Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Mardi 17 Octobre 2017 | Créer un compte | Connexion
Extra

Rapport de l'Unicef sur l’enfance : comment les politiques égalitaristes ont aggravé les inégalités scolaires, au point de faire de la France l'un des pires élèves parmi les pays riches

Une nouvelle fois, la France se fait remarquer par ses piètres résultats en matière d'inégalités scolaires, reléguée aux dernières places des pays riches. C'est ce que révèle le nouveau bilan Innocenti rédigé par l'UNICEF.

Bonnet d'âne

Publié le
Rapport de l'Unicef sur l’enfance : comment les politiques égalitaristes ont aggravé les inégalités scolaires, au point de faire de la France l'un des pires élèves parmi les pays riches

Atlantico : Ce jeudi, l'UNICEF a publié son 13ème bilan Innocenti qui révèle que la France figure parmi les pays riches les plus inégalitaires en matière d'éducation (35ème place, et 12,7% des élèves en-dessous des standards PISA). Qu'est-ce qui explique cette piètre performance ? 

Pierre Duriot : Ce n'est pas une nouveauté, c'est juste la confirmation du chemin pris depuis plusieurs années et qui se confirme à chaque rapport international mettant en cause les inégalités et le niveau général de l'instruction.

Il s'agit d'une tendance lourde puisque les mauvais chiffres, comme les bons, ne s'infléchissent que sur une période d'une dizaine d'années. Plusieurs causes sont à pointer, pas toutes uniquement de la faute de l'école. Structurellement, l'ensemble de la société devient inégalitaire ; en cela l'école suit les statistiques économiques sur les écarts de richesses et de salaires dans la société, mais elle y colle alors qu'elle devrait les compenser en partie. L'école fait aussi avec l'évolution de la société, et notamment en ce qui concerne les problèmes sociétaux liés à la famille - désagrégée, recomposée, monoparentale, moins bien structurée et moins structurante. L'école souffre aussi de l'absence de mixité sociale, de disparité de cultures, de trop grande féminisation de son personnel. Un autre rapport récent, paru dans Le Monde, pointait les différences significatives dans la réussite scolaire des garçons issus des différentes origines migratoires présentes en France et leurs scolarisations respectives dans des établissements hiérarchisés. Un rapport fort peu politiquement correct et passé presque inaperçu. Langues, cultures, ségrégation sociale, ségrégation économique, nouvelles modes éducatives, addictions diverses aux écrans, s'additionnent pour rendre la tâche de l'école de plus en plus difficile.

Mais celle-ci n'a pas correctement rempli ses missions, c'est le moins que l'on puisse dire. Elle a abandonné en partie l'enseignement et l'instruction pour se focaliser sur des items éducatifs, pour ne pas dire politiques. A ceux qui en douteraient, on peut étaler moult directives ministérielles sur les combats contre le racisme, l'homophobie, le respect des cultures allogènes. On peut citer également les multiples "sensibilisations", à la nutrition, au secourisme, au code de la route, à l'hygiène ; les sorties permanentes au musée, au spectacle ; ou encore pour apprendre à nager ou même faire du vélo ! Autant de signes d'une prise en charge éducative dont une bonne part pourrait être considérée comme relevant de la famille, de centres de loisirs, de stages en associations, mais totalement inappropriée à l'école ainsi déshabillée, désacralisée, déculturée.

Ce faisant, l'école de l'apprentissage est devenue l'école du vivre-ensemble et plus loin, du menu à la carte, tant les entorses au "menu" républicain ont été nombreuses pour des raisons inavouables, de respect mal placé ou d'électoralisme. Mais l'école a aussi créé de l'illusion avec sa pédagogie de la réussite, supprimant ainsi les mauvaises notes, les mauvaises appréciations, les travaux de base incontournables comme les tables ou les règles, définitivement étiquetés comme ingrats et de toute façon inadaptés au nouvel état d'esprit d'enfants souvent gratifiés en permanence et sans contrepartie. Elle a aussi dévalorisé ses examens, donnant de trop bonne grâce un bac devenu totalement inadapté à la simple poursuite d'études un tant soit peu intéressantes : les élèves ne sont d'ailleurs pas dupes et visent les mentions pour être crédibles. Le tout en passant à côté de métiers manuels ou de filières professionnelles que l'on essaie de reconquérir après les avoir perdues trois décennies durant, au prix de notre industrie.

