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La question à 1000 milliards d'euros : pourrons-nous assurer le monde demain ?

Multiplication des catastrophes naturelles, réchauffement climatique, mouvements de population vers les "zones à risque". Assurer le monde de demain va nécessiter des réflexions dès aujourd'hui.

Il faut se la poser

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La question à 1000 milliards d'euros : pourrons-nous assurer le monde demain ?

Quelle honte de poser une telle question, face aux drames qui se vivent ! Et pourtant c’est celle qui se pose, non seulement pour réparer, mais plus encore pour continuer. Et la réponse est de moins en moins évidente : allons-nous vers un monde plus cher à assurer – donc avec moins de croissance ? Ou pire de moins en moins assurable ? Avec moins de croissance encore ? Et ceci dépendra de nous et de comportements à long terme, bien au-delà des batailles politiques ou écologiques en cours. L’œil du cyclone… nous regarde.

Harvey au Texas, Irma aux Antilles et en Floride, José dans le Pacifique, Katia au Mexique plus le tremblement de terre au Chiapas : la liste des catastrophes s’allonge en effet avec leurs pertes humaines, leurs drames sociaux et leurs coûts économiques. On parle de 180 milliards de dollars pour Harvey, de 200 puis de 50 milliards pour Irma et de plus de 1,2 milliards d’euros pour les Antilles. Mais ce sera plus long et plus cher à réparer, plus les traumatismes. Qui paiera, avec quels effets ?

Quels coûts ? Les catastrophes dites « naturelles » détruisent les infrastructures, les équipements, les maisons, et bouleversent la vie économique. Des commerces et des entreprises ferment, beaucoup font faillite, ne pouvant attendre le versement des aides et des assurances. Pour les Etats-Unis, c’est un net ralentissement qu’il faut attendre au troisième trimestre. La croissance, qui était de 3% au deuxième trimestre, pourrait passer à 2,5% ou moins. Dans les régions touchées, il y aura immédiatement plus de chômage. Rien ne sera possible sans plus d’aides et de dons. Le Cyclone Katrina avait, en 2005, montré une forte hausse des demandes d’emplois, rapidement suivie d’une forte baisse, liée aux déblaiements, aux réparations et à la reconstruction. C’est cette même dynamique qu’on va voir à l’œuvre, mais avec aujourd’hui deux différences majeures. D’abord, l’importance des dégâts est ici bien supérieure, ce qui induira des réparations massives, avec parfois des changements d’emplacements d’usines, de commerces ou de logements. Ensuite, dans le cas des Etats-Unis, la pénurie de main-d’œuvre va faire sentir ses effets, allongeant les délais de la reconstruction et faisant remonter salaires et prix. 

« Naturel » ou « économique ? Contrairement à ce qu’on dit, ces catastrophes sont de moins en moins « naturelles » et de plus en plus « économiques ». Les populations tendent à se rapprocher des côtes pour bénéficier des avantages de la mer et de ses apports économiques en termes de communication. De plus en plus de richesses s’agglomèrent, accroissant d’autant les coûts en cas de sinistre. En même temps, le réchauffement climatique augmente la fréquence et la sévérité des ouragans dans le Pacifique, ce qui en fait partout monter le risque. Aux Etats-Unis, des compagnies d’assurances pourraient tomber en faillite, en France elles vont souffrir. Partout, les prix des polices vont monter, mettant parfois en question l’assurabilité de certaines biens, bateaux et ports, maisons proches des côtes par exemple, voire de certaines activités qui devront s’adapter, voire se délocaliser. Les valeurs des actifs exposés vont baisser.

 
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Jean-Paul Betbeze

Jean-Paul Betbeze est président de Betbeze Conseil SAS. Il a également  été Chef économiste et directeur des études économiques de Crédit Agricole SA jusqu'en 2012.

Il a notamment publié Crise une chance pour la France ; Crise : par ici la sortie ; 2012 : 100 jours pour défaire ou refaire la France, et en mars 2013 Si ça nous arrivait demain... (Plon). En 2016, il publie La Guerre des Mondialisations, aux éditions Economica et en 2017 "La France, ce malade imaginaire" chez le même éditeur.

Son site internet est le suivant : www.betbezeconseil.com

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