20/06/2016 - 10:55 - Signaler un abus Va Pensiero

    Hier sur Arte, il y avait des émissions sur Giuseppe Verdi. On nous racontait sa lutte pour l'indépendance de l'Italie, du ''Chœur des Hébreux'' (''Va Pensiero''). A cette époque, les français ont aidé les italiens qui luttaient contre la tyrannie des Habsbourg. Cela m'a fait penser au mouvement actuel des peuples européens pour se libérer de la tutelle de la Commission européenne. Et, au moins, l'impératrice Sissi était plus belle qu'Angela Merkel !

  • Par Anguerrand - 20/06/2016 - 10:56 - Signaler un abus A Ganesha

    Magnifique, si meme les journalistes reprennent vos idées, présentez vous aux primaires et vous serez élu à coup . N'auriez vous pas pris un peu la grosse tête? J'oubliais au FN ce parti démocratique n'a pas fait de primaire, MLP a ete elu a 99,9% ce qui prouve que si vous voulez vous présenter avec l'étiquette FN, vous serez évincé de ce parti démocratique. Dernière solution, vous présenter à titre individuel, mais il vous faudra un programme positif, pas moyen d'y glisser des insultes, votre fort. SVP retomber sur terre avec la plèbe.

  • Par lasenorita - 20/06/2016 - 11:11 - Signaler un abus L'Europe et l'immigration clandestine.

    Nos ''gouvernants'' européens n'ont toujours pas compris que la majorité des Européens ne veulent pas de ces ''migrants'' clandestins et musulmans.. qui viennent chez nous que pour répandre l'islamisme et profiter des ''aides'' nombreuses qu'on leur donne....l'immigration illégale, en France, est chiffrée à 1,38 milliards d'euros chaque année (le Ministère de la Santé:1,251 milliards)...96% des personnes déboutées du ''droit d'asile'' restent en France...voir http://www.breizh-info.com/2016/04/28/42739/cout-de-limmigration-irreguliere-france-representerait-138-milliards-deuros Les Britanniques en ont MARRE, eux aussi, des musulmans qui les envahissent ..voir http://reinformation.tv/facture-immigration-grande-bretagne Les musulmans, eux, ne se gênent pas avec les clandestins: ils tirent avec des ''balles réelles'' sur eux...voir http://liberation.fr/planete/2016/06/19/des-gardes-turcs-tirent-sur-des-syriens-a-la-frontiere-8-morts_1460514 Si les Européens (non-musulmans) faisaient de même avec les CLANDESTINS musulmans qui abordent continuellement sur nos côtes...le problème des ''migrants'' serait vite réglé...

  • Par cloette - 20/06/2016 - 11:32 - Signaler un abus Anguerrand

    Napoléon a-t-il eu besoin de primaires ? Et De Gaulle ? Vous confondez primaires et élections présidentielles . Vous voyez bien ce qui se passe aux LR , le parti est devenu illisible . Quant au PS les primaires annoncèes de Cambadelis sont un piège à c.. Pour favoriser un Hollande laminé .

  • Par Ganesha - 20/06/2016 - 11:35 - Signaler un abus Minettes sentimentales

    En page 1, Christophe Bouillaud reprend un autre de mes arguments, lorsqu'il écrit : ''On fait dans cette affaire comme si la Suisse, l’Islande ou la Norvège n’existaient pas, et n’étaient pas des pays en réalité parfaitement intégrés à l’économie européenne et mondiale.'' Il oublie tout juste d'y ajouter la livre anglaise… Par contre, je le trouve bien méprisant envers la nature humaine, lorsqu'il écrit : ''le Brexit – ce qui à mon avis est devenu très improbable suite à l’émotion suscitée par l’assassinat d’une députée travailliste pro-européenne''  Les anglais ne seraient donc que des minettes sentimentales qui engagent tout leur avenir sur un fait divers survenu au moment opportun ?

  • Par cloette - 20/06/2016 - 12:12 - Signaler un abus de plus Anguerrand

    je suis mon idée, ces primaires vont peut être éliminer celui qui aurait fait le meilleur président ? Le mieux serait que tous les candidats à la primaire se présentent à l'élection présidentielle ils verraient chacun leur vrai score, mais naturellement les meetings coutent cher ....et le parti ne peut pas financer tout le monde , il me semble que jadis, cela n'existait pas ....

  • Par Ganesha - 20/06/2016 - 12:13 - Signaler un abus Autre fait divers

    L’assassinat de la ministre suédoise pro-UE Anna Lindh en 2003, 4 jours avant le référendum sur l’introduction de l’euro en Suède n'a probablement pas influencé la victoire du “non” . La Suède fait partie de ces états qui essaient misérablement de survivre avec une monnaie nationale.

  • Par cloette - 20/06/2016 - 12:33 - Signaler un abus Europe maléfique

    si elle incite à des assassinats pour le in ou le out !

  • Par Ganesha - 20/06/2016 - 12:54 - Signaler un abus Paul Voise

    En 2002, l'utilisation hystérique par TF1 de l'agression d'un retraité, trois jours avant le premier tour des présidentielles, a favorisé le passage de JM. Le Pen devant Lionel Jospin. https://fr.wikipedia.org/wiki/Affaire_Paul_Voise

  • Par Ganesha - 20/06/2016 - 13:54 - Signaler un abus Cloette

    Cloette, un des principaux problèmes de la Démocratie, c'est que beaucoup de questions sont tranchées par des votes à 50.1 contre 49.9 %. Il vaudrait alors probablement mieux mettre la décision en attente et refaire un scrutin quelques mois plus tard. Au sujet des primaires, le problème, c'est que les opposants les plus farouches peuvent y participer. Je méprise aussi profondément le PS que les Ripoublicains, mais j'irai certainement voter à leurs primaires. Seule question, faut-il voter pour leurs candidats les plus répugnants, comme Sarko, Juppé, Fillon et les autres, l'épave Hollande au PS, espérant qu'ils seront rejetés aux présidentielles ? Ou plutôt ceux qui pourraient ''sauver l'honneur'', comme Nadine Morano, NKM, Montebourg, Aubry ?

  • Par arcole 34 - 20/06/2016 - 16:59 - Signaler un abus ENTRE HONNEUR ET DESHONNEUR

    Il est des mots sous la plume d'un certain dieu du bonheur qui sont lourds de sens mais aussi répugnants que le pom pom boy de MLPS qui en n'est l'auteur . Après tout est relatif quand à ces propos , je ne dirai que cela ferait qu'un détail de l'histoire mais cependant il semblerait que le sens de l'histoire chez cet histrion se soit achevé dans son cycle dans les fumées des crématoires d'Auschwitz .

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Alexandre Delaigue

Alexandre Delaigue est professeur d'économie à l'université de Lille. Il est le co-auteur avec Stéphane Ménia des livres Nos phobies économiques et Sexe, drogue... et économie : pas de sujet tabou pour les économistes (parus chez Pearson). Son site : econoclaste.net

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Christophe Bouillaud

Christophe Bouillaud est professeur de sciences politiques à l’Institut d’études politiques de Grenoble depuis 1999. Il est spécialiste à la fois de la vie politique italienne, et de la vie politique européenne, en particulier sous l’angle des partis.

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