Enfin, il y a ce gros tiers d'enfants, bien pointés par l'UNICEF, entre 30 et 35%, souffrant de ces nouvelles formes de misères et d'exclusions, par la pauvreté due à l'absence de travail ou de perspectives de travail, mais aussi par la pauvreté de certains terroirs ou quartiers, à la ville comme à la campagne, l'exclusion par la pauvreté de la culture, ou la non-adhésion à la culture, l'absence de repères familiaux, de cadres institutionnels, de personnes identificatoires… Avec tous ces enfants-là, l'école n'a pas su se réinventer ; elle en est restée à ce qu'on appelle dans le jargon des enseignants le pédagogisme. Toutes ces raisons, mises bout à bout, mais toujours étayées par une "bien-pensance" obligatoire, aboutissent au classement que l'on connaît et aucun des mauvais classements qui tombent depuis une quinzaine d'années ne semble devoir inciter à la remise en cause des choix ou des non-choix qui ont été effectués.

Jean-Paul Brighelli : Il faut surtout voir que cette piètre performance est en retrait par rapport à la précédente étude : de plans de sauvetage inutiles en bonnes intentions stériles, la France scolaire s'enfonce chaque année davantage. Plus précisément, l'étude confirme le fait, souligné précédemment par PISA, qu'entre les élèves les mieux lotis (les "héritiers", dirait Bourdieu) et ceux qui sont les plus désemparés, l'écart n'a cessé de croire.

De surcroît, si l'on croise cette étude avec les données disponibles par sexe, on s'aperçoit que les élèves en difficulté sont des garçons (à plus de 70%), et que les meilleurs sont des filles (même pourcentage). C'est-à-dire qu'il y a une "fracture sexuée" (c'est le titre du dernier ouvrage de Jean-Louis Auduc que je recense ici) qui s'ajoute à la fracture sociale. 
 
En fait, et c'est toute la morale du phénomène, plus nous consacrons des moyens à réduire cette fracture entre les meilleurs et les plus perdus, plus elle s'accroît. Et j'aurais tendance à penser que c'est justement parce que nous pensons en termes de "réduction de la fracture" - sur quoi se fondent les politiques "égalitaristes" mises en place depuis quinze ans par les uns et les autres - au lieu de penser en termes de transmission générale des savoirs et élitisme républicain (deux mots qui constituent un pléonasme, quand on y réfléchit deux minutes) que nous coulons de plus en plus ceux qui devraient bénéficier d'un enseignement supplémentaire - alors que nous préférons abaisser la barre pour tous. C'est une politique de poussière sous le tapis mais la poussière demeure, et s'accroît.
 
 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par vangog - 15/04/2016 - 11:09 - Signaler un abus Le prix de la bêtise gauchiste est très lourd pour la France!

    Regardez le programme du FN sur http://www.frontnational.com/le-projet-de-marine-le-pen/avenir-de-la-nation/ecole/ et vous comprendrez qu'il n'existe pas de fatalité à la décadence gauchiste. En quelques mois, les patriotes peuvent désintoxiquer l'éducation nationale socialiste de son idéologie morbide, et re-insuffler dans les écoles et l'enseignement les valeurs républicaines de laïcité, de mérite, de notation, de discipline, de transmission des savoirs fondamentaux, lire, écrire, compter, de fin de l.islamisation rampante, de fin des discriminations scolaires gauchistes: carte scolaire, ZEP-ECLAIR, RER...et les patriotes réaliseront des économies qui permettront de payer dignement les enseignants, en plus. Elle est pas belle, la France?

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Jean-Paul Brighelli

Jean-Paul Brighelli est délégué Education de Debout la France. Professeur agrégé de lettres, enseignant et essayiste français, il est également l'auteur ou le co-auteur d'un grand nombre d'ouvrages parus chez différents éditeurs, notamment La Fabrique du crétin (Jean-Claude Gawsewitch, 2005) et La société pornographique (Bourin, 2012). 

Voir la bio en entier

Pierre Duriot

Pierre Duriot est enseignant du primaire.

Il s’est intéressé à la posture des enfants face au métier d’élève, a travaillé à la fois sur la prévention de la difficulté scolaire à l’école maternelle et sur les questions d’éducation, directement avec les familles.

Il est l'auteur de Ne portez pas son cartable (L'Harmattan, 2012) et de Comment l’éducation change la société (L’harmattan, 2013). Il a publié en septembre Haro sur un prof, du côté obscur de l'éducation (Godefroy de Bouillon, 2015).

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€