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Quelques vérités inconfortables sur l’Europe assénées par Yánis Varoufákis

Lettre de Londres mise en forme par Edouard Husson. Nous recevons régulièrement des textes rédigés par un certain Benjamin Disraeli, homonyme du grand homme politique britannique du XIXè siècle.

Disraeli Scanner

Publié le
Quelques vérités inconfortables sur l’Europe assénées par Yánis Varoufákis
 
Londres, 
Le 16 octobre 2017, 
 

Mon cher ami, 

Je constate avec amusement le bon accueil qui est fait chez vous  à la traduction française du livre de Yanis Varoufakis « Conversations entre adultes ».  Varoufakis était le Ministre des Finances du gouvernement Tsipras au moment de la dramatique négociation sur la dette grecque du printemps 2015. Avant d’en venir au fond et de vous dire pourquoi je juge, moi aussi, que c’est un très bon livre, laissez-moi vider mon sac de sarcasmes. Quand je vois « Le Monde » se livrer à un quasi-éloge du livre, je constate une fois de plus que toutes les critiques sont acceptables dans l’univers parisien quand elles viennent d’un homme de gauche.

Varoufakis offre, je vais y revenir, un tableau dévastateur des moeurs de l’Union Européenne; et on le tolère parce qu’il est l’ancien Ministre des Finances de Syriza, porteur d’une vision économique de gauche. Pour ma part je me réjouis qu’il soit écouté. Mais je ne vois pas de renouveau politique possible pour votre pays tant que le débat d’idées sera aussi asymétrique, tant qu’il y aura toujours un préjugé favorable pour un auteur de gauche et un préjugé défavorable pour un auteur de droite. Je ne dis pas qu’à Londres ou à New York nous ne soyons pas menacés du même défaut. Mais il reste que nous sommes trop attachés à la liberté d’expression pour connaître un tel déséquilibre des débats d’idées. 

Venons en au fait. Je ne partage pas un certain nombre des options de Varoufakis. En particulier, je m’étonne, après ce qu’il a vécu, qu’il continue à penser qu’une Europe fédérale est possible. Il l’a vécue de l’intérieur, cette Europe fédérale; et bien il pense qu’elle ne marche pas parce qu’elle ne l’est pas assez ou qu’elle ne l’est pas vraiment. Comme si l’on pouvait penser le contrat social indépendamment des sociétés dans lesquelles il s’enracine. Mais ne nous laissons pas arrêter par Varoufakis l’idéologue. Ce serait manquer les deux autres composantes de sa personnalité qui sont particulièrement attachantes. 

Tout d’abord, Varoufakis est un extraordinaire portraitiste. Il y a du romancier en lui. Prenez le temps de savourer chaque scène, chaque mise en situation. En quelques lignes, l’auteur campe mieux ses personnages que bien des historiens n’y arriveraient en plusieurs pages. Comme tous les grands auteurs, dramaturges ou romanciers, Varoufakis aime ses personnages; il leur laisse une part de lucidité, telle Christine Lagarde, au début du livre, qui ne peut s’empêcher de dire à l’auteur qu’elle lui donne raison mais qu’on est allé trop loin dans la mise en place d’un système, aussi absurde soit-il , pour pouvoir revenir en arrière. Les protagonistes, Lagarde, Schäuble, Merkel, Sapin, Macron, Tsipras, sont entraînés par des forces qui les dépassent, qu’ils ont eux-même mises en place et qu’ils s’obstinent à renforcer. L’auteur excelle à passer de la violence feutrée des salles de réunions de « l’Eurogroupe » à celle, mortifère, des rues d’Athènes. Pour tous ceux qui n’auraient jamais voulu l’entendre, Varoufakis dépeint la détresse croissante de la société grecque, l’appauvrissement des individus, leurs crises de désespoirs, leurs suicides quelquefois. La scène la plus poignante du livre, peut-être, est le dialogue entre l’auteur et ce journaliste devenu « sans domicile fixe », qui accompagne encore, pour survivre, les visiteurs étrangers chez Varoufakis; à la fin d’un entretien, il s’approche de l’auteur et lui fait promettre que, s’il entre au gouvernement, jamais il ne signera un accord européen auquel il ne croit pas. 

