Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Jeudi 18 Janvier 2018 | Créer un compte | Connexion
Extra

Redoublement : pourquoi il est urgent de cesser de confondre les causes et les conséquences de l’échec scolaire

Le redoublement alors qu'il avait été supprimé devrait être rétabli par le ministre de l'Education nationale, ce qui n'est pas sans inquiéter parents et élèves.

Education

Publié le
Redoublement : pourquoi il est urgent de cesser de confondre les causes et les conséquences de l’échec scolaire

Atlantico : Le redoublement en cas d'échec en fin d'année scolaire a été quasiment supprimé en 2014 (sauf volonté des parents ou cas exceptionnels), car la Ministre de l'Education de l'époque, Najat Vallaud-Belkacem, le trouvait majoritairement inefficace. Aujourd'hui, Jean-Michel Blanquer préparerait un décret pour rétablir le redoublement. Reste cependant la question des "redoublements secs" ou "inefficaces", qui sont non seulement une réalité mais surtout une majorité. Pour s'en prémunir, le Ministre actuel souhaiterait que les redoublements restent "exceptionnels", mais surtout il compte rendre aux professeurs la responsabilité des décisions.

Avec cet assouplissement, ne risque-t-on pas d'avoir un enseignement à deux vitesses, l'un pratiquant un redoublement sélectif et élitiste, et l'autre suivant la ligne pédagogiste de Najat Vallaud Belkacem ? 

Jean-Paul Brighelli : Mais nous avons déjà un enseignement à deux vitesses — selon que les enseignants suivent (de près, de plus loin ou de très loin) les consignes prodiguées dans les ESPE, conformément aux vœux du Conseil Supérieur des Programmes (le départ de Michel Lusseau n'a rien changé pour le moment) et des pédagogistes qui occupent tous les échelons de l'Education nationale, tant ils se sont cooptés les uns les autres ! Nous avons un enseignement à deux vitesses selon que vous dépendez (ou non) d'une carte scolaire qui vous envoie dans un ghetto scolaire, ou dans un établissement pédagogiquement éclairé ! La répartition se fait strictement sur des critères financiers — en fonction des loyers de votre lieu d'habitation. Sidérant, non ? On n'enseigne pas de la même manière à Saint-Denis et à Paris Vème arrondissement. Et l'on redouble moins à Henri-IV qu'au collège Jean-Claude Izzo dans les Quartiers Nord de Marseille — ou on passe en meilleur état.

Dans ce contexte, redoubler n'a plus la moindre importance. J'ai fait des centaines de conseils de classe, j'ai voté pour des dizaines de redoublements — quand, en mon âme et conscience, je pensais qu'il pouvait être profitable à l'élève. Mais si l'enseignement ne s'améliore pas, si l'on persiste à faire garderie, à évaluer des "compétences" au lieu de transmettre des savoirs, quelle importance désormais ?

Ce n'est plus même pour des raisons pédagogiques (ou idéologiques) que l'on en est arrivé à supprimer l'hypothèse même des reodublements. C'est pour des raisons comptables. Selon les filières et le niveau de classe, un élève coûte de 6000 à 12 000 euros par an. Pourquoi croyez-vous que le niveau de réussite au Bac est si élevé ? Parce que 11% de redoublants, en Terminale, cela coûte déjà près d'un milliard d'euros. Alors, davantage…

À l'autre bout de l'échelle, que signifie redoubler le CP, sinon que la méthode d'apprentissage du Lire et de l'Ecrire était déficiente ? La méthode, et très rarement l'élève ! Quand le ministre, qui au fond est favorable à une méthode alpha-syllabique, va-t-il se résigner à l'imposer à des instituteurs formés idéologiquement dans les défunts IUFM ou les actuels ESPE par des maniaques du départ global et de l'idéo-visuel ? Virons-les — ça, ça nous fera des économies !

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par kelenborn - 30/11/2017 - 15:48 - Signaler un abus OUI

    Ayant été prof d'économie pendant 11 ans, j'ai aussi quelques idées sur l'EN et ayant fait de l'économie cela aide aussi comme on dit. Brighelli nous explique , à juste titre , que le ministère est vérolé par des pédagogistes. On n'a pas de mal à le croire, tout en précisant que le sabotage de l'enseignement a surtout pour objet , au côté des discriminations positives de casser l'ascenseur social qui menace les dominants. Mais quand Brighelli nous explique que le non redoublement répond à des soucis budgétaires, on rigole!!! Le bac est aujourd'hui distribué comme les confettis à la sortie de l'église et le résultat en a été le gonflement du nombre d'étudiants. Il y a 30 ans, avec bac+4, 30% d'une génération trouvait du boulot. Aujourd'hui on est à bac +6 pour le plus grand profit des universitaires. Combien coûte un étudiant? Et ce système a un immense avantage: quand vous êtes étudiants, vous n'êtes pas...demandeur d'emploi! Les têtes pensantes du ministère de l'EN ne débordent peut-être pas de neurones mais les cranes d'oeuf de Bercy si !!!

  • Par thymthym711 - 30/11/2017 - 22:37 - Signaler un abus La connaissance du français avant tout.

    "Mais on a choisi d'appauvrir l'enseignement du français : commençons donc par redonner aux collégiens les 600 heures de français, entre la sixième et la troisième, que vingt ans de petites économies leur ont volées." Quatre heures de français par semaine font environ 600 heures en quatre ans. Si 600 heures avaient été "volées" il ne resterait quasiment plus d'enseignement de cette discipline. Mais peu importe ! Il est vrai que l'enseignement du français a été terriblement rogné. Sur les quatre années cela doit représenter plus d'un quart de l'horaire d'autrefois. Il serait par exemple très judicieux de supprimer une discipline comme la technologie (qui peut être enseignée en lycée de manière bien plus efficace et utile pour ceux qui seraient intéressés par la voie technologique) et de rendre au français l'heure et demi hebdomadaire ainsi récupérée. Quant au redoublement, il faut bien se dire que nombre d'élèves qui recommencent une classe ne sont pas de vrais redoublants. En fait il y a des élèves qui, dans l'année, ne font rien ou presque rien durant les cours et en dehors des cours. C'est comme s'ils n'avaient pas fait l'année en question. Ils ne sont donc pas des redoublants.

  • Par vangog - 02/12/2017 - 13:28 - Signaler un abus @thymthym711 parfaitement d’accord!

    L’apprentissage du français doit être rétabli intégralement. Et cet apprentissage doit débuter dès l'école élémentaire...beaucoup plus fondamental que « les enseignements pour questionner le monde, les enseignements artistiques (arts plastiques et éducation musicale) ou l’enseignement moral » (Ce n’est pas à l’ecole d’apprendre la morale aux enfants)

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Jean-Paul Brighelli

Jean-Paul Brighelli est délégué Education de Debout la France. Professeur agrégé de lettres, enseignant et essayiste français, il est également l'auteur ou le co-auteur d'un grand nombre d'ouvrages parus chez différents éditeurs, notamment La Fabrique du crétin (Jean-Claude Gawsewitch, 2005) et La société pornographique (Bourin, 2012). 

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€