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Quels sont les secrets des régions françaises qui ne connaissent pas la crise économique ?

Cinq ans après la chute de Lehman Brothers et le début de la crise, Le Monde revient sur l'impact du ralentissement économique bassin d'emploi par bassin d'emploi à travers une carte de France des pertes d'emplois. Les régions fortement industrielles du Nord s'enfoncent dans la crise, mais des zones entières de la façade atlantique et méditerranéenne tirent leur épingle du jeu.

Géographie du chômage

Publié le 3 août 2013
 
Globalement, tous les territoires où il y a beaucoup de PME (Bretagne, région PACA, Lorraine...) sont impactés par la crise.

Globalement, tous les territoires où il y a beaucoup de PME (Bretagne, région PACA, Lorraine...) sont impactés par la crise. Crédit Reuters

Atlantico : Quels sont les grands enseignements que l’on peut tirer de la carte de France des pertes d'emplois dessinée par Le Monde (voir ici) ? Quelles ont été les régions les plus impactées par la crise et celles qui tirent au contraire leur épingle du jeu ?

Jean-Louis Levet : La crise touche essentiellement les biens de consommation, toutes les entreprises directement liées au marché français et qui exportent peu, principalement des PME. D'une manière générale, tous les territoires où il y a beaucoup de PME (la Bretagne, la région PACA ou la Lorraine) sont impactés par la crise. Le secteur automobile et le BTP ont été lourdement touchés par la crise car ils concernent directement la pouvoir d'achat des Français. Le secteur automobile est en chute libre depuis 5 ans. Les bassins d'emplois où l'automobile est implantée (Rennes, Aulnay-sous-Bois) sont directement concernés par des baisses d'activité extrêmement fortes, notamment au niveau du tissu de sous-traitants lié à l'automobile. Le BTP est en baisse et concerne toutes les régions françaises.

En revanche d'autres territoires (Midi-Pyrénées, Aquitaine, Ile-de-France) se portent bien car ils sont totalement insérés dans la mondialisation, notamment grâce à des activité en pleine croissance comme l'énergie, le ferroviaire ou l'aéronautique.

Olivier Bouba-Olga : Beaucoup d'enseignements intéressants à la lecture de cette carte. Elle montre d'abord et avant tout les limites des raisonnements trop macroéconomiques : on a tendance à se préoccuper de la situation de la France, en considérant notre pays comme un tout homogène, alors que les situations territoriales diffèrent fortement, avec comme extrêmes Nemours qui perd 14% de ses emplois et Sartène Propriano qui en gagne près de 20%.

L'échelle régionale n'est pas plus satisfaisante : des territoires proches, situés dans la même région, présentent des bilans contrastés. En Aquitaine, par exemple, évolution négative pour le bassin d'emploi de Marmande de -3%, cerné à l'Ouest par Bordeaux, qui gagne 3% et à l'Est par Villeneuve-sur-Lot, qui perd plus de 10%.

Cette carte révèle donc que les spécialisations économiques se jouent à des échelles très fines, la prise en compte de ces contextes locaux est donc un préalable essentiel à l'action publique, si l'on veut véritablement infléchir les tendances observées.

Gilles Saint-Paul : Cette carte n'est pas si simple à interpréter car elle reflète à la fois les disparités entre régions dans l'impact de la crise, des changements structurels de long-terme, et l'impact des migrations. Par exemple si l'emploi a cru dans certaines régions, c'est parce que celles-ci attirent des retraités ce qui induit des créations d'emplois dans certains secteurs comme les services aux personnes âgées. Je serai prêt à parier que si l'on dessinait la même carte avant la crise, le résultat ne serait guère différent, si ce n'est évidemment que les régions créatrices d'emplois en auraient créé plus, et les régions destructrices d'emploi en auraient détruit moins.

Des zones entières de la façade atlantique et méditerranéenne ont continué à créer des emplois durant la crise. Quels sont les secrets de ces régions françaises qui ne connaissent pas la crise ? Quelles sont les spécialisations industrielles qui fonctionnent ?

Jean-Louis Levet : Ces régions se développent car elles sont sur des activités totalement insérées dans la mondialisation : énergie, transport, mécanique de précision, aéronautique. A l'inverse, l’observation  économique des territoires nous apprend que les régions les plus impactées par la crise sont les régions mono-industrielle qui sont très dépendantes des donneurs d'ordre et des grands groupes dont elles ont des filiales. Dans des régions comme Rhône-Alpes, première région industrielle de France, les activités sont extrêmement diversifiées. Il y a des secteurs issus de la première révolution industrielle comme le textile qui sont reconvertis dans des activités à très forte valeur ajoutée tel que le tissu technique ou le textile médical, mais aussi de la mécanique de précision, des équipementiers dans l'énergie, les transports. Il s'agit de régions au tissu industriel extrêmement diversifié à la fois en terme de secteur, d'activité et de taille d'entreprise.