 
Commentaires

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  • Par Liberte5 - 16/10/2017 - 12:45 - Signaler un abus OK c'est pour sauver les banques Allemandes et Françaises

    que la dette a été restructurées.Et non pas pour sauver la Grèce. Aucun doute là dessus. Ceci dit, la Grèce n'aurait jamais du entrer dans l'Euro. C'est la faute originelle, car elle a une économie trop faible qui lui interdit d'avoir une monnaie aussi forte. Les dirigeants politiques et les technocrates de Bruxelles sont coupables d'avoir entrainé la Grèce dans ce chemin impossible et d'avoir sacrifiés les Grecs (pas toujours clairs, c'est vrai) dans une austérité difficile à soutenir dans les temps.

  • Par Raymond75 - 17/10/2017 - 11:44 - Signaler un abus Pays de tricheurs

    Si l'UE n'a fait preuve d'aucune clémence, c'est parce que la Grèce c'était vautrée dans la triche institutionnelle : budgets faux, peu de collecte d'impôts, pas de cadastre, paiements en espèce non déclarés, surdimensionnement des recrutements de complaisance dans les services de l'état, subventions européennes dilapidées, etc ... L'apothéose a été ces deux jeunes athlètes qui font le tour inaugural du stade pour l'ouverture des jeux olympiques, et qui s'enfuient aussitôt après car ils avaient franchi les sélections en se dopant. Pas de pitié pour les tricheurs.

  • Par spinoztef - 17/10/2017 - 11:53 - Signaler un abus L'europhobie est une impasse

    L'article europhobe de ce cher Benjamin, est à comparer avec le titre d'Atlantico "Brexit: Theresa May s'est invitée à Bruxelles pour implorer que l'Europe trouve une solution de sortie"...cqfd. Sortir de l'Europe est une impasse qui ne fera que renforcer l'Allemagne. Varoufakis a raison lorsqu'il affirme que l'intégration européenne n'est pas assez avancée. C'est justement ce qui a donné à l'Allemagne, la marge de manoeuvre supplémentaire afin d'imposer ses conditions.

  • Par Beredan - 17/10/2017 - 11:57 - Signaler un abus Des amateurs ...

    Dans la magouille et la gabégie , ils n.arrivent pas à la cheville des italiens qui , eux , ne se sont jamais fait prendre les mains jusqu.au coude dans la confiture ...

  • Par kelenborn - 17/10/2017 - 13:05 - Signaler un abus Excellent comme d'habitude

    quant à Spinoztef: Ok mais...L'Allemagne n'en a rien à foutre de l'Europe pour autant qu'elle a reconstitué son Lebensraum qu'avait raté Adolf! Que le machin européen s'effondre et l'Allemagne conservera son atelier à l'est de l'Oder-Neisse , élargi à l'Ukraine , avec la Russie qui lui fournira son énergie une fois qu'elle aura fermé ses centrales. L'essentiel de son excédent (8% du PIB et 3 millions d'emplois) est réalisé avec le reste du monde et elle a un avantage structurel tel que la compétitivité prix est en partie gommée. Vous avez raison sur le principe: une Europe fédérale était plus souhaitable que cette horreur monstrueuse; elle n'était, tout simplement, pas possible!!!

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Disraeli Scanner

Benjamin Disraeli (1804-1881), fondateur du parti conservateur britannique moderne, a été Premier Ministre de Sa Majesté en 1868 puis entre 1874 et 1880.  Aussi avons-nous été quelque peu surpris de recevoir, depuis quelques semaines, des "lettres de Londres" signées par un homonyme du grand homme d'Etat.  L'intérêt des informations et des analyses a néanmoins convaincus  l'historien Edouard Husson de publier les textes reçus au moment où se dessine, en France et dans le monde, un nouveau clivage politique, entre "conservateurs" et "libéraux". Peut être suivi aussi sur @Disraeli1874

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