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Quelles perspectives pour le luxe français ?

Selon le cabinet de conseil Bain & Company, entre 1995 et 2025 le marché mondial des produits de luxe devrait être multiplié par cinq, avec un dépassement de la barre des 250 milliards en 2015. La France, dont certaines entreprises du secteur ont récemment connu un ralentissement, profite-t-elle comme il se doit de cette manne ?

Vanity is vanity

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Quelles perspectives pour le luxe français ?

Le marché mondial des produits de luxe devrait être multiplié par cinq entre 1995 et 2025.

Atlantico : Le groupe LVMH a récemment vu sa croissance ralentir. Comment l’interpréter ?

Emmanuel Combe : Nous parlons ici d’entreprises qui connaissent depuis une décennie des taux de croissance annuels à deux chiffres, grâce aux pays émergents. 

A ma connaissance, aucun autre secteur ne connait une telle progression, qui plus est dans la durée. Un ralentissement conjoncturel est donc assez logique,  à un moment donné. Néanmoins, cela ne change rien à la tendance : le luxe est voué à la croissance sur les 20 prochaines années et les récents résultats de groupes comme Richemont sont là pour le confirmer. On aimerait avoir de tels chiffres dans des secteurs comme l’automobile, où pour le coup les ventes sont en baisse depuis deux ans ... sauf pour des marques premium comme BMW ou Audi.

Selon le cabinet de conseil Bain & Company, entre 1995 et 2025 le marché mondial des produits de luxe devrait être multiplié par cinq, avec un dépassement de la barre des 250 milliards en 2015. Comment expliquer un tel succès ?

Première explication à cette croissance : si la production de luxe se concentre pour l'essentiel  en Europe, autour de trois pays leaders, à savoir la France, l’Italie et la Suisse (pour les montres et la joaillerie), la consommation se fait aujourd'hui essentiellement dans les pays émergents. Le luxe est en plein boom parce que la Chine, le Brésil, l’Inde ou la Russie décollent, avec l'émergence d'une classe moyenne et aisée, qui aspire à se différencier par la consommation. Le succès de nos entreprises se fait à 75% à l’export, hors d’Europe. Cette tendance va se poursuivre, au rythme de la croissance des pays émergents. 

Autre raison, que l’on observe également dans les pays développés : de nouveaux comportements de consommation. L'essor du low cost et du luxe, que l'on a l'habitude d'opposer, est en réalité le symptôme d'un même phénomène :  la « polarisation » des  choix. Cela signifie que, même si vous n’êtes pas très riche, vous allez diviser votre consommation en deux types de biens opposés :

-          les biens de commodité, dans lesquels vous ne mettez aucun affect, et pour lesquels vous recherchez seulement le meilleur ratio qualité/prix  (exemples : le billet d'avion court ou moyen-courrier), la  valeur d'usage ;

-          les biens identitaires, qui vous font rêver et vous donnent le sentiment d'appartenir à un groupe . On peut y trouver  du high-tech (l’iPhone, par exemple, prisé même par des personnes à faible revenu) mais aussi du luxe accessible (comme le parfum de marque ou les lunettes griffées). 

Dans quelle mesure l’économie française va-t-elle en profiter ?

Le luxe fait partie des principaux points forts de l'économie française mais on ne le dit pas assez, sans doute parce que le "luxe" n'est pas une catégorie statistique : si vous regardez les chiffres du commerce extérieur, vous n'avez pas de poste "luxe" car le luxe n'est pas un secteur mais une manière de produire. J’ai toutefois essayé d'estimer ce que pèse le luxe dans notre balance commerciale. Si l’on raisonne en termes de solde (ce que  l’on a exporté moins ce que l’on a importé), le luxe français représenterait un solde de +34 milliards d’euros en 2011. Comparons cela avec l’aéronautique : le solde commercial de cet autre grand succès français s'établit à 17 milliards environ. Autrement dit, les sacs à main, parfums et spiritueux pèsent le double des avions en termes de solde commercial ! Voilà une formidable force pour l'économie française, fondée sur la créativité et l'excellence. Si on définit le luxe au sens traditionnel du terme (vêtements, parfums, spiritueux, maroquinerie, joaillerie, arts de la table, etc), la France reste incontestablement le leader mondial, avec l’Italie et la Suisse pour seuls concurrents. La part de marché de la France  est de l'ordre de 30%.  Sur les 15 premières marques de luxe en termes de renommée, 7 sont françaises.

 
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  • Par mich2pains - 21/05/2013 - 13:05 - Signaler un abus Eclairages inquiétants mais révélateurs ....

    De temps en temps , nous avons droit à des documentaires T.V hautement révélateurs sur les évolutions des mentalités Chinoises . Il y a peu , on nous montrait la réussite fulgurante d'une styliste d'origine chinoise qui a monté sa propre maison de Haute couture en Chine ..... Elle cartonne et ses riches clientes (Chinoises ) interrogées avouent préférer acheter le LUXE en Chine , d'autant plus quand il est " Made In China " ! Ca n'est pas du protectionnisme mais , tout simplement , du pragmatisme . Rajoutons à ce tableau d'autres documentaires qui nous montrent que les touristes Chinois se bousculent pour visiter des villages typiques de Suisse , de France , de Bavière , intégralement et fidèlement reconstitués ....en CHINE ! ( pour éviter d'être volés par notre racaille Franco-Française ...) !!!!

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Emmanuel Combe

Emmanuel Combe est vice-président de l'Autorité de la concurrence et professeur affilié à ESCP-Europe. Il est également professeur des universités.

Spécialiste des questions de concurrence et de stratégie d’entreprise, il a publié de nombreux articles et ouvrages, notamment sur le modèle low cost (Le low cost, éditions La Découverte 2011). Il tient à jour un site Internet sur la concurrence.

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