De Saint-Étienne à Grenoble, de Lyon à Valence, il y a un tissu de TPE, de PME et de filiales de grands groupes et tout un tissu de petites entreprises. Idem pour la région PACA, avec autour de Marseille des activités très différentes (transport, énergie, mécanique) jusqu'à Sophia Antipolis où il y a une concentration de valeur ajoutée, de matière grise et des relations université-industrie qui permettent aux activités de monter en gamme.

Ce que montre également certains économistes-géographes, c'est qu'il y a des régions qui se spécialisent dans l'économie résidentielle avec des activités tertiaires et de tourisme comme à Nice. En fait, les régions qui gagnent dans la durée sont celles qui combinent à la fois de l'économie résidentielle et  l'économie industrielle. Ce sont les régions qui ont le plus d'avenir car elles sont capables de combiner industrie et services.

 


Commentaires

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  • Par Jean-Pierre - 04/08/2013 - 08:28 - Signaler un abus Oups...

    L'article d'Atlantico :
    Connaissez-vous Madame Royal de Poitou-Charentes ?
    http://www.atlantico.fr/decryptage/segolene-royal-presidente-poitou-charentes-bilan-ps-primaire-2012-141581.html

  • Par Jean-Pierre - 04/08/2013 - 08:22 - Signaler un abus Visite en Charentes Poitou ?

    Un bon article de 2011 :
    "Ségolène Royal met régulièrement en avant son action à la tête de la région Poitou-Charentes comme un exemple de gestion à transposer à la France. Qu'en est-il du bilan dans son fief ?"
    .
    En 2013, nouveau dépôt de bilan de Heuliez, entreprise qui a bénéficié de millions d'euros de subventions de la part de Mme Royal....
    http://www.lahune.info/segolene-royal-une-banquiere-qui-a-du-flair/
    .
    Entre temps, Ségolène Royal avait été "récompensée" par son ex-compagnon-père-de-ses-enfants-et-président par un poste tout à fait approprié à ses qualités de politico-gestionnaire rose : administratrice, vice-Présidente, et porte-parole, de la Banque Publique d’Investissement !
    http://www.atlantico.fr/decryptage/segolene-royal-presidente-poitou-charentes-bilan-ps-primaire-2012-141581.html
    .

  • Par Lennart - 04/08/2013 - 06:14 - Signaler un abus Méfions nous quand même

    endettement, opportunisme des sociétés qui s'installent juste pour les aides, etc. certaines régions marchent sur un fil.

  • Par lècrikitu - 03/08/2013 - 20:52 - Signaler un abus bassin ou bas ventre

    J'en connais plein des bassin d'emploi,région par région ,ça s'appelle des mères porteuses!!

  • Par ledevois - 03/08/2013 - 13:14 - Signaler un abus je suis bien d'accord

    que si nous avions eu des politiques qui pensent davantage aux Français et à la France nous ne serions pas dans cet état ,

  • Par pemmore - 03/08/2013 - 11:08 - Signaler un abus J'irais même un peu plus loin,

    le chômage est une donnée cantonale liée au dynamisme (ou non) des élus locaux.
    Exemple dans la sarthe entre le canton de Sablé Solesmes, avec 5% de moins que le reste du département.
    Celui des Essarts en Vendée 3% de moins.
    Quand les élus retroussent leurs manches au lieu de faire de la politique, ça donne des résultats.

O. Bouba-Olga J-L. Levet et G.Saint-Paul

Olivier Bouba-Olga est professeur des Universités en Aménagement de l'Espace et Urbanisme à la Faculté de Sciences économiques de Poitiers et chargé d'enseignement à Sciences-Po Paris (premier cycle ibéro-américain). Il a notamment développé la thématique du « Made in Monde » qu’il oppose régulièrement à celle du Made in France.

Gilles Saint-Paul est économiste et professeur à l'université Toulouse I. Il est l'auteur du rapport du Conseil d'analyse économique (CAE) intitulé Immigration, qualifications et marché du travail sur l'impact économique de l'immigration en 2009.

Jean-Louis Levet est économiste. Son dernier livre est Réindustrialisation j'écris ton nom, (Fondation Jean Jaurès, mars 2012). Il est également l'auteur de Les Pratiques de l'Intelligence Economique : Dix cas d'entreprises paru chez Economica en 2008 et GDF-Suez, Arcelor, EADS, Pechiney... : Les dossiers noirs de la droite paru chez Jean-Claude Gawsewitch en 2007

Gilles Saint-Paul est économiste et professeur à l'université Toulouse I. Il est l'auteur du rapport du Conseil d'analyse économique (CAE) intitulé Immigration, qualifications et marché du travail sur l'impact économique de l'immigration en 2009.